Illimité n°278 juin 2018
Illimité n°278 juin 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de juin 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : notre cousine préférée...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 – Décryptage Par Alex Vandevorst Photo DR Sicario  : La Guerre des cartels Sortie le 27 juin. Ils reviennent et ils sont en colère. Mais qui, au juste ? Le scénariste Taylor Sheridan remet en selle Benicio del Toro et Josh Brolin dans Sicario 2, mais sans la trinité du premier volet. Exit Emily Blunt, incarnation de l’agent du FBI Kate Macer. Cette intruse sur les terres brûlées et barbares de Juarez y découvrait l’alliance impure entre narcotrafiquants et barbouzes burinés. Exit aussi Denis Villeneuve, à qui l’on devait l’imagerie dantesque de ce western géopolitique, fait de survols étourdissants et scabreux au-dessus du « territoire des loups ». Quant au chef op’Roger Deakins, artisan de l’ombre (ou de la lumière) qui donnait son inimitable aspect rugueux à l’ensemble, le voilà aussi qui passe son tour. Certes, Stefano Sollima (fils de Sergio, roi du néo-polar et du western italiens des 70’s) s’impose à la réalisation comme un choix judicieux  : lui-même versé à domicile dans les récits de mafias carnassières, il se règle sur le pas d’outsider apatride de Denis Villeneuve. Mais la redistribution des rôles pose tout de même une double question  : ce nouveau trombinoscope fait-il de Sicario 2 un spin-off, ou une suite logique ? Le problème tient peut-être au vocabulaire. Il ne s’agit pas seulement d’un spin-off – Cartel en tête Ils sont de retour, ou presque  : changeant de réal et de héros, Sicario  : La Guerre des cartels chamboule son effectif et trouve sa raison d’être ailleurs, dans les mines lourdes du tandem Brolin-del Toro. Son vrai ADN serait-il une affaire de gueules cassées ? Le retour d’une humeur globale, d’une tonalité dangereuse et virile. ni d’une suite proprement dite, mais bien d’un prolongement logique. Car le premier Sicario était en soi un loup solitaire, un coup isolé qui ne pouvait amorcer une franchise consacrée à l’agent Kate Macer  : tout l’enjeu était de montrer que non, ce pays n’était pas pour les jeunes recrues, et que seuls les salauds chevronnés pouvaient y survivre. L’héroïne jetait donc l’éponge et par définition, une suite à ses aventures aurait ainsi été aberrante. Sollima emboîte alors le pas de Villeneuve en faisant de del Toro et Brolin des héros – si tant est qu’il soit possible de les voir comme tel, eux que le premier film montrait en guerriers prêts à mordre toutes les frontières de l’immoralité. L’idée paraît raccord avec la fin du premier volet, mais peut être en contradiction avec le principe de saga épique. Sauf si l’on prend en compte les notions d’épopée et d’héroïsme défendues par Taylor Sheridan  : à rebours des licences contemporaines, l’auteur de Comancheria se pose en héritier d’une ère où les sagas populaires ne rimaient pas forcément avec vertu et happy end. Cette ère, c’est celle du western spaghetti et de l’Homme sans nom (aka Eastwood), qui revenait à l’affût de quelques dollars de plus sans pour autant avoir les mains toutes propres. Par son père, Stefano Sollima a bien connu ce temps-là. Il sait qu’une mythologie ne se fonde pas seulement sur l’héroïsme sans cesse renouvelé du personnage, mais aussi sur son charisme moralement ambigu et sur tout ce qui l’entoure (autres trognes baroques et paysages hostiles). Voilà d’ailleurs ce qui justifie la continuation de Sicario  : non pas le retour d’une signature ou d’un acteur définis, mais celui d’une humeur globale, d’une tonalité dangereuse et virile, parfaitement incarnées par les visages ravinés de Josh et Benicio. Pour une fois qu’un come-back hollywoodien capitalise sur une note poétique au moins autant que sur des noms bankable, on aurait bien tort de le bouder.
– En sourdine Longtemps second couteau du petit écran, notamment dans The Office, John Krasinski a muté ni vu ni connu en cinéaste bankable avec Sans un bruit. Retour sur le parcours d’un mec normal que personne ne calculait vraiment. Jusqu’à maintenant. Entre 2005 et 2013, John Krasinski s’est fait les dents dans la peau de Jim Halpert, employé de bureau taquin et déconneur, doux dingue adepte de blagues potaches et de l’asticotage en open space dans The Office. Rongeant son frein, intériorisant des pulsions de réalisateur insoupçonnées et ses références geeks dans les costards cravates moches et les vannes poussives. Cette série américaine, où il évoluait tapi dans l’ombre d’un SteveCarrell envahissant, a été son premier terrain de jeu. Avec cette image du collègue boute-en-train un peu pénible, personne n’avait parié un kopeck sur les aspirations du bonhomme, si bien qu’en 2018 tout le monde reste baba de voir le Kraz aux manettes de l’un des films les plus hypés de l’année. Un thriller sombre, assourdissant de silence et de temps morts. L’histoire d’une petite famille bloquée au sous-sol d’un abri de fortune, dans un monde post-apocalyptique où le danger peut surgir à n’importe quel moment, n’importe quel son. Sans un bruit est un objet curieux. Un thriller hyper référencé efficace et très personnel, alternant scènes d’action millimétrées et compositions quasi muettes de ses personnages. On pense d’abord au Panic Room de David Fincher. Facile, c’est un huis clos dans lequel une famille se retrouve sur le fil du rasoir, une vision désespérée de l’american dream mâchouillé par la nuit cauchemardesque. On pense aussi à The Last of Us, jeu vidéo Par François Rieux Photo DR Trajectoire – 27 phare sur PlayStation, héritier dégénéré mais plus mélo et plus noble des Resident Evil. Dans Sans un bruit, Krasinski est derrière et devant la caméra. Le patriarche à la barbe foisonnante, c’est lui  : un homme taciturne, dévoilant difficilement ses sentiments, devenu génie de la survie et combattant hors-pair, se démenant avec hargne pour les siens. Cette transformation dépasse le cadre du cinéma, trouvant une résonance jusque dans la carrière de l'acteur-réal. Celui qui envoyait les avions de papier sur ses collègues porte désormais la casquette d'auteur nerd, désormais papa d’une œuvre affolant le buzzomètre et le boxoffice. Mais le Kraz va encore se charger de brouiller les pistes. S’enfermer dans la case du cinéma de genre, très peu pour lui. Il pointera d'ici peu le bout de sa barbe dans la petite lucarne. Après Alec Baldwin, Ben Affleck mais surtout Harrison Ford, il vient de se glisser dans la tenue d’espion de Jack Ryan pour une nouvelle série éponyme à venir sur Amazon. Qu’est-ce qui peut bien faire courir ce garçon au physique passe-partout ? Peut-être l’envie permanente de semer le doute, de brouiller les pistes, de se réinventer sans cesse. Et surtout d’éviter qu’on lui colle des étiquettes, à commencer par celle du mec sans histoire, un peu rigolo, un peu terne, un peu branleur. Mille excuses, John. Sans un bruit Sortie le 20 juin.



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