Illimité n°280 septembre 2018
Illimité n°280 septembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°280 de septembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 130 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution française comme si vous y étiez.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 32 - 33  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
32 33
32 – Le grand papier ▶ ▶ C’est pour ça que certains acteurs très connus sont finalement peu présents à l’écran ? — Il y a deux raisons à cela  : pour les figures historiques décisives, disons le Roi, Marat ou Robespierre, je voulais des incarnations fortes et des comédiens avec une épaisseur immédiate. La notoriété ne rentre pas vraiment en ligne de compte. L’autre raison, c’est qu’il y a l’idée de faire deux films, si le public nous suit, évidemment. L’idée, ce serait d’enchaîner avec un film sur la Terreur, et là, évidemment, Robespierre, joué par Louis Garrel, prendra plus de place dans le récit… Il est écrit ce deuxième volet ? — En partie. Et comme celui-là, l’idée est de faire un film assez original tout en s’adressant à un public large. La popularité de L’Exercice de l’État vous a-t-elle surpris au moment de sa sortie ? — En partie, oui. Le public s’est passionné pour le film et je ne m’y attendais pas. Le film a dépassé la salle de cinéma, il a une vie autre, il est dans les manuels de lycée, il permet d’animer des débats. C’est un peu devenu une référence, et je le dis très modestement parce que, au fond, il y a très peu de films sur cet univers. Ça comblait un vide. Il y a eu plusieurs films sur la Révolution, mais le « genre » est tout aussi vide parce qu’ils ne sont pas très fameux. — Oui, il y a une sorte de vide. Et c’est étrange parce que c’est un genre de cinéma en soi, inépuisable, comme le western. Vous espérez du coup avoir fait un nouveau « film référence » ? — (Rires.) Impossible ! Le sujet est trop vaste, trop énorme. Un peuple et son roi, c’est une goutte d’eau dans un océan d’histoires à raconter. Au mieux, je vais peut-être initier un mouvement, mais rien de plus. Tout ce qui comptait pour moi c’était de tenir mon axe  : celui d’un peuple actif. Comment avez-vous réussi à trouver l’équilibre dans un film où il y a huit personnages principaux ? — Le seul moyen pour que ça fonctionne, c’était de les faire avancer de front puis de les faire évoluer. J’ai bêtement appliqué cette formule. Tout le monde se devait d’avoir une ligne de destin. Dans le même temps, chacun d’entre eux devait avoir un rapport différent à la Révolution. Le reste n’est plus qu’une question de dosage, d’instinct. Et puis il ne faut pas négliger ce que vous apportent les comédiens en termes d’énergie. C’est parfois eux, aussi, qui vous guident dans votre récit. Quand vous tournez avec quelqu’un comme Denis Lavant (qui interprète Marat dans le film,ndlr), il se met à insuffler à votre film une force que vous n’aviez pas imaginée au préalable. Donc pas question de faire des équations scientifiques au nom de l’équilibre
du récit. Filmer c’est aussi, surtout, être réactif, être dans l’instant. En parlant des comédiens  : Adèle Haenel est stupéfiante dans le film… — Oui ! Et elle est aussi d’une beauté ahurissante. Est-ce qu’à un moment vous avez eu la tentation de l’enlaidir un peu pour sonner plus « réaliste » ? — Ah non ! Surtout pas ! Je voulais qu’elle soit sublime. Et justement, sa beauté indique qu’il règne dans son personnage une espèce de tranquillité intérieure, de rayonnement, qui sert le récit. Un an après la prise de la Bastille, on voit qu’elle rayonne. Oui, d’ailleurs elle a les dents très blanches… — Ahaha, oui, les dents c’est la seule petite entorse à la réalité qu’on peut s’autoriser. Des fois en voulant être trop « réaliste », on peut mettre le spectateur à distance. La salle de cinéma, c’est pas une salle de classe. C’est l’émotion qui prime. Et la facture visuelle. Vous reconnaissez des vertus pédagogiques à votre film où ça vous importe peu ? — Non, je m’en fous. La salle de cinéma, ce n’est pas une salle de classe. C’est l’émotion qui prime. Et la facture visuelle. Je voulais que le film ait une dimension opératique. Après, est-ce que tout ceci est contradictoire avec la pédagogie ? Quelque part on fait des films pour qu’ils circulent dans un imaginaire collectif, qu’ils rentrent en correspondance avec le contemporain. En parlant de contemporain, le film est très à l’heure sur son aspect girl-power… — (Rires.) Il a été conçu il y a six ans pourtant ! À partir du moment où, en 1789, toute une société se met en ébullition pour se redéfinir, alors il paraît évident que les femmes sont aussi concernées que les hommes. La marche des femmes d’Octobre, c’est quelque chose d’étonnant, parce que les femmes n’interpellent pas les puissants sur leurs droits, mais sur les 33 subsistances, le prix du pain, l’accès à la farine et sur le respect des nouveaux droits d’égalité. Mais l’évènement, c’est que soudainement des femmes interpellent des hommes – tout en désignant un homme, Maillard, en porte-parole. Lorsque le film se termine, à la mort du roi, la Révolution est loin d’être terminée et les trajectoires de certains personnages loin d’être bouclées. Si vous réalisez la « suite » dont vous parliez, ce serait à nouveau un film choral. — Compliqué de vous en parler là. J’ai besoin du retour des gens… Ça pourrait faire une super série, sinon… — On y avait pensé au début. Faire une minisérie et puis la sortir en version raccourcie au cinéma. Mais ça créait un micmac pas possible avec la chronologie des médias. Je préfère au fond garder le cap de la salle, du cinéma. Mon métier c’est cinéaste.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :