Illimité n°278 juin 2018
Illimité n°278 juin 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°278 de juin 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 122 Mo

  • Dans ce numéro : notre cousine préférée...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 – Focus Par François Rieux Photo DR – Pure Afghane Une petite Afghane se fait passer pour un garçon afin de libérer son père des geôles talibanes. Parvana est une super-héroïne sans cape ni pouvoir, née sous la plume de Deborah Ellis, auteure féministe et activiste politique qui œuvre dans l’ombre depuis plus de vingt ans. Quand on pense littérature jeunesse, les noms de Roald Dahl, J.K. Rowling ou encore Rick Riordan bondissent comme des diables sur ressort. Celui de Deborah Ellis, lui, ne revient quasiment jamais. Inconnue au bataillon chez nous ou presque, l’auteure canadienne est pourtant une vétérane en matière de romans pour enfants, encensée outre-Atlantique pour son œuvre mêlant visées féministes et pamphlets antimilitaristes. Pas de chocolaterie gargantuesque ni de sorcier caché dans le placard, Ellis signe des histoires rugueuses trempées d’enjeux sociétaux et politiques nivelées pour un jeune lectorat. C’est sans doute la raison pour laquelle il aura fallu attendre 2018 avant qu’un de ses romans, Parvana – Une enfance en Afghanistan, ne soit porté à l’écran. Cheveux coupés court, tunique qamis et traits androgynes  : l’apparence de Parvana, gamine de 11 ans vivant à Kaboul, n’est pas une coquetterie mais bien un stratagème visant à duper les talibans qui ont emprisonné son père. Un look lui permettant d’exister dans une société patriarcale où les femmes n’ont pas leur mot à dire. Son héroïne est la porteétendard d'une bravoure pourfendant la barbarie. Flashback  : l’idée de cette enfant en rébellion germe dans l’esprit de Deborah Ellis en 1997, après un voyage au Pakistan dans des camps de réfugiés afghans. Un roman d’apprentissage inspiré de ses rencontres sur le terrain qui sonne toujours d’actualité vingt ans plus tard. Pas étonnant qu’Angelina Jolie, figure féministe emblématique d’une Mecque hollywoodienne désormais entachée par les scandales sexuels à répétition, soit tombée sous le charme de cette odyssée émancipatrice et endosse ici la casquette de productrice. Miroir réflecteur de la condition de la femme et ramification animée de la vague de protestation #metoo, Parvana, le film comme le livre, s’impose comme une ode à la liberté. Forte, rusée, instinctive et indépendante, son héroïne est le porte-étendard d’une bravoure pourfendant la barbarie des fous de Dieu dans un élan féministe affûté. Une paladin révoltée et bien ancrée dans le réel  : son récit trouve une résonance dans les agressions, menaces de mort et autres pressions psychologiques subies entre autres par les actrices Loubna Abidar et Golshifteh Farahani. C’est d’ailleurs cette dernière qui double Parvana dans sa version française. Après 20 ans d’activisme, Deborah Ellis viendrait-elle enfin de trouver sa voix ? Parvana, Une enfance en Afghanistan Sortie le 27 juin.
– Marge de raison Rares sont les films de genre français à entrer dans le temple de la cinéphilie respectable. Un couteau dans le cœur revient pourtant de Cannes où il a marqué l’adoubement de son auteur YannGonzalez, et peut-être de la french touch dans son ensemble. Un couteau dans le cœur Sortie le 27 juin. Par Alex Vandevorst Photo RC Portrait – 19 La joie de YannGonzalez au moment d’apprendre la sélection d’Un couteau dans le cœur à Cannes, en compétition officielle, a dû équivaloir à la perplexité des cercles cinéphiles internationaux. Qui était cet outsider propulsé dans la case récréative de la compète ? En France, les amateurs de bizarreries indés le connaissaient à travers ses Rencontres d’après minuit (une sorte de Breakfast Club chatoyant entre libertins envapés) et ses courtsmétrages à mi-chemin entre l’expérimental et le spectacle horrifique. Il n’empêche qu’eux-mêmes ont dû être surpris de le voir ainsi promu  : voilà que l’habitué de la Semaine de la Critique s’offrait sans crier gare la place dévolue aux cinéastes de genre étrangers ; celle du diamant brut et indécidable, de la messe pop, sulfureuse et sexy. Un peu comme s’il piquait le créneau de Nicolas Winding Refn avec The Neon Demon ou Only God Forgives. Rien que ça. Comment expliquer un tel changement de braquet ? D’abord par la présence de Vanessa Paradis, dans le rôle d’une productrice de pornos à la fin des 70’s, dont un acteur est salement assassiné alors qu’elle lance un ambitieux projet pour reconquérir son amante. Le giallo érotique se mêle donc au glamour de l’icône blonde (platine, ici). Mais il y a aussi une forme « d’ouverture », selon Yann, premier surpris de cet honneur cannois qu’il explique par une envergure nouvelle  : « Il y a une vraie éclosion, en matière de narration et de forme. Et à la fois le film est plus classique que Les Rencontres d’après minuit, parce qu’il épouse plus clairement les codes de l’horreur  : j’ai cherché à ne surtout pas être plus malin que le genre. Donc Un couteau dans le cœur est plus radical que Les Recontres, tout en étant plus accueillant. » Être ou ne pas être plus malin que le genre, c’est effectivement la question à laquelle se confrontent les autres membres de sa famille de cinéma, dont Bertrand Mandico (auteur du carton critique Les Garçons sauvages) et le tandem Cattet-Forzani, autant d’inclassables en rupture avec un certain naturalisme à la française. « C’est une histoire de génération  : on a grandi avec les VHS du cinéma bis italien seventies dans les années 80, et avec une approche romantique de l’horreur. Et il y a aussi un attachement à l’interdit  : à l’époque, ces images étaient secrètes, difficiles à voir, d’où le fait qu’on cultive un esprit transgressif à l’intérieur de nos mises en scène. » Pour lui comme pour ses camarades, le genre est un gage de subversion qui s’est payé jusqu’ici par une relative confidentialité. Mais en allant à Cannes, Un couteau dans le cœur – que Yannprésente volontiers comme un « cheval de Troie fort d’une star ultra-désirée, pour dire aux jeunes réalisateurs qu’il faut arrêter de s’autocensurer et oser faire du genre » – envoie un signal clair  : les efforts de l’underground français ont payé, et ce dernier est peut-être même en train de gagner. Dans nos vieilles contrées naturalistes, l’interdit serait-il enfin permis ?



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