Illimité n°279 jui/aoû 2018
Illimité n°279 jui/aoû 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°279 de jui/aoû 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : mission impossible, fallout !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 – Interview Par Alex Vandevorst Photos DR & RC – Contes (a)moraux Chronique noire de la barbarie ordinaire en Italie, Dogman prend le contrepied du précédent film de Matteo Garrone, la fable baroque Tale of Tales. Pourtant, il n’aurait pas pu exister sans cette dernière. Le conteur nous explique pourquoi. Tale of Tales était un conte de fées avec des acteurs hollywoodiens. Là, vous adaptez un fait divers contemporain qui a épouvanté l’Italie  : un homme sans histoire se venge d’un voisin violent dans une cité décrépie. Vous avez conçu Dogman comme l’exact opposé de votre précédent film ? — Non  : Dogman est aussi un conte de fées ! En fait, c’est le résultat d’un voyage que j’ai fait. Ce voyage commence par les « demicontes » qu’étaient mes premiers films, comme L’Étrange Monsieur Peppino qui s’autorisait à mélanger la structure des fables avec des éléments contemporains. Puis je suis passé au réalisme avec Gomorra et Reality, qui parlaient respectivement de la Camorra (la mafia napolitaine,ndlr) et de la téléréalité. Ensuite, avec Tale of Tales, j’ai essayé de faire du merveilleux avec des stars en costumes… Mais ça n’a pas vraiment marché, parce que je me suis imposé de trop grosses contraintes. Du coup, Dogman marque un retour au ton de mes débuts  : je m’empare d’un fait divers récent, mais pour l’élever à un niveau onirique. Et je refuse de choisir entre naturalisme et fantastique. En un sens, j’ai retrouvé ma liberté ! C’est vrai qu’on pourrait voir dans Dogman un conte qui revisite David et Goliath  : un type chétif combat un rustre au physique d’armoire à glace… D’ailleurs, Tale of Tales incluait déjà un géant et un nain, mais au sens propre. — Absolument, et d’ailleurs Dogman doit beaucoup à Tale of Tales, contrairement aux apparences. Parce que si je n’étais pas passé par le conte de fées authentique, avec tous ses codes compliqués à intégrer, je n’aurais jamais su transformer ce fait divers crapuleux en fable. Tale of Tales a manqué sa cible parce que le casting était loin du sens que je voulais donner au film… Mais, au moins, il fut une bonne école en matière de lisibilité, de pureté dans la mise en scène. J’ai appris à raconter une actualité comme si je m’adressais à des enfants… « Ce qui rend une œuvre vertigineuse, c’est l’originalité du trait. » Dogman Sortie le 11 juillet. Justement, on a l’impression que c’est l’enjeu de Dogman  : réussir un exercice de style à partir d’une histoire simple et archi connue… — Oui  : sans même connaître cette histoire qui a défrayé la chronique, tout le monde est familier de la lutte que je raconte. L’idée, ce n’est donc pas d’innover avec l’histoire en elle-même, mais avec la manière de la raconter. C’est une conviction que je tiens de ma formation de peintre  : ce qui rend une œuvre vertigineuse, c’est l’originalité du trait. L’histoire de Dogman pourrait être répétitive  : le grand martyrise le petit, puis le petit tente de se venger du grand, etc. La clé, c’est de transformer la cité en un décor tellement ahurissant qu’il en devient fantastique. Chaque nouveau plan doit évoquer un monde différent, monstrueux, qui rend le duel beaucoup plus vertigineux à regarder. De ce point de vue-là aussi, Dogman est héritier de votre expérience dans le conte de fées  : il s’ancre dans la fantasmagorie propre aux mythologies de l’Italie du Sud… — Je suis fortement marqué par ces mythologies  : la ruralité, les corps baroques, les couleurs chatoyantes… La différence avec mon précédent film, c’est que, au lieu de faire incarner cette fantasmagorie par des stars glamours, j’ai été la chercher dans le faciès de comédiens encore méconnus – voire d’anonymes trouvés dans les cours de théâtre de la cambrousse sud-italienne… À vous entendre, on dirait que Dogman n’est finalement pas le contraire de Tale of Tales, mais plutôt son faux jumeau… Qui apprendrait des erreurs de son frère ? — C’est une manière de le voir ! Disons que j’ai compris une chose  : les purs contes de fées sont trop loin du public, et les chroniques réalistes ne lui apprennent rien de plus que ce qu’il a vu à la télé. Alors il vaut mieux se libérer, comme je vous le disais, et oser faire les deux à la fois. C’est ce que nous voulons tous en fin de compte  : voir des monstres qui se battent, mais des monstres qui nous ressemblent.



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