Illimité n°278 juin 2018
Illimité n°278 juin 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de juin 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : notre cousine préférée...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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24 – Décryptage Par Alex Vandevorst Photos DR Trois visages Sortie le 6 juin. – Il avait un joli nom, mon guide… Partant à la rencontre du peuple iranien avec Trois visages, Jafar Panahi revisite aussi les grands films du patrimoine local. Manière implicite de réaliser un guide pirate du cinéma perse ? Décryptage. BLABLA CAR(S) C'est connu, la voiture est le poumon du cinéma iranien. Du hit Le Goût de la cerise au plus récent Un homme intègre de Mohammad Rasoulof, il y a toujours une femme et un homme dans un 4x4, tantôt silencieux et tantôt dissertant sur la vie, la mort, l'amour, ou tout ça à la fois. Après Taxi Téhéran, Trois visages sort du périmètre urbain pour quadriller les campagnes arides. Panahi en tire un nouveau principe de mise en scène  : l'habitacle du véhicule n'est pas simplement une scène de huis clos rhétorique, mais marque une frontière entre les artistes (au volant, le cinéaste se filme accompagné de son actrice Behnaz Jafari) et le petit peuple. Celui-ci reste sourd à sa condition d'auteur engagé (et encagé  : il est toujours assigné à résidence par le gouvernement) comme à la mission politique du cinéma. La voiture iranienne, ou le théâtre de l'incommunicabilité. SOCIÉTÉ SECRÈTE Une chose empêche Trois visages de n'être que l'autoportrait déguisé de Panahi  : la logique du road movie perse suppose, comme à Hollywood, d'aller à la rencontre du peuple. En faisant mine de dénoncer son seul calvaire, il expose ainsi celui d'une société malade dont il s'agit de prendre le pouls. Au fond, les bourlingues mystiques des héros kiarostamiens étaient des prétextes pour rendre compte d'un arrière-monde muselé et à peine conscient de l'être. Panahi profite pareillement de sa plongée rurale pour évoquer d'autres vies que la sienne  : à la manière d'un Téhéran Tabou, son film propose quelques tranches de vie des basses couches sociales pour en révéler le conditionnement religieux ou politique, et ausculter un désir d'émancipation pas encore bien assumé. LA MONTAGNE, ÇA VOUS GAGNE Anciennement assistant de Kiarostami, Panahi profite du voyage pour rendre hommage au maître éteint. Les villages reculés dans les hauteurs du Nord-Ouest iranien ne peuvent qu'évoquer les décors de son mentor, à commencer par les vallons d'Au travers des oliviers et les routes en lacets du Goût de la cerise. Utilisant le relief montagneux de la même manière, Trois visages s'affirme comme la continuation implicite de ce dernier  : Panahi et son actrice sont supposément sur les traces d'une morte – une ado ayant menacé de se suicider car ses parents la privent d'études (allusion de Jafar à son propre enfermement). Kiarostami décrivait le road trip d'un homme aspirant aussi au suicide, et pour qui le paysage escarpé était un purgatoire solaire. En entrant sur les terres de son prédécesseur pour les changer en scène bucolique où il s'agit de partir à l'aventure et de sauver une jeune fille, Panahi imagine le revers lumineux du lyrisme mélancolique de Kiarostami. FORT EN MÉTAPHORES Autre classique bien connu du cinéma farsi  : la métaphore filée tout au long du récit. Avec Une séparation, Asghar Farhadi se servait d'un divorce kafkaïen comme d'un miroir tendu à l'absurdité du régime des mollahs. Rasoulof faisait d’un pisciculteur dont la mafia locale décime la production le héros d'Un Homme intègre, usant de la symbolique des poissons dans la culture iranienne – ils sont synonymes de vie – pour dépeindre un prolétariat réduit à l'état de mort-vivant. Panahi, pour sa part, raconte ici sa propre captivité à travers le destin de la jeune fugueuse à qui ses parents ont coupé les ailes créatives. Les parents, ici, c'est évidemment le régime, et l'errance absurde de la voiture entre les montagnes traduit le sur-place auquel est condamné l'auteur. Autrement dit, il rejoue l'enfermement de Ceci n'est pas un film (tourné sur le tapis de son salon), mais par le biais d'une allégorie lyrique et subliminale dont seuls les Iraniens ont le secret.
LES 7 VIES D’UN CINÉASTE EXPOSITION 03.05 > 29.07.18 CHRIS MARKER CINEMATHEQUE.FR #EXPOMARKER Avec le soutien de En coproduction avec En partenariat avec Chris Marker, autoportrait au Rolleiflex, circa 1960 et Dessin de Guillaume en Égypte, Chris Marker Succession Chris Marker/Fonds Chris Marker-Collection Cinémathèque française Dans le cadre du 50 è anniversaire de Mai 68 Grands mécènes de La Cinémathèque française Amis de La Cinémathèque française En partenariat média avec



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