Illimité n°280 septembre 2018
Illimité n°280 septembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°280 de septembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 130 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution française comme si vous y étiez.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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14 – Interview Par AF Photos DR & RC – Édouard fait le coquin Catogan, phrasé nickel et barbe de trois jours, Édouard Baer parcourt la carte du Tendre en marquis libertin puni de sa muflerie dans Mademoiselle de Joncquières. Et trouve, à 50 ans, un rôle à la mesure de sa singularité. Enfin. Vous êtes déroutant dans ce rôle. Charmant comme toujours, mais aussi ferme, « métal ». On ne vous avait jamais vu dans ce registre… — Souvent, on me dit  : « T’es désagréable, tu te rends pas compte. » Moi qui croyais être un mec sympa ! En voyant le film, j’ai compris, ces aspects de soi plus fermés qu’on ne croit… Je n’ai jamais joué ça. Cette froideur, cette chose opaque. Avec des sécheresses, des nettetés. Je suis content pour le film mais ça m’a troublé, je me suis trouvé plus dur que ce que je pensais. Ça vous a gêné ? — Un peu. Je me suis trouvé antipathique. Votre job, c’est d’être sympathique ? — Non, mais c’est une tentation. Quand on se libère de ça, on est un meilleur acteur. Poelvoorde et Depardieu ont renoncé à leur ego, à la séduction, à l’avis des autres. Et ce sont les plus grands. Vous n’êtes pas parti mais on a la sensation que ce rôle signe le retour d’Édouard Baer à l’écran. Qu’il annonce un tournant. — Un retour ? Pas vraiment. Disons plutôt que, jusqu’à présent, ma carrière au cinéma n’était pas très réussie ! (Rires.) Il y a eu des tentatives mais bon, j’ai surtout fait beaucoup de mauvais choix. Heureusement qu’il y a eu la radio, le théâtre… Ces à-côtés ont fait que vous n’avez pas eu assez d’exigence dans vos choix de rôles au cinéma ? — Je ne crois pas. Au contraire, heureusement que j’ai ces à-côtés. La radio m’a donné confiance et permis de découvrir qu’on pouvait toucher les gens sans faire de comédie. Ils me permettent d’être plus libre vis-à-vis du cinéma et de ne pas avoir de lutte d’égo avec le réalisateur. Quand je suis en confiance, ça roule. Je n’ai même pas besoin de comprendre ce que je fais. On me demande  : « Là, tu dis yaourt-chapeau », je dis  : « yaourt-chapeau ». Et voilà. Alors comment expliquez-vous votre carrière, disons, hasardeuse ? — Je n’ai pas d’explication. Est-ce que ce sont les films ou moi qui n’avons pas été assez bons ? Soit Mademoiselle de Joncquières Sortie le 12 septembre. on ne vous propose pas les bons films, soit vous refusez les bons films, soit vous êtes mauvais dans les bons films. Je pense qu’il y a un peu des trois. Vous avez des regrets ? — Des milliards. J’ai d’énormes problèmes à apprendre mon texte. Quand je joue, je vois dans mon œil le quart de seconde d’hésitation qui vous fait perdre l’autorité du rôle. J’adore les vrais héros, les Lindon, Gabin, Paul Meurisse ou même l’autorité dans la comédie à la Jean Poiret. Mais pour la garder, il faut une maîtrise totale du texte. Pour ce film j’ai travaillé plus. J’ai invité un copain acteur en thalasso et, en échange, il m’a fait répéter. On
s’est emmerdés, mais au moins j’ai appris mon texte. Vous avez un phrasé qui se prête bien à ce langage XVIII e siècle… — Le XVIII e siècle, ça ne se joue pas. Ça serait parodique de jouer l’aristo, la haute société, le falbala. Là, ce sont des sentiments d’un niveau incroyable qui se jouent entre hommes et femmes. Ils ne travaillent pas et leur temps est consacré à réfléchir à la conquête amoureuse. Leur vie est dictée par l’introspection. Pour casser la distanciation un peu rohmérienne des films d’Emmanuel (Mouret, le réalisateur,ndlr), je me suis approprié le texte en mettant de la chair. Que ce soit moins courtois. Ça a été notre dialectique sur le tournage  : Emmanuel maintenait ce surplomb, moi je descendais dans l’organique, la transpiration, les odeurs. Avec Cécile de France, on voulait « lester » ce verbe amoureux, très intelligent. Ne pas être tout le temps dans le salon, mais passer dans la chambre, la cuisine, les toilettes. Grâce à cette appropriation, le trublion Édouard Baer a été éclipsé par le personnage. Il était plus fort que vous. Et paradoxalement, c’est Édouard Baer l’acteur qui apparaît. — C’est un grand scénario, avec une vraie « J’ai perdu trop de temps. Maintenant je m’engage. Je deviens maniaque. » 15 langue, des vraies situations. Je l’ai joué presque en guerre contre cette préciosité de langage. Peut-être est-ce ça qui rend mon interprétation… acceptable, disons. J’ai compris qu’un film, c’est lutter pour bien jouer. Oser être partenaire du metteur en scène. Bosser pour son film. Pourquoi oser maintenant cet engagement et pas avant ? — J’ai perdu trop de temps. Maintenant je m’engage. Je deviens maniaque. Longtemps je n’ai pas osé m’engager par crainte de gêner, de ne plus être aimé, de ne pas passer un bon moment. Sauf que, après, on a honte. Car un film, c’est à vie.



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