Illimité n°277 mai 2018
Illimité n°277 mai 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°277 de mai 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 99,6 Mo

  • Dans ce numéro : tout sur les mères.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 – Rencontre Par Romain Thoral Photo Romain Cole Mon Ket ressemble à un film de fiction classique, avec des plans stables, une jolie lumière, une prise de son nickel. Pourtant c’est un film réalisé à 80% en caméra caché. Pourquoi lui avoir donné ce look-là ? — Je voulais que ça ressemble à un film joué par des acteurs qui n’en sont pas. Personne ne joue aussi bien que quelqu’un qui ne joue pas. C’était ça, l’idée  : une histoire en forme de fil rouge (c’est-à-dire les aventures d’un taulard qui veut recréer un lien avec son fils), un look « cinéma » et des acteurs secondaires qui seraient des gens que je piège. Je ne voulais plus des codes esthétiques un peu « sales » de la caméra cachée. J’ai tenté le pari d’un film où on pourrait être pris par l’histoire et les personnages mais tourné avec des acteurs qui ignorent qu’on les filme. C’est presque une idée de cinéma expérimental… — (Rires.) On peut dire ça. Mon premier assistant-réalisateur a failli devenir fou. On l’a fabriqué pendant plus d’un an et demi, ce film… Le style visuel de Mon Ket t’oblige du coup à mettre un carton inaugural « ce film a été réalisé en caméra cachée », sinon impossible de s’en rendre compte. Mon Ket Sortie le 30 mai. « Personne ne joue aussi bien que quelqu’un qui ne joue pas. » — Oui, on a dû mettre cette info à la suite de projections tests où le public n’avait pas réalisé le concept du film. Je trouvais ça dommage. Si ton idée était que ça ressemble à du cinéma de fiction, pourquoi trouver ça dommage ? — Ah, il faut quand même que le public le sache au préalable. Je ne voulais pas le piéger lui non plus. C’est un peu comme quand tu vas manger chez des amis et que c’est les enfants qui ont fait la bouffe… Bon. Eh bien, il vaut mieux le savoir avant. Ça change complètement ta perception des choses. Rien n’est jamais bidonné dans le film ? — Jamais. Oh non non non, ça serait de la triche. Autant faire une fiction si c’est pour bidonner. Le style du film laisse donc imaginer un enfer d’organisation pour « planquer » toutes ses caméras… – En « Ket » de sens Surprise-surprise ! François Damiens sort Mon Ket, une « fiction » tournée en caméra cachée. Une façon comme une autre de sonder l’âme humaine ? — Et les micros, et les lumières, et les réflecteurs… L’enfer, oui… … De ce point de vue, Mon Ket ressemble un peu au film « ultime » de caméra cachée. C’est une manière de tirer ta révérence dans ce genre où tu sévis depuis plus de 20 ans. — Ah non, pas du tout. Je veux encore continuer à utiliser ce procédé. Ça me fait trop rire. Au-delà du plaisir de rendre les gens fous, j’imagine qu’il y un désir de sonder l’âme humaine, presque à la manière d’un anthropologue, dans ce travail. — Complètement. C’est ça qui me fait tenir. Et ça t’a rendu plus humaniste au plus misanthrope, après toutes ces années ? — Je suis constamment sidéré par la gentillesse des gens. Ça donne vraiment foi en la nature humaine, de piéger les autres. Je veux bien te croire mais tu as forcément été témoin de comportements pleins de lâcheté ou de médiocrité ? — Oui, mais pas tant que ça, au fond. La seule fois où j’ai vraiment été atteint, c’était lorsqu’on était allé tourner dans un golf. La majorité des piégés prenait un certain plaisir à m’humilier. Je me disais, à chaque fois  : « Toi, quand je vais t’annoncer que c’est une caméra cachée, tu vas à avoir très honte. Parce que c’est pas trop beau, ce que tu es en train de faire. » Mais c’est le seul truc un peu glauque dont je me rappelle vraiment. Ça m’a rendu très optimiste tout ça. C’est pour ça que je ne peux pas m’en passer, je me prends un shoot d’euphorie pure. Je me dis  : « Mes semblables sont beaucoup plus sympas qu’on ne voudrait me faire croire. » Ce boulot, au fond, c’est de faire rire avec la bonté des gens.
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