Illimité n°280 septembre 2018
Illimité n°280 septembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°280 de septembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 130 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution française comme si vous y étiez.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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18 – Interview Par RT Photos DR & RC Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, JohnC. Reilly… Les Frères Sisters, premier film américain de Jacques Audiard, regorge de superstars. Le réalisateur nous raconte le plaisir qu’il a eu à faire tourner ce casting royal. Cette idée de faire un film américain, un fantasme pour beaucoup de cinéastes français, vous est-elle apparue pour conjurer cette « peur de l’ennui », justement ? — D’abord, en ce qui me concerne, il n’y avait pas de fantasme de film américain. Je n’ai jamais vraiment eu envie de ça. Ce dont j’avais envie, en revanche, c’était des acteurs américains. Ce film m’est presque arrivé de manière accidentelle, vous savez. C’est JohnC. Reilly qui m’a abordé au festival de Toronto, à l’époque où on y présentait De rouille et d’os. Il avait envie de travailler avec moi et il venait d’acquérir les droits du livre, Les Frères Sisters de Patrick deWitt. J’ai lu le livre dès que je suis rentré à Paris, je l’ai trouvé très bien, j’ai eu tout de suite envie de plancher sur une adaptation pour le cinéma. Je me suis alors rendu compte que c’était la première fois de ma carrière que je n’étais pas à l’origine d’un de mes projets. Et cette idée-là m’a séduit aussi. Si j’étais tombé sur le livre dans une librairie, au hasard, je n’aurais jamais pensé à l’adapter… De fait, le film est ce qu’on pourrait appeler une œuvre de commande. — Tout à fait. Sauf que, lorsque je travaillais sur le film, j’avais complètement oublié que c’en était une, je ne m’en suis souvenu qu’au moment du montage, en comprenant que je venais de réaliser un western ! Après, c’est une commande, mais elle ne vient pas d’un studio hollywoodien, hein, on reste entre indépendants. C’est JohnC. Reilly qui vous a passé cette commande en quelque sorte. J’imagine qu’il tenait donc à jouer dedans. — Oui, et il voulait jouer le rôle d’Eli. Je ne l’ai donc pas choisi, mais son geste a rejoint Les Frères Sisters Sortie le 19 septembre. – La politique des acteurs une réflexion que je me suis souvent faite  : la manière dont un acteur, à un certain moment de sa carrière, va vouloir changer ce qui fait son identité. Là, avec JohnC., on était dans ce désir de se « déplacer » dans son métier, de redéfinir son image. C’était formidable, ça, à observer. On croit souvent qu’on doit choisir les acteurs par rapport à leur personnage, mais on peut aussi les choisir par rapport à cette envie qu’ils ont de se réinventer. Et pour vos trois autres « stars », Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed, comment vous y êtes-vous pris pour les choisir ? — JohnC. avait très envie de tourner avec Joaquin, depuis longtemps. Il s’est imposé comme une évidence, très vite. Riz Ahmed, je l’avais découvert dans la série The Night Of, où je l’avais adoré. Et Jake, je l’avais rencontré quelques années auparavant et il avait vraiment manifesté le désir qu’on travaille ensemble. Ça a pu se faire malgré son planning surchargé. Vous avez visiblement un gros fan club chez les stars hollywoodiennes. — (Rires.) Oui, c’est bizarre, hein ? Bon, c’est flatteur aussi. On souffre ici d’un sentiment d’infériorité. On les connaît très bien mais on s’imagine pas qu’ils nous connaissent. Mais en fait, c’est logique  : les films servent à ça. « Comment vous me connaissez ? » « Bah j’ai vu vos films ! », « Ah oui, tiens c’est vrai, les films voyagent, se partagent… » On a tendance à l’oublier parfois, que tous les gens peuvent voir vos films. Vous disiez avoir plus une envie d’acteurs américains que de films américains. Qu’est-ce qui vous fascine à ce point-là chez les interprètes US ? — Leur attitude face au métier, leur professionnalisme  : quand ils arrivent sur le plateau, il y a un très très grand savoir. Un savoir du corps, de la voix, de l’approche du personnage.
En France on procède autrement dans le métier d’acteur. J’avais ce désir d’une chose qui n’existe pas ici… Un désir proche de celui de Dheepan finalement… — Oui, si vous voulez, parce que c’était un désir de nouveauté également. Sauf que, dans Dheepan, je voulais travailler avec des acteurs qui ne comprennent pas la langue dans laquelle ils jouent, une expressivité proche du cinéma muet. Chaque film est un cas particulier, au fond. Un cas particulier oui, et en même temps Les Frères Sisters aurait très bien pu s’appeler Regarde les hommes tomber, comme votre premier long-métrage. Beaucoup de vos films auraient pu s’appeler Regarde les hommes tomber en fait… — Oui, c’est terrifiant. Certains matins, ça m’effraie beaucoup ce constat. (Rires.) Je n’ai pas l’impression d’avoir bougé beaucoup tout au long de ma carrière. Je vois bien les planètes bouger en revanche… J’ai souvent l’impression d’être dans un sillon. Même si j’essaie de brouiller les cartes, de changer les règles, de bouleverser un peu l’ordre des choses… Eh bien je finis toujours par retomber au creux de mon sillon. Je dois m’y sentir bien. Tahar Rahim LA STAR INVENTÉE Après s’être servi dans le grand vivier du star-system français (Cassel, Duris, Devos, Kassovitz, etc.), Audiard choisit avec Un prophète d’inventer les vedettes de demain. Outre les inconnus (d’alors), Leila Bekhti, Reda Kateb et Karim Leklou, apparaît ici le stupéfiant Tahar Rahim, dont l’adoubement fut total et immédiat. « Même si j’essaie de brouiller les cartes, de changer les règles, de bouleverser un peu l’ordre des choses… Eh bien je finis toujours par retomber au creux de mon sillon. » LES STARS D’AUDIARD AVANT JOAQUIN PHOENIX, AUDIARD S’ÉTAIT DÉJÀ FROTTÉ À LA PROBLÉMATIQUE DU STAR-SYSTEM. Marion Cotillard LA STAR MUTILÉE Et si on coupait les jambes de la plus grande madone du cinéma hexagonale ? C’était le pari (pas seulement technique) de De rouille et d’os. Aucun sadisme, juste l’occasion de prouver que Marion Cotillard était bien la meilleure actrice de notre époque. Dans un fauteuil. Antonythasan Jesuthasan L’ANTI-STAR Réfugié politique depuis le milieu des années 90, le héros de Dheepan est un ex-tigre tamoul qui évolue ici dans un récit semi-autobiographique. Audiard l’explore comme un territoire vierge et révèle un interprète de premier ordre, même s’il n’a pas encore trouvé sa place dans le cinéma français. 19



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