Illimité n°280 septembre 2018
Illimité n°280 septembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°280 de septembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 130 Mo

  • Dans ce numéro : la révolution française comme si vous y étiez.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 – Interview Par Romain Thoral Photos RC & DR – Viens voir le docteur Deux ans après le carton de Médecin de campagne, l’ex-docteur Thomas Lilti raconte la Première année de médecine par le prisme de deux mômes (les épatants William Lebghil et Vincent Lacoste) qui vont cravacher et s’entraîner non-stop pendant huit mois pour atteindre l’échelon supérieur. La comédie de la rentrée est aussi le meilleur film de sport de cette fin d’année Thomas, Première année est un film très à l’os, très elliptique et très rythmé. Ce tempo t’est apparu dès l’écriture ou au fil du montage ? — Dès l’écriture. L’ambition a toujours été de raconter une année scolaire en 90 minutes. Je voulais ce rythme-là parce que, à mon sens, Première année devait ressembler à un film de sport. La référence, c’était Rocky. Les scènes d’examens du film étant l’équivalent des scènes de match de boxe. Les films de sport aussi sont souvent très elliptiques, donc j’ai suivi leur pas – tout en tenant à ce qu’il reste quand même la patine « réaliste » de mon cinéma. Le risque de cette vélocité, c’était que le spectateur ne ressente pas l’écoulement du temps, qui est essentiel dans la dramaturgie de ton film. Or, bravo, ça marche très bien. Comment t'y es-tu pris ? — Oui, il fallait être très vigilant avec ça. À l’écriture, je savais que j’avais deux pivots importants  : le concours de milieu d’année et le concours de fin. Donc j’avais deux repères temporels très forts et très identifiables par mon spectateur. Dès lors, je pouvais faire des sauts dans le temps assez brutaux. Ce qu’il ne faut pas rater, ce sont les moments de rupture, ceux où la relation entre les deux héros change. Pour le reste, fallait que ça speede. On croit toujours que ces années d’étude sont des marathons mais moi, quand j’ai passé ma première année de médecine, j’ai plus eu l’impression d’avoir couru sur un sprint. Tu n’as jamais le temps pour rien, tout va trop vite. Je voulais donc que les spectateurs finissent comme les étudiants  : sur les rotules ! La différence ici avec les films de sport dont tu parlais, c’est qu’il n’y a pas de second rôle, pas de sous-intrigue, pas d’amourette, pas de méchant. « Je voulais que les spectateurs finissent comme les étudiants  : sur les rotules ! » Première année Sortie le 12 septembre. Il y a juste Vincent Lacoste et William Lebghil qui bossent comme des tarés. — Exact, c’est très volontaire. Pour moi, c’était un huis clos mental ce film. Bon, il y a quand même une histoire d’amitié entre mes deux héros qui brise un peu les codes du huis clos. Ça reste tout de même le récit de leur enfermement mutuel et de la manière dont ils ne laissent pas de place aux autres. On m’a beaucoup questionné là-dessus pendant l’écriture  : « On ne devrait pas les voir un peu faire la fête ? Sortir ? Vivre la vie parisienne ? » Surtout pas ! Ça, c’était antinomique avec tout le projet. Je voulais certes qu’il y ait du monde à l’image, puisqu’on est dans une fac, mais pour qu’on puisse mieux ressentir la solitude des deux protagonistes. Il faut bien savoir qu’il y a zéro esprit de fête dans cette première année de médecine. C’est de l’écrémage pur et dur. La fête, elle arrive en deuxième année… Le personnage d’Antoine, joué par William Lebghil, fait un peu penser au héros d’Hippocrate, notamment parce qu’il se confronte lui aussi à un père médecin qui le regarde de haut. C’est clairement ton alter ego, non ? — Oui. Une version romancée, disons. Comme lui, j’ai fait des études de médecine plus pour l’image que cela véhiculait que par conviction. Je savais en suivant ce cursus que j’avais épousé le désir des autres, et notamment celui de mes parents. Mais c’est un truc très commun à plein de jeunes. C’est pour ça que, à mes yeux, Première année n’est pas du tout un film sur la médecine, comme pouvaient l’être mes deux précédents, mais un film sur la jeunesse. Après, il y avait une envie de raconter un cursus que je connais bien… Et puis il y a une forme de catharsis dans le fait de raconter ce que tu as vécu… Mine de rien, ça fait du bien. N’empêche  : ça ne t’a pas fait gamberger que les gens puissent dire  : « Ah ! Lilti nous fait encore un film sur la médecine » ? — Si. Mais pfff… Après Médecin de campagne, j’ai beaucoup entendu ça  : « Il a trouvé la recette,
lui. » Ce qui est stupide parce qu’on sait tous, et surtout les financiers, qu’il n’y a pas de recette. J’ai choisi de m’en foutre, de ne plus me poser cette question. Et si je dois refaire un quatrième ou un cinquième film sur la médecine, je le referai. Pour être très honnête  : j’aimerais bien me prouver à moi-même que je suis capable de naviguer autour d’un autre sujet. Mais je n’ai pas encore trouvé… Je remarque souvent que les films que je vois au ciné manquent d’un univers fort, crédible, tangible et, quelque part, de ce point de vue, je sais que je ne fais pas fausse route en restant dans un pareil décor, que je sais rendre crédible cet univers que je connais. Et puis, pour la fiction, c’est un terrain de jeu extraordinaire la médecine, il n’y a pas plus romanesque… C’est pour ça que tu as enchaîné sur la série télé Hippocrate, donc… — On a fait cette série comme si c’était un long-métrage, en prenant tout le temps nécessaire pour que ça ait de l’allure, en faisant en sorte que ce soit bien écrit, bien shooté. Vraiment comme si on faisait un film. La seule différence, c’est qu’on a tourné pendant 110 jours et qu’on a livré un produit qui dure 8 fois 52 minutes, c’est-à-dire presque sept heures. 11 On sait que tout le milieu du cinéma français est hypocondriaque. Ils doivent adorer tourner avec un médecin, non ? — Ahaha, oui ça les rassure, surtout les acteurs. C’est un milieu d’angoissés, ce métier, c’est bien connu. Quand je suis rentré dans le monde du cinéma, ça m’a ouvert des portes d’être médecin, alors que dans le monde de la médecine, je ne disais jamais que je faisais du cinéma. Ça aurait été très mal vu. Dans le cinéma, c’est tout le contraire, les gens se disent  : « Il est structuré, travailleur, il a le sens des responsabilités. » Alors que c’est complètement faux, je suis exactement comme tous les autres !



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