Illimité n°278 juin 2018
Illimité n°278 juin 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de juin 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : notre cousine préférée...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 – Interview croisée Par Alex Vandevorst Photo RC « Déranger ? Mais c'est le but ! » – Genoux écorchés Le dernier film d'Antoine Desrosières, À genoux les gars, s’inscrit à merveille dans la mouvance #balancetonporc. Seulement voilà, c’est une comédie. Et si le rire était le bon moyen de traiter ce débat hypersensible ? Réponse auprès de l’auteur et de ses actrices. À genoux les gars Sortie le 20 juin. À genoux les gars est l’histoire de deux sœurs, dont l’une est forcée par son copain d’offrir ses faveurs à son meilleur ami… qui n’est autre que le fiancé de l’autre sœur ! Souad et Inas, vous avez un peu collaboré au script pour y apporter de la véracité… — Inas Chanti  : Pas qu’un peu, faut pas mâcher ses mots ! (rires) — Antoine Desrosières  : Oui, l’histoire est inspirée d’un vrai témoignage. Et il me semblait essentiel de collaborer avec deux jeunes filles exposées à ce genre de comportements machistes. Ma démarche consiste à donner la parole aux femmes qui ont été abusées. Ce serait ridicule d’écrire à leur place ! — I.C.  : Oui, le but n’était pas juste d’obtenir des impros en language ouech-ouech, on a dû apprendre des dialogues par cœur, hein ! Ce principe de donner la parole aux filles est parfaitement raccord avec la prise de conscience provoquée par la vague #balancetonporc, même si le film a été tourné bien avant… — Souad Arsane  : L’affaire Weinstein a confirmé que ce que raconte le film est vrai, tout simplement. C’est presque dommage qu’on ait dû attendre de parler de lui pour qu’arrive cette prise de conscience… — A.D.  : Weinstein, c’est l’aboutissement d’un système patriarcal épouvantable, le résultat de siècles au cours desquels les hommes s’autorisent tout. Le problème est bien plus vieux que le mouvement #balancetonporc  : les deux antihéros qui abusent de leurs fiancées sont les produits de cette société, au même titre qu’un puissant comme Weinstein… Ce qui est moins évident, c’est que ces deux copains sont des types tellement ordinaires qu’ils en sont presque sympas a priori. Ils sont idiots et en même temps assez rigolos… — S.A.  : Ben oui ! Vous pensez que les harceleurs s’arrêtent de faire des blagues une fois qu’ils ont dépassé les bornes ? — I.C.  : Il faut arrêter de penser que les violeurs sont des types complètement tarés ! Ce sont parfois des gars sympathiques, qui font des blagues comme Salim et Majid… — S.A.  : C’est ce que montre le personnage de Salim  : le problème ne vient pas de la folie mais de l’ignorance. « Non, c’est non », on ne le leur a pas enseigné quand ils étaient petits… — A.D.  : Le côté sympa vient de cette ignorance, justement  : ils sont presque victimes d’un système qui leur a fait croire qu’abuser, c’était la norme. Pas mal de gosses sont dans le même cas, ils peuvent s’identifier à eux. Et se rendre compte qu’ils sont aussi dans l’erreur. Le film a aussi un rôle social, en plus d’être une comédie pour se fendre la gueule ! Mais vous n’avez pas eu des doutes sur le fait qu’arriver avec une comédie sur le sujet pourrait déranger ? — A.D.  : Déranger ? Mais c’est le but ! (Rires.) Je ne veux pas prêcher des convertis, je veux justement déranger les petits machos. Donc tant mieux si le film choque, c’est fait pour ! Je suis très fier d’avoir fait une comédie là-dessus. Si le film a la tonalité d’un sketch de jeune youtuber, tant mieux  : les gens à qui je m’adresse ne regardent pas autre chose ! C’est vrai qu’il y a du malaise, mais il est constructif. Et puis il précède un troisième acte assez gai, qui propose un monde où le principe de consentement est respecté. On a le droit de rêver un peu, non ?
Champions Sortie le 6 juin. Cinquième long-métrage de Javier Fesser, Champions raconte le parcours improbable d’un entraîneur de basket professionnel contraint de gérer une équipe de sportifs handicapés. C’est un authentique feel good movie qui reproduit des recettes éprouvées, mais il le fait avec une efficacité exceptionnelle, à en juger par les résultats. En rassemblant plus de 4 millions de spectateurs, il a fracassé le box-office espagnol. Mais son auteur n’en est pas à son coup d’essai. Javier Fesser avait déjà connu un succès comparable avec son adaptation de la BD Mortadel et Filémon. Quasiment inconnu en France (le film était sorti seulement en DVD, l’éditeur ayant ciblé le public de BD), il avait triomphé en Espagne lors de sa sortie en 2003. Fesser y faisait déjà preuve d’une volonté de toucher un vaste public avec des éléments qui deviendront récurrents  : un penchant marqué pour la comédie, impliquant de préférence une multiplicité de personnages, avec dedans un individualiste forcené. Dans Champions, celui-ci est le personnage central  : assistant de l’entraîneur de l’équipe nationale espagnole de basket, il est doué, mais arrogant, égoïste et méprisant, pour ne citer que quelques défauts. Jusqu’au jour où il en paie le prix  : à la suite d’une série de catastrophes, qui se terminent par une collision avec une voiture de police. Alors qu’il a trois grammes d’alcool dans le sang, il est condamné à un an de travaux d’intérêt général et se retrouve à entraîner une équipe de personnes handicapés. Fesser a été séduit par le scénario riche en potentiel comique et en personnages touchants. Il s’est aussi souvenu d’un incident notoire au cours duquel l’équipe de basket espagnole avait été condamnée aux jeux paralympiques de Sidney pour avoir intégré dans leurs rangs des joueurs qui avaient simulé le handicap. Par souci de vérité, le cinéaste était Par Marc Ponceau Photo DR Décryptage – 23 – Dunk au-dessus d’un nid de coucous Venue d’Espagne, la comédie Champions prend à bras le corps le sujet du handicap dans le sport. Le résultat est irrésistible, et le film réalise le carton de l’année dans son pays. Une équipe totalement improbable se lance dans une entreprise insensée. déterminé à faire appel à des acteurs réellement handicapés pour incarner les joueurs. Résultat, ils délivrent une performance émouvante, colorée et vraie, en totale synergie avec Javier Gutiérrez, (La Isla Minima), l’un des acteurs espagnols les plus demandés du moment, qui joue leur entraîneur. Le film peut-il fonctionner en France ? Sans doute. Dans son style, Champions est un exemple particulièrement réussi d’un genre qui a toujours bien fonctionné, le film de compétition improbable, dont Rasta Rockett est un modèle  : soit une équipe totalement improbable, tant par sa composition que par l’apparente incompétence de ses membres, qui se lance dans une entreprise insensée. Leur chemin est parsemé d’embûches comiques mais le dénouement déjoue les présomptions et constitue un pied de nez aux préjugés. Les thèmes de Champions sont universels, de même que son humour. À moins de souffrir de paralysie émotionnelle, il est difficile de se désintéresser de cette entreprise collective exaltante et de résister à son dénouement euphorique.



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