Illimité n°278 juin 2018
Illimité n°278 juin 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de juin 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : notre cousine préférée...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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30 – Le grand papier Quoi, comment ? Les aventures de la plus célèbre des Bretonnes adaptées par la plus versaillaise des stars du ciné d’auteur ? Il y a de quoi s’étonner devant une carte de France ainsi chamboulée. D’autant qu’on parle d’un pays où les adaptations de BD intéressent peu le cinéma d’auteur – du moins quand il s’agit de BD aussi patrimoniales que Bécassine. Mais Bruno Podalydès n’est pas à une fantaisie près, lui qui a déjà donné dans le film en costumes avec ses deux adaptations de l’univers de Joseph Rouletabille, Le Mystère de la chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir. La différence, c’est que Bécassine investit un terrain comique encore plus léger et enfantin, éloigné des (auto-)fictions farfelues mais inquiètes que sont Dieu seul me voit, Adieu Berthe ou Comme un avion. Serait-ce justement l’occasion de se montrer encore plus décalé que d’habitude ? De renouveler son propre iconoclasme en allant chercher le plus grand nombre avec une telle héroïne, tranchant avec ses alter ego rongés d’angoisses métaphysiques ? Oui et non  : tombé quand il était petit dans Bécassine (ou plutôt dans les contours de son visage énigmatique et rond), Podalydès ouvre la porte de son jardin secret et trouve le moyen de poursuivre sa très aérienne quête de soi d’une manière différente. C’est-à-dire en parlant non plus de ce qu’il est, mais de ce qu’il aime. Et en révélant, au travers des traits lisses d’une gouvernante bretonne, les grandes lignes (claires) de son son autoportrait Bécassine ! est très différent du ton de Comme un avion. Et pourtant ce n’est pas tout à fait le film de la rupture, pour vous qui avez adapté deux aventures de Joseph Rouletabille… — Bécassine a un point commun avec Rouletabille  : c’est un personnage qu’on connaît tous, mais sans le connaître vraiment. Je me suis intéressé au mystère que porte Bécassine. Elle n’a souvent pas de bouche dans les dessins, on ne sait pas ce qu’elle pense. J’étais fasciné par sa candeur, son air constamment étonné, elle est capable d’admiration, elle ne doute de rien, c’est un personnage en action. Il y a eu plusieurs adaptations de BD franco-belges au cinéma ces temps derniers… À votre avis, pourquoi ? — Chaque génération puise dans ses plaisirs d’enfance. On arrive à cette vague aujourd’hui naturellement. Pour ma part, j’ai puisé en fait dans un univers encore plus ancien, puisque Bécassine remonte à 1905. J’ai été très touché par la vision d’une couverture où elle tient « J’étais fasciné par la candeur de Bécassine, son air étonné. Elle ne doute de rien, c’est un personnage en action. » la petite Loulotte dans ses bras, déterminée à ce qu’on ne la lui arrache pas. En un sens, le film est l’adaptation de cette image-là plus que des albums BD. J’avais hâte de voir arriver la comédienne Emeline Bayart avec cet accoutrement vert, blanc et rouge, je me disais  : « Si ça se trouve, ça ne marchera pas du tout et on va tous être très gênés. » (Rires.) J’ai toujours besoin de cette part d’inconnu pour m’attaquer à un film  : il faut que le pari soit insolite ou absurde, qu’on se demande si ça va vraiment fonctionner. D’ailleurs, quand je racontais que je préparais Bécassine !, tout le monde me regardait avec les yeux ronds et l’air de penser  : « Oh là là, il ne sait pas dans quoi il s’embarque. » Disons que j’ai vu là l’occasion de retrouver une sorte de Mary ▶ ▶
BÉCASSINE, C’EST SA COUSINE ET SI BÉCASSINE !, DONT BRUNO PODALYDÈS PARLE COMME D’UN DE SES FILMS LES PLUS PERSONNELS, ÉTAIT TOUT SIMPLEMENT LA SOMME DE SES MOTIFS FAVORIS ? Par Alex Vandevorst Le frangin On n’imagine pas un film de Bruno sans Denis, le petit frère de la Comédie-Française. Dans le rôle de Proéminent, archétype du grattepapier ennuyeux et éternel soupirant de la Marquise, Denis Podalydès trouve l’occasion de compiler toutes ses compositions dans les films de Bruno. Père de famille en mal de liberté, pharmacien angoissé par la mort ou journaliste élancé sur les traces d’une femme dont il est épris et qu’il s’imagine sauver  : Denis est toujours ce personnage empêché, rongé par de petites névroses sourdes. En lui confiant le rôle sympathiquement ingrat de Proéminent, son frère fait de lui la synthèse de l’archétype podalydèsien qu’est devenu Denis dans ses films, sorte de clown blanc affublé d’un costume de notaire. La bourgeoisie À travers les personnages de la Marquise et de Monsieur Proéminent, on devine évidemment les portraits au vitriol d’une certaine bourgeoisie contemporaine, attachée au raffinement mais en réalité plus fragile qu’il n’y paraît. Au fond, ces châtelains ne sont jamais que les versions bariolées des bourgeois un peu ridicules vus dans Versailles Rive-Gauche, moyen-métrage remarqué de Podalydès qui devait amorcer une véritable entomologie de la classe moyenne supérieure des Yvelines, à laquelle l’auteur reste attaché. Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers), Bancs publics (Versailles Rive-Droite) et autres Adieu Berthe font ainsi l’étude attendrie d’une petite bourgeoisie privée peu à peu de ses vieux privilèges et qui tente bon an, mal an de sauver les apparences – tout l’enjeu de la Marquise jouée par Karin Viard. La maison de poupée En concentrant l’action dans le château de la Marquise de Grand-Air, Podalydès semble opter pour une scénographie plus fantaisiste que d’habitude. Mais, à bien y regarder, ses films aboutissent le plus souvent à la construction d’un petit théâtre clos où se déroulent des événements dignes d’une BD rocambolesque. Il y a bien sûr le château du Glandier dans Le Mystère de la chambre jaune, où chaque pièce se prête aux énigmes et aux retournements burlesques, façon Cluedo (la seconde aventure de Rouletabille adaptée par Bruno, Le Parfum de la dame en noir, épouse la même logique). Comme un avion atterrissait lui aussi dans la cabane forestière où une Agnès Jaoui céleste et licencieuse achevait de transformer la vie étriquée du héros en trip onirique et amoureux. L’alter ego Les héros de Podalydès planent invariablement au-dessus de leur milieu  : celui de Liberté-Oléron rêve de prendre le large, celui de Comme un avion de décoller et tous les autres alter ego de l’auteur expriment des désirs célestes qu’on compare volontiers aux aspirations artistiques de Bruno himself. Le rêve bien connu de Bécassine de voir Paris correspond à celui des anciens héros de Bruno, attirés par un ailleurs à la fois géographique et métaphysique. Et sa bouille circulaire, pur produit de la ligne claire, permet justement au cinéaste de plaquer les visages de tous ses doubles de celluloïd filmés jusqu’ici, pour en faire cette fois-ci une figure espiègle et enfantine. 31



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