Illimité n°276 avril 2018
Illimité n°276 avril 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°276 de avril 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 129 Mo

  • Dans ce numéro : attention, Lagaffe crève l'écran.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 – Portrait Par Romain Thoral Photo RC On pourrait probablement dire que dans Larguées d’Éloïse Lang, Camille Cottin fait « du Camille Cottin », c’est-à-dire une déclinaison, cette fois un peu plus sensible, de son personnage de femme indépendante, urbaine et émancipée, aperçu dans Connasse ou Dix pour cent. On pourrait tout aussi bien dire que son binôme Camille Chamoux, avec sa petite voix aigüe et ses accélérations cartoon, y fait « du Camille Chamoux ». Sauf que personne ne sait exactement ce que c’est, « du Camille Chamoux ». Si l’on essaie d’arpenter sa carrière sur les versants de ses one woman show (très autobios, très stylisés, très émouvants, très marrants aussi), de son expérience théâtrale (qui passe sans sommation de Laurent Baffie au Festival d’Avignon) ou de sa filmo, vraisemblablement conçue comme un grand jeu de cadavre-exquis, impossible de voir apparaître un personnage récurrent. Et s’il est bien connu que tous les acteurs comiques passent leur carrière à rejouer le même rôle, alors Chamoux aurait tout intérêt à vite se décider. Oui mais voilà, c’est un peu plus fort qu’elle, elle veut goûter à tout, à Dany Boon comme à Polanski, au théâtre subventionné comme au boulevard, aux sections parallèles de Cannes comme à la comédie TF1. Elle essaie vaguement – Camille facettes Tantôt hilarante, tantôt bouleversante… Jusqu’ici, Camille Chamoux changeait de persona comme de chemise. Mais il se pourrait que, côté comédie, elle ait finalement trouvé son rôle dans Larguées. de théoriser devant nous son attrait pour le toutterrain en nous avouant qu’elle est l’une des rares actrices à ne pas avoir de « mystère ». Elle s’envisage comme quelqu’un qui, dès le premier serrage de pogne, laisse découvrir à son interlocuteur ses failles et ses atouts, son énergie et son phrasé, bref ce qui compose son personnage de la vie quotidienne, et elle n’a pas tout à fait tort. C’est effectivement un personnage de cinéma plongé dans le réel, une petite tornade au débit mitraillette, même lorsqu’elle avale une simple salade de lentilles devant nous. Cette absence supposée de mystère, cette manière d’être illico « bigger than life », la condamnerait d’après elle à rejouer à l’écran ou sur scène celle qu’elle est déjà dans la vie. Et pour s’éviter cette prison dorée, elle s’est donc employée depuis ses débuts à aller voir ailleurs, PARTOUT ailleurs, pour ne pas tomber nez à nez face à elle-même. « Le cinéma populaire offre une vraie exposition – que le film marche ou non… » Larguées Sortie le 18 avril. Vraie comédie popu conçue pour fédérer fort, Larguées d’Éloise Lang (réalisatrice de Connasse, princesse des cœurs) offre à Camille Chamoux une hypothèse de carrière intéressante, ou tout du moins un vrai personnage comique sur lequel elle pourrait capitaliser. Le film est construit autour de deux sœurs qu'évidemment tout oppose (elle et l’autre Camille, toutes deux à plein régime) embarquant leur maman dépressive (une Miou-Miou downtempo, tout en intériorité virtuose) dans un club de vacances exotique. Pendant que Cottin y laisse infuser ses yeux de biches et se prélasse près du bar en mini-short, Chamoux s’y couche à la tombée de la nuit et veille à ce que sa petit famille, restée à Paris, poursuive bien sa routine métronomique. C’est une variation moderne de la Thérèse du Père Noël est une ordure, une mise à jour sentie de l’éternelle flippée (f) rigide, une composition de première main pour Chamoux, exécutée avec un savoirfaire stupéfiant. C’est peut-être aussi, surtout, la véritable rencontre d’une actrice avec son personnage, tout du moins celui qu’elle pourrait incarner dans l’inconscient collectif. C’est en tout cas son premier vrai test auprès du grand public (si l’on choisit d’oublier pudiquement, et comme tout le monde d’ailleurs, Mes trésors, sorti l’an passé). Face à cette brèche qui pourrait s’entrouvrir, Chamoux reste pourtant focalisée dans son désir de s’éparpiller, toujours excitée à l’idée de courir plusieurs lièvres à la fois  : « Je n’ai rien contre l’idée d’aller vers le cinéma populaire, car il t’offre une vraie exposition – que le film marche ou non d’ailleurs, ce qui est un peu aberrant… C’est donc ce type de cinéma et la promotion qu’il engendre qui te permettent d’accéder à des auteurs plus pointus, qui soudainement se mettent à te reconnaître. Évidemment, c’est une idée qui ne concerne que les acteurs étiquetés « comique ». Par exemple, j’ai une série qui va être diffusée sur Arte (J’ai deux amours) et le showrunner a voulu me rencontrer parce qu’il avait vu le film que j’ai tourné au côté de Jenifer (Faut pas lui dire, 2016). Il ne connaissait rien d’autre de mon travail. » Pas question pour l’heure de se caser donc, ni de bâtir patiemment un personnage. À moins que le succès, très probable, de Larguées ne la rattrape et que Camille s’autorise en fin à faire « du Chamoux ».



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