Illimité n°277 mai 2018
Illimité n°277 mai 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°277 de mai 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 99,6 Mo

  • Dans ce numéro : tout sur les mères.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 – Décryptage Par Anouk Féral Photos DR – Everybody Knows est-il le film d’ouverture cannois parfait ? Le nouveau film d’Asghar Farhadi remplit toutes les cases du film d’ouverture de Cannes parfait. Voici pourquoi. Qui dit événement majeur dit coup d’envoi. Les trompettes version Cannes, c’est son film d’ouverture. La meneuse affriolante qui annonce douze jours de cinéma au cube et qui doit parvenir, en une montée des marches, à braquer sur elle tous les regards du monde. Pour créer le frisson, la miss déboule généralement parée de deux atours imparables, qui lui garantissent un coefficient de désirabilité furieusement élevé  : du casting cinq étoiles et des sensations fortes. Traditionnellement, ces films de la première valse sont des locomotives grand public et « bon esprit », visuellement spectaculaires et dotés d’un casting suffisamment rassembleur et séduisant pour embraser le tapis rouge en deux-deux. Mais, depuis quelques années, une transformation affleure. En 2015, surprise. La Croisette ouvrait le bal avec La Tête haute d’Emmanuelle Bercot. Loin, très loin des deux éditions précédentes, démarrées par les très glamour Gatsby le magnifique (2013) et Grace de Monaco (2014). Un gamin inconnu et sauvage succédait aux stars planétaires Leonardo DiCaprio et Nicole Kidman. Le sujet (le parcours cabossé d’un petit délinquant) était social et dur, le ton naturaliste et âpre. Rebelote l’an dernier où le rideau des festivités se levait sur Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin, succédant aux fourreaux du Café Society de Woody Allen. Un Desplechin en demi-teinte, sans tapage, comme un doux soleil voilé. En choisissant cette année Everybody Knows, le nouveau film de l’Iranien Asghar Farhadi, Thierry Frémaux, le responsable de la sélection des films, parachève sa nouvelle ligne éditoriale. Pourquoi ? Parce qu’Everybody Knows contient à la fois l’ancien et le nouvel ADN du film d’ouverture cannois. À sa façon, il rafraîchit, il réinvente un cahier des charges vieux de 71 ans. Le cinéaste élu n’est ni un Français ni un Américain mais un Iranien dont le cinéma est l’antithèse de l’artillerie lourde. Ses drames réalistes
Everybody Knows Sortie le 9 mai. « Sorte de Dogville arrosé de sangria, Everybody Knows pointe l’étroitesse d’esprit, le potentiel inquisiteur de la société. » (À propos d’Elly, Une séparation) sont bâtis sur des scénarios certes haletants mais ciselés pour l’intime, moulés aux remous humains les plus microscopiques. Everybody Knows ne fait pas exception. Circonscrit au temps d’un week-end dans un petit village espagnol qui vit des vignes alentour, le film embrasse une famille nucléaire tout ce qu’il y a de plus heureuse. Elle se rend au mariage d’une tante dans ce village mais – la Farhadi’s touch agissant – cet harmonieux agencement va éclater et révéler la véritable nature de liens familiaux infectés, forcément infectés. Comme tout Farhadi, impossible d’en dire plus sans tout dévoiler. On dira juste que le cinéaste continue d’explorer l’Europe (après la France du Passé, l’Espagne), soulignant ainsi l’universalité des dysfonctionnements relationnels. Sorte de Dogville arrosé de sangria, Everybody Knows pointe l’étroitesse d’esprit, le potentiel inquisiteur de la société symbolisée par les villageois, les nuisances du groupe. Une fois encore, Farhadi nous parle par la preuve, sans effets, juste par le biais d’un événement tragique qui pulvérise soudainement une poignée Spécial CANNES 2018 d’humains aux vies simples, les forçant à se confronter au passé pour se juger entre eux, entre humains, loin du Ciel. Everybody Knows pourrait être simplement un beau film intime sans dimension de harangueur cannois, si ce n’est le seul pedigree de son réalisateur. C’était sans compter sur son sidérant casting, le couple star Penélope Cruz-Javier Bardem. En leur confiant les rôles principaux de son drame ibérique, le cinéaste iranien fait entrer dans son film le duo le plus win du septième art espagnol. Et surtout deux étoiles hollywoodiennes rutilantes. Cette éruption d’Hollywood dans son film lui insuffle le glamour indispensable à un beau tapis rouge, raccordant ainsi avec la patte historique du vrai grand film d’ouverture de Cannes. Profond comme du Bercot, désirable comme du Luhrmann, Everybody Knows est un deux-en-un idéal au point d’être à la fois en ouverture du Festival et dans la compétition officielle. Entre la tête et les jambes, Farhadi n’a pas choisi, il a tout pris. Frémaux aussi, d’ailleurs. 13



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