Illimité n°276 avril 2018
Illimité n°276 avril 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°276 de avril 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 129 Mo

  • Dans ce numéro : attention, Lagaffe crève l'écran.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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30 – Le grand papier ▶ ▶Ras-le-bol des super-héros qui polluent la planète en voulant la sauver, avec leurs gadgets dont le kérosène cause des trous dans la couche d’ozone ? Plein le dos des tristes chroniques réalistes du monde du travail, avec ses jeunes gens qui luttent pour s’insérer dans la nation « start-up » ? Gaston est votre homme  : depuis sa naissance dans les petites cases du grand Franquin, on sait que ses gadgets à lui permettent des acrobaties parfaitement écolos (faire voler à l’hélium un vieux tacot jaune et noir, par exemple), et qu’il incarne le refus de la vie active avec une décontraction aussi franche que ses espadrilles sont molles. En adaptant ses aventures, Pierre François Martin-Laval invite donc un nouveau genre de héros dans la comédie populaire. Notons qu’il n’arrive pas par hasard, à l’heure où les millennials disent non à l’exploitation entrepreneuriale, oui à l’économie verte (comme le pull de qui vous savez) et chérissent moult bestioles au nom de l’antispécisme. Tiendrait-on l’adaptation de BD la mieux réglée sur les pendules de 2018 ? En tout cas, Pierre François Martin-Laval (aka Prunelle) a veillé à convoquer du sang neuf afin de tenir une telle gageure. Alison Wheeler compose une Mlle Jeanne émancipée, Jimmy Labeeu (revenu de YouTube) et Esteban (des Naive New Beaters) sont les amis lunaires de Gaston, et ce dernier trouve un interprète à son image en la personne de Théo Fernandez, 19 ans – tellement à son image que, durant l’interview, il manquera plusieurs fois de s’endormir sur l’épaule d’Alison. Aucun doute permis, donc  : Gaston a pris un bon coup de jeune. Gaston Lagaffe Sortie le 4 avril. Gaston est né au tournant des années 50-60, mais le film s’offre une équipée de jeunes acteurs sortis frais émoulus de la nouvelle scène comique. Il y a dans le film des gags à la Jacques Tati, sur fond de problématiques sociétales de 2018. D’où la question  : quand se passe Gaston Lagaffe ? — Pierre François Martin-Laval  : Au départ, il était question de situer l’action dans les années 60. Mais je me suis dit que Franquin avait fait évoluer son personnage avec son temps  : au départ, c’est un jeune type lisse avec la clope au bec, puis il devient plus yéyé dans les années 60-70, plus punk dans les années 80… Donc, la meilleure façon de lui rendre hommage, c’était de faire un film qui soit aussi de son époque, tout en étant situé dans un décor intemporel. C’est normal, tout le monde évolue  : dans les premières BD, Mademoiselle Jeanne était laide avec un gros popotin, puis elle devient une secrétaire sexy. On s’est approprié le personnage en la changeant en jolie « On nous a dit après une projection  : vous avez fait une comédie burlesque effrénée avec un héros endormi. » femme moderne, et pourtant on reste fidèle à l’esprit de Franquin. — Alison Wheeler  : Dans le film, Jeanne n’est plus secrétaire mais directrice marketing. Je suis très contente de cette promotion, parce que ça me permet de m’amuser avec elle sans la prendre de haut. Elle a un côté céleste et naïf qui me fait rire, mais c’est parce qu’elle est amoureuse de Gaston. Or on a tous l’air très bête quand on est amoureux. C’était important qu’elle soit quand même une fille libérée. Justement, on se dit en découvrant les personnages qu’ils sont très proche des préoccupations des jeunes  : Gaston et ses copains sont partisans du système D, ils aiment les animaux, installent un chauffage central alimenté par les flatulences d’une vache… Vous avez pensé vos personnages en fonction de l'air du temps ? — Alison  : Si tu fais attention aux gags, tu verras qu’ils ont plusieurs dimensions. Ceux qui ont grandi avec la BD vont rire aux prises de tête entre Gaston et Prunelle, les fans de comédie vont adorer voir Jérôme Commandeur ou Arnaud Ducret, les plus jeunes vont se marrer grâce à l’humour plus barré d’Esteban ou Labeeu. En tout cas moi, je me fais beaucoup rire parce que j’adore ce que je fais. (Rires.) Et quand on interprète soi-même Gaston Lagaffe, est-ce qu’on se pose cette question-là ? — Théo Fernandez (qui regardait le plafond)  : Euh, pardon, quelle question ? — Alison  : Est-ce que Gaston est proche de ta génération ? — Théo  : Ah, OK ! J’espère, en tout cas. C’est vrai qu’avec la montée du véganisme, l’engouement pour les modes de vie alternatifs, Gaston est raccord avec l’époque et puis… — Pierre François  : … et puis il porte des jeans bizarres là, comment tu les appelles ? — Théo  : Ah oui, des skinny ! Voilà, et puis il répand le bien autour de lui, même si c’est involontaire. Mais on n’y pense pas trop en jouant  : Gaston Lagaffe, c’est quelqu’un qui vient au travail pour s’amuser. Le meilleur moyen de coller au perso, c’était simplement d’essayer d’en faire autant sur le plateau. Pierre François, vous aviez calculé ces références contemporaines à l’écriture ? — Pierre François  : Non, tout ce qui est moderne je le dois au génie de Franquin, que je
remercie d’avoir été en avance sur son temps ! Mais c’est vrai qu’il y a des préoccupations sur l’époque. Monsieur De Mesmaeker, qui veut absolument faire signer des contrats et racheter les boîtes concurrentes, c’est une caricature de ces gens avides qui s’offrent des empires industriels pour mieux dénaturer les petites entreprises. — Alison  : Des noms ! Balance des noms. Et votre Prunelle, c’est la caricature de qui ? — Pierre François  : C’est le petit chef autoritaire que tout le monde connaît. J’avais très envie de le jouer parce qu’habituellement je me donne des rôles de bonnes pâtes. Là, il s’agit d’un type irascible et directif. Même s’il finit toujours par se faire doucher. Littéralement. — Alison  : Comment tu as eu le rôle, d’ailleurs ? — Pierre François  : Le réalisateur ne m’a même pas fait passer d’audition, j’ai décroché le job direct. — Alison  : Purée, trop sympa ! Comment t’as fait ? Tu l’as invité à un dîner romantique ? — Pierre François  : Oui, mais en tout bien, tout honneur, hein ! Le plus étonnant, c’est d’avoir réussi un film d’action alors que Gaston est, comment dire… — Théo  : Ah oui, il est… comment dire… — Pierre François  : Très MOU. — Théo  : Oui, on nous l’a dit après une projection en province  : vous avez fait une comédie burlesque effrénée avec un héros endormi. J’aime bien cette idée, d’ailleurs c’est pour ça que les scènes de cascade sont ce que j’ai féré dans le film. C’est ce que je pré- retiendrai de plus beau chez ce personnage. Et les autres, que retiendrez-vous de plus beau chez Gaston ? — Pierre François  : Moi, je retiens que Gaston est le meilleur héros de cinéma dont je pouvais rêver pour cette raison-là  : avec ses gaffes burlesques et ses inventions folles, c’est à la fois un personnage moderne et une silhouette sortie d’un vieux Tati. Il me permet de faire à la fois un film au présent, au passé et au futur. Pour un réalisateur, c’est le rêve. — Alison  : Exactement pareil. Ça, et la machine à livrer les plateaux-repas que construit Gaston. Sans oublier son robinet géant pour servir le café directement au-dessus du bureau de Mlle Jeanne.



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