Illimité n°277 mai 2018
Illimité n°277 mai 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°277 de mai 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 99,6 Mo

  • Dans ce numéro : tout sur les mères.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 18 - 19  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
18 19
18 – À la source Par Alex Vandevorst Photos DR La Révolution silencieuse Sortie le 2 mai. – L’âge mur Si le film historique est un genre en soi du cinéma allemand, La Révolution silencieuse le réinvente en finesse. Le vieux sujet du diktat communiste inspire à son réalisateur, Lars Kraume, une ode à la jeunesse anti-fake news et pro-liberté d’expression. Pour qui se serait trop souvent fait porter pâle lors des cours d’histoire de première et terminale, le cinéma allemand a toujours offert de parfaites séances de rattrapage. De Good Bye, Lenin ! à Barbara, le cinéphile contemporain n’a pas besoin d’être calé pour trinquer régulièrement avec les spectres teutons du XX e siècle  : le nazisme ici, le stalinisme là, la police (de la pensée) partout et la justice nulle part. Prenant ses quartiers dans la RDA des années 1950, La Révolution silencieuse est a priori fait du même bois  : inspiré par une histoire vraie, Lars Kraume raconte comment une classe de lycéens se dresse contre le joug du gouvernement est-allemand en observant une minute de silence pour les révolutionnaires hongrois, persécutés par le Politburo suite à l’insurrection de Budapest. Mais pas question de filmer des héros en uniforme, des bureaux de généraux ou des scènes de révolte armée  : l’action est contenue dans l’école, dans les lieux de discussions pirates où le jeune cénacle fomente un soulèvement intellectuel. Le grand enjeu ? Non pas éviter le goulag, mais avoir le droit de passer le bac. Et pourtant, La Révolution silencieuse fait l’effet d’un film de combat sur les charbons ardents. Comment Kraume a-t-il réussi une épopée idéologique plus proche d’un Cercle des poètes disparus réglé sur les pendules de 2018 que d’une sage fresque historique ? Pour le comprendre, il fallait passer en revue ses illustres devanciers du cinéma allemand contemporain. Et ce, dès la page suivante.
LA CHUTE d’Oliver Hirschbiegel (2004) Difficile de penser à un plus gros challenger que La Chute, carton international qui a redéfini la manière de filmer le nazisme. Kraume  : « Les films sur le III e Reich attirent facilement parce que le décor et les silhouettes familières en uniforme rendent les images spectaculaires. Mais je ne voulais surtout pas faire ça  : selon moi, l’horreur est quelque chose de très proche, de très familier. Elle porte des vêtements de tous les jours. La Chute est impressionnant parce qu’il décrit un chapitre décisif en temps réel, mais on peut faire la même chose dans une salle de classe  : l’hommage silencieux et interdit des élèves me permet de comprimer tout l’enjeu d’une révolution en une minute. » BARBARA de Christian Petzold (2012) Le film de Christian Petzold contemple les dernières années du bloc de l’Est depuis la retraite forcée de son héroïne, désireuse de passer à l’Ouest. « Barbara fait partie de ces grands films sur le crépuscule de la RDA, une période qui passionne autant que la Seconde Guerre. Sans doute parce qu’elle marque la fin d’un monde, et qu’elle est encore très proche dans les esprits. Mais j’avais envie d’explorer une période moins marquée, plus trouble, celle des années 1950. On ne les filme jamais, parce qu’elles sont jugées trop calmes  : le mur n’existait même pas encore. C’est justement ce qui m’intéressait, à vrai dire. Le fantasme de passer à l’Ouest est encore larvé, tapi au fond des esprits, mais il est bien là. J’avais envie de saisir ce germe de pensée en pleine éclosion. Et, le plus dingue avec l’histoire dont je m’inspire, c’est que ces jeunes ont fini par réussir à aller étudier à l’Ouest. Alors que, au cinéma, les personnages finissent toujours par rater leur échappée ! » 19 GOOD BYE, LENIN ! de Wolfgang Becker (2003) La Révolution silencieuse ne joue pas sur la même tonalité que Good Bye, Lenin !, mais il lui emprunte une idée maîtresse  : l’histoire mouvementée de la seconde moitié du XX e siècle en Allemagne creuse des fossés inhabituels entre générations. « Le fait que les bouleversements politiques se soient accélérés induit un rapport radicalement différent à la politique entre parents et enfants. Good Bye, Lenin ! le montre sous l’angle de la comédie, avec cette idée farfelue d’un fils qui ravive le décor de la RDA pour ne pas déstabiliser sa mère, socialiste convaincue. Dans mon film, les jeunes perçoivent aussi les limites de la doctrine communiste, mais justement, cela leur donne un idéal libertaire  : à l’inverse de Good Bye, Lenin !, ce sont les aînés qui rentrent dans le rang et la jeunesse qui continue de croire. Je ne pouvais pas me permettre de rire d’elle ! » LA VIE DES AUTRES de Florian Henckel von Donnersmarck (2006) Comme le film de Lars, La Vie des autres fait passer le char de la grande histoire par le chas de l’intimité  : un officier de la Stasi se prend de compassion pour ceux qu’il espionne. Mais son récit est impossible à transposer dans un autre contexte que celui de l’Allemagne de l’Est. Chose que Lars a voulu éviter à tout prix. « J’avais envie de raconter un désir d’insurrection qui soit universel  : c’est pour cela que le film se joue en grande partie entre les murs du lycée, tout le monde peut s’y retrouver. La salle de classe devient la métaphore d’une nation, et les élèves d’un peuple solidaire. Et, si j’ai bien fait mon travail, cette nation n’est pas seulement l’Allemagne. Je veux aussi qu’on y voie la scène des débats contemporains  : la désinformation du gouvernement Trump, qu’est-ce que c’est, sinon le retour de la police de la pensée ? Il me fallait ces résonances avec le présent, sinon mon film aurait été un cours magistral sur l’ère communiste. Et rien ne m’intéresse moins que ça. »



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :