Illimité n°276 avril 2018
Illimité n°276 avril 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°276 de avril 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 129 Mo

  • Dans ce numéro : attention, Lagaffe crève l'écran.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 – Trajectoire Par Anouk Féral Photos DR – Le dieu des petits rien À l’heure des souvenirs  : peu d’ingrédients, beaucoup d’effet. Et si conter, c’était ré-agencer à peine le monde ? Après The Lunchbox, Ritesh Batra livre sa recette de la nostalgie. D’une simplicité désarmante. En 2013, Ritesh Batra, réalisateur indien inconnu, calmait l’appétit vorace de Cannes en deux coups de cuillères (très épicées) à pot. The Lunchbox, merveilleuse romance, naissait d’une minuscule erreur de livraison. Un repas donné au mauvais destinataire (à Bombay, un gigantesque service de livraison apporte aux maris, sur leur lieu de travail, un plateau repas « maison » concocté par leurs femmes) et l’amour s’embrasait. Tout le monde fondait alors pour ce craquant quiproquo, se rappelant au passage que, bien souvent, à petits gestes, grands effets. Cet art de nous régaler de trois fois rien, Batra semble en avoir fait sa marque de fabrique. Il nous revient aujourd’hui depuis l’autre côté du monde, Londres très exactement, avec À l’heure des souvenirs, l’adaptation d’Une fille, qui danse du romancier anglais Julian Barnes. L’histoire en apparence toute simple de Tony Webster (l’impeccablement senior Jim Broadbent), retraité un brin ronchon qui coule des jours tranquilles dans sa boutique de vieux Leica. Jusqu’à ce qu’il reçoive le journal intime de son ami d’adolescence suicidé il y a quarante ans. Légataire malgré lui, il voit son RITESH BATRA passé ressurgir tel une bulle à la surface de l'eau qui, en éclatant, le plonge dans l’abîme des souvenirs de jeunesse, tantôt heureux, tantôt tragiques. Le film est construit sur une narration classique à deux temps (présent du vieil homme/flash-back de son adolescence dans les sixties). Là où « la touche Batra » apparaît, c’est dans cette manière tout à fait modeste – mais très efficace – de faire crépiter le récit. Quand The Lunchbox s’écrivait sur la gracieuse relation épistolaire entre la jeune épouse cuisinière et un préretraité qui n’était pas son mari mais qu’elle enchantait de ses plats, À l’heure des souvenirs avance sur la frêle ligne de crête de la mémoire. Elle s’incarne par une foule de petits riens C’est un film de pure mélancolie, qui raconte la mémoire et ses failles. À l’heure des souvenirs Sortie le 4 avril. propulsés du passé  : d’abord ce journal, puis une lettre aux conséquences fatales, rageusement griffonnée par un Tony jeune étudiant fou de jalousie amoureuse. Suivront des instants brefs en apparence banals mais d’une nostalgie inouïe  : une main qui s’agite pour dire au revoir, une phrase anodine balancée entre deux rires, une poêle brûlante jetée dans un évier et la vapeur qui enfle. À l’heure des souvenirs est un film de pure mélancolie, qui raconte comme rarement la mémoire avec ses failles, une mémoire forcément lacunaire, forcément tronquée. Et forcément, au fond, construite sur si peu. Ce sens du microvertige de la souvenance fait de Ritesh Batra une vieille âme de 38 ans. Pas surprenant qu’il filme si bien les vieux loups solitaires que viennent réanimer de jolis impromptus. L’homme de The Lunchbox qui retrouvait le goût de la vie en mangeant, le Tony de À l’heure des souvenirs qui réexamine sa sécheresse du troisième âge grâce à l’odeur d’œufs brouillés cramés. Sans oublier Robert Redford, que Batra a filmé l’an dernier dans Nos âmes la nuit. Il campait un veuf sacrément isolé, jusqu’au jour où Jane Fonda, sa voisine, sonnait à sa porte. Ding dong, deux petites notes, et la vie redémarrait.
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