Illimité n°276 avril 2018
Illimité n°276 avril 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°276 de avril 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 129 Mo

  • Dans ce numéro : attention, Lagaffe crève l'écran.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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10 – Décryptage Par Romain Thoral Photo DR – Avoir un bon vilaiiiin Après 18 films et à peu près autant de cartons, le Marvel Cinematic Universe dévoile enfin, dans Avengers  : Infinity War, LE grand méchant charismatique et impitoyable que le public n’en pouvait plus d’attendre. Il était temps, non ? On a le droit de trouver tout un tas de qualités aux productions Marvel, et après dix ans d’hégémonie impitoyable dans l’industrie du blockbuster (le premier Iron Man date de 2008) il ne servirait pas à grand chose de vous les énumérer, vous les connaissez par cœur, c’est d’ailleurs pour ça que vous n’en loupez aucune. Impossible, néanmoins, d’extirper de cette mythologie qui ne s’arrête plus de foisonner un seul grand vilain qui pourrait justifier le prix du ticket. Loki, le nemesis du premier Avengers ? Marquant, oui, mais surtout très bouffon, à l’image de cette scène où Hulk le fracassait à même le plancher comme une vulgaire poupée de chiffon. Le Winter soldier de Captain America 2 ? Tout le monde sait aujourd’hui que c’est un bon gars. Le Killmonger du récent Black Panther ? Un Malcolm X fluo qui aurait mal tourné mais pas du tout un empereur du mal. « Plus réussi est le méchant, meilleur sera le film », disait Hitchcock. Le Marvel Cinematic Universe a décidé de se contrefoutre de cette règle d’or. Mieux, il a fait de l’absence de danger une véritable ligne directrice. Seul horizon, ici  : le fun. C’est à travers ce constat martelé depuis 18 films, et à peu près autant de méchants interchangeables, qu’entre en scène avec ce troisième volet des Avengers Thanos, le vilain qui les écrase tous et véritable attraction du film (et c’est aussi lui le plus gros sur l’affiche). Annoncé depuis six ans et en bonus post-générique du premier Avengers, Thanos est envisagé ni plus ni moins que comme le Dark Vador du MCU, c’est-à-dire un méchant à peu près aussi charismatique que tous les héros réunis (sachant qu’il y en aura au moins une bonne vingtaine au programme d’Infinity Wars, on peut trouver le programme Avengers  : Infinity War Sortie le 25 avril. « Plus réussi si est le méchant, meilleur sera le film », disait Hitchcock. ambitieux). Cette starification du vilain est en tout cas le signe que Marvel s’emploie désormais à renouveler son cahier des charges et que, après une décennie placée sous l’horizon de la légèreté et de l’inconséquence, il semble temps désormais de nous foutre les miquettes pour de bon et d’offrir sa part de ténèbres à cette mythologie ensoleillée. Ce virage s’opère au moment même où certaines stars de la franchise vont très probablement passer à autre chose (on ne donne pas cher de la peau des « anciens » comme Robert Downey Jr., Chris Evans ou Chris Hemsworth) et où une conscience politique semble soudainement infiltrer le MCU (Black Panther et son afrofuturisme, bientôt Captain Marvel et son imagerie girl power). Et si la phase 2 de l’ère Marvel commençait ici et maintenant ?
GUS VAN SANT – Drôle de Gus Par Marc Ponceau Photos DR Trajectoire – 11 Plus que jamais, Gus Van Sant échappe à la classification. Don’t Worry..., qui évoque le combat d’un dessinateur de Portland pour guérir de l’alcoolisme, est aussi novateur que parfaitement classique. Un miracle, un de plus. C’est en 1997 que naît le projet d’adapter la vie de John Callahan, dessinateur au Willamette Week, journal alternatif de Portland. À l’époque, Robin Williams vient de gagner l’Oscar du meilleur second rôle pour Will Hunting – qui fait un triomphe au box-office. L’acteur propose alors à Gus Van Sant d’adapter le livre autobiographique du cartoonist paraplégique, dont il a acheté les droits. Van Sant connaît bien Callahan, pour l’avoir rencontré dans les années 80, à l’époque où il tournait Drugstore Cowboy. Le cinéaste est emballé et se met au travail avec différents scénaristes pour adapter le livre, mais les studios ne suivent pas et le projet est mis de côté. Entre temps, Van Sant poursuit une car- rière versatile qui suscite la perplexité et parfois la confusion chez les observateurs, frustrés de ne pas pouvoir réduire à une spé- cialité ce réalisateur imprévisible. Avec le temps, on peut quand même classer ses films selon quelques critères distincts  : il y a les films expérimentaux comme Mala Noche, My Own Private Idaho, Gerry ou encore Elephant, réalisés dans une indépendance totale. Ils s’opposent aux films de studio, plus contraignants mais plus susceptibles de toucher un public large tout en conservant une intégrité artistique. C’est le cas de Prête à tout, t réalisé pour Columbia, suivi de Will Hunting, et dans un sens de Psychose, encore un projet qui a traîné longtemps. Et puis il y a les films inspirés de faits Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot Sortie le 4 avril. Le film opère une synthèse de tous les registres explorés jusque-là par Gus Van Sant. ou de personnages réels, comme Prête à tout, Last Days, ou Milk, biographie d’un maire homosexuel assassiné (là aussi un projet de longue date que devait interpréter Robin Williams). Don’t worry… entre manifestement dans cette dernière catégorie sans pour autant s’y cantonner. On peut même constater qu’il opère une synthèse de tous les registres explorés jusque-là par Van Sant. C’est un film de studio qui s’autorise quelques audaces expérimentales. Pour commencer, le cinéaste a pris des libertés avec le livre  : après la mort de Robin Williams en 2014, Van Sant a choisi de traiter le sujet en se concentrant sur le parcours thérapeutique suivi par Callahan pour arrêter de boire en 12 étapes, avec l’aide des Alcooliques anonymes. Il a aussi ajouté des détails biographiques recueillis au cours des entretiens qu’il a pu avoir avec Callahan. Mais cette vision subjective est encore transformée par l’interprétation de Joaquin Phoenix, qui s’est documenté en profondeur sur son sujet avant d’en donner une version fidèle mais personnelle, et certainement pas mimétique. Formellement, Van Sant n’a pas perdu son goût pour l’expérimentation, et il se sert ici de l’animation pour donner aux dessins de Callahan une dimension supplémentaire. Une partie du film incluant des skateurs rappelle que Van Sant a été producteur de Kids, de Larry Clarke, et qu’il a lui-même réalisé Paranoid Park, un de ses nombreux films traitant du rapport des jeunes avec la mort. Encore un thème discrètement présent dans Don’t Worry… Autant dire qu’on est en terrain connu, tout en découvrant un nouveau chapitre d’une filmo qui ne cessera jamais de nous étonner.



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