Illimité n°276 avril 2018
Illimité n°276 avril 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°276 de avril 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 129 Mo

  • Dans ce numéro : attention, Lagaffe crève l'écran.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 26 - 27  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
26 27
26 – Portrait Par Romain Thoral Photos RC & DR – Un œil dans le rétro De Taxi à La Haine, il n’y a qu’un pas, ou plutôt qu’un homme, Franck Gastambide, aux commandes du cinquième volet de la saga cylindrée. Rencontre avec un ex-fan des nineties. En 1995, Franck Gastambide avait 17 ans. Cette année-là, il s’est pris l’un des plus gros chocs de toute sa vie. Dans son petit ciné de Melun, à une époque où les multiplexes n’existaient pas encore, il découvrait alors La Haine et son existence s’en trouvait chamboulée. « C’était la première fois que je voyais un film en noir et blanc au ciné, c’était surtout la première fois où mes potes et moi, on se reconnaissait dans des personnages de cinéma. Je me souviens surtout du moment où les lumières se sont rallumées et où la salle était K.O. Le silence absolu. » Dix-sept ans plus tard, il imaginait dans son coin une version burlesque-trash du film de Kassovitz, Les Kaïra, odyssée en quasitemps réel de trois mecs de banlieue prêts à tout pour tromper l’ennui de leur quotidien – par exemple en devenant ici acteurs porno. Même point de départ, même décor, même principe de récit picaresque que le classique de Kasso, le film de Gastambide relevait autant de l’hommage déférent que de la mise à jour. Gastambide avait su diagnostiquer que les cailleras pouvaient être désormais des personnages de comédie française, au même titre que les campeurs ou les postiers. C’était un peu plus que du flair marketing, c’était aussi la réalité de son quotidien. Résultat  : Kassovitz, à sa manière, adoube le film sur son compte Twitter (« J’ai vu Les Kaïra. Ce film enc… le cinéma français ! ») et, à la surprise générale, on vogue vers le million d’entrées. Puis deux millions, quelques années plus tard, avec une suite non-officielle, Pattaya – qui aurait très bien pu s’intituler « Les Kaira en Thaïlande ». Les enfants de La Haine ont vite grandi et Gastambide devient une voix qui porte dans la comédie française. En 1998, Franck Gastambide avait tout juste 20 ans, habitait toujours Melun, squattait toujours le même ciné de quartier et découvrait cette fois Taxi de Luc Bes…, pardon, de Gérard Pirès. Peut-être pas tout à fait un choc, mais en tout cas « un kif », comme il dit. « Pour moi, jusque-là, le cinéma français, c’était essentiellement les comédies franchouillardes et les films américains, c’étaient les blockbusters. En tout cas, c’est ce que j’allais voir au cinéma. Taxi, c’était… entre les deux. On pouvait donc faire ça ici, dans notre pays  : de l’action ET de la comédie. Le héros était interprété par un arabe. Il y avait du rap dans la bande-son. Tout d’un coup, tu sentais que les règles venaient de changer. » Vingt ans plus tard, Franck Gastambide est aux
« C’est un peu comme une fan-fiction  : je compose à l’intérieur d’un univers bien établi par d’autres, et que j’adore, tout en m’amusant à modifier certains éléments. » Taxi 5 Sortie le 11 avril. 27 commandes du cinquième volet de la franchise Taxi, plongée par Besson dans le coma artificiel depuis 2007. Comme à l’époque des Kaïra, il sera probablement question de rejouer une partition connue sur une rythmique inédite. C’est en tout cas ce que promet Gastambide, qui considère ce projet-là comme se situant « au carrefour de son univers et de celui de la saga Taxi. C’est un peu comme le principe d’une fan-fiction  : je compose à l’intérieur d’un univers bien établi par d’autres, et que j’adore, tout en m’amusant à modifier certains éléments. Là, une des idées, par exemple, c’est que Malik Bentalha, qui interprète le petit-neveu du personnage de Samy Naceri, s’avère être le chauffeur Uber le plus nul de Marseille, soit le négatif absolu de son oncle. J’essaie de détourner les attentes du public tout en restant respectueux des codes élémentaires. De toute manière, je ne crois pas être un réalisateur de commandes, je ne pouvais faire Taxi que si on me laissait faire MON Taxi. » L’idée ne sera donc pas d’édulcorer l’humour trash des Kaïra et de Pattaya à l’intérieur d’une production Luc Besson, mais de se « glisser dans le moule » et de « jouer avec d’autres armes ». Schématiquement  : observer si la patte Gastambide deviendrait soudainement soluble dans le cinéma grand public. On a le droit de croire à ce discours, emprunt d’authenticité et de niaque, à condition d’accepter l’idée que Taxi, comme La Haine, ont joué un rôle identique dans l’envie de Gastambide de faire du cinéma. Plutôt que d’opposer les deux films, plutôt que de considérer qu’il y aurait d’un côté le poison et de l’autre l’antidote, lui se propose de les réunir à l’intérieur d’un même langage ciné, le sien  : « Je vois très bien en quoi les deux films sont différents, pas besoin de me faire un dessin, mais beaucoup de gens adorent les deux. Je ne suis pas un cas isolé. » Peut-être que son côté fédérateur vient de là, au fond, de cette manière de s’envisager comme un jeune homme ayant autant biberonné au cinéma de Kassovitz qu’aux productions Besson, ayant aggloméré le yin et le yang à coups de mouvements de steadycams speedés et de gags Fluide glacial. C’est ce que raconte en tout cas sa courte filmographie, placée intégralement sous l’égide des deux hits générationnels du cinéma français des 90’s et qui compte bien résonner très fort dans le paysage ciné de 2018.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :