Illimité n°279 jui/aoû 2018
Illimité n°279 jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°279 de jui/aoû 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : mission impossible, fallout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 – Focus Par Alex Vandevorst Photo DR – Demoiselle d’horreur Qui mieux qu’Elle Fanning pour incarner l’auteure de Frankenstein dans Mary Shelley ? En revêtant le corset d’un génie littéraire, l’actrice affirme que le fantastique est plus qu’un plan de carrière  : un choix de vie. On la connaît mal et, de fait, appartenir à la gent féminine a failli lui coûter la postérité. Mary Shelley écrivit Frankenstein ou le Prométhée moderne dans l’Angleterre des années 1810. Elle le publia d’abord anonymement, avant que la société n’admette qu’une femme avait le droit de revendiquer la maternité d’un grand roman d’horreur. Elle Fanning, en revanche, fut célèbre et reconnue dès l’enfance  : de L’Étrange Histoire de Benjamin Button à Twixt, elle a multiplié les incursions dans le champ fantastique, affichant déjà une étrangeté fragile d’enfant précoce. Puis, passé 15 ans, elle devint cette actrice vaporeuse, aussi envoûtante que les films dans lesquels elle jouait  : de Maléfique (pour les enfants) à The Neon Demon (pas du tout pour les enfants) en passant par Les Proies et son climat d’épouvante vénéneuse, ses personnages sont tous un peu les rejetons de Frankenstein. Qu’elle interprète aujourd’hui sa créatrice semble un juste retour des choses. Sauf que Mary Shelley, le film, ne cherche pas à retrouver l’atmosphère horrifique de l’écrivain. Shelley n’est pas Les personnages d'Elle Fanning sont tous un peu les rejetons de Frankenstein. présentée comme une femme au mental aussi monstrueux que celui de son Prométhée, ni aussi maladif que sa chimère. C’est une battante décidée non seulement à vivre à la marge mais aussi à libérer sa pulsion créatrice, notamment contre les beaux esprits considérant que la science-fiction n’est pas pour les jeunes filles (et ceux-là ne manquent pas, même au sein des cénacles progressistes). Un tel parti pris d’interprétation est l’occasion pour Fanning de changer de registre, montrant qu’elle peut miser sur autre chose que des apparitions fardées au jeu minimal. Jouer la démiurge à l’origine de son propre univers est une manière d’affirmer que son évolution dans le fantastique est un choix, et non un créneau de starlette attentiste. Elle a décidé de s’inventer à travers ce genre populaire en évitant les comédies romantiques et les teen movies gnangnan – une stratégie similaire à celle d’un Daniel Radcliffe. Avec Mary Shelley, Fanning se désigne entre les lignes comme maîtresse de sa propre carrière tout en clamant, sur une note évidemment féministe, que le fantastique n’appartient pas qu’aux garçons. Voilà qui lui fait un point commun avec son personnage. Mary Shelley Sortie le 8 août.
– Un ange repasse Avec son titre en forme d’hommage aux polars tortueux, Fleuve noir marque le retour d’une famille du cinéma français pour qui « film d'auteur » rime avec « film populaire ». Élodie Bouchez sous l’œil d’Érick Zonca, en est la rayonnante incarnation. Fleuve noir Sortie le 18 juillet. Par Alex Vandevorst Photo RC Portrait – 15 Avant d’être une ode aux romans de gare peuplés de flics alcooliques et de suspects aux mines interlopes, Fleuve noir est la célébration de grandes retrouvailles. Derrière la caméra, Érick Zonca renoue avec le long-métrage de cinéma après s’être raréfié ces dix dernières années. De l’autre côté, au milieu d’un casting généreux (Kiberlain, Duris et surtout Vincent Cassel dans le rôle d’un inspecteur aussi tempétueux que porté sur le whisky), Élodie Bouchez retrouve le metteur en scène à qui elle doit son plus grand hit, vieux de vingt ans tout rond. En 98, La Vie rêvée des anges marquait le triomphe du réalisme à la française et raflait le César du meilleur film l’année suivante. Après avoir ralenti son rythme de tournage par rapport aux foisonnantes années 90 et 2000, Élodie joue ici Lola Bellaile, épouse d’un prof de français trop bien peigné pour être honnête (Duris). Un beau petit couple que l’inspecteur aviné ne manque pas de cuisiner afin de retrouver un ado mystérieusement disparu. Zonca-Bouchez, vingt ans après  : pour eux comme pour le public, la madeleine de Proust n’est-elle pas garantie ? « J’avais déjà retrouvé Érick pour un film sur la sécurité routière, et on avait tout de suite retrouvé nos marques. Idem sur Fleuve noir  : je n’ai pas dû beaucoup parler du rôle avec lui car je comprends intimement sa vision. Quand il a une idée dérangeante – et il n’a pas peur d’en avoir –, je sais d’où elle vient, car je sais d’où lui vient. » Même si l’actrice rejoue en terrain connu, Fleuve noir tord les attentes du public nostalgique de La Vie rêvée. Avec son exubérance savamment dosée, le film est loin des univers plus ordinaires qu’Élodie a fréquentés grâce à Zonca. « C’est vrai qu’on est dans une proposition de jeu différente  : on ne sait pas trop s’il faut rire ou pleurer. En tant que spectatrice, j’aime beaucoup ça. Mais jouer avec exubérance, c’est parfois une manière de rester naturaliste  : dans la vie, on peut réagir au réel de façon surréaliste ! De toute façon, l’idée n’était pas d’imiter le ton de La Vie rêvée. Ni même de chercher à s’en démarquer. » Laissant donc le passé là où il est, Zonca réunit son actrice et sa famille de cinéma pour les mettre cette fois au service du polar. Et si madeleine il y a, c’est dans cette manière de ménager film populaire et vision d’auteur, comme au bon vieux temps. « Avec Érick mais aussi avec Les Roseaux sauvages ou Le Péril jeune, j’ai eu la chance d’intégrer une nouvelle vague qui parlait d’elle-même, avec des sujets très naturalistes. On touchait tout le monde  : les jeunes qui ressemblaient aux personnages, mais aussi les autres générations. À un moment donné, on a eu l’impression que notre place s’est réduite  : le cinéma d’auteur d’un côté, le popu de l’autre… » Les retrouvailles les plus touchantes de Fleuve noir sont sans doute là  : le thriller grand public renoue avec la vision enfiévrée d’une exnouvelle vague qui n’a pas dit son dernier mot.



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