Illimité n°275 mars 2018
Illimité n°275 mars 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°275 de mars 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 123 Mo

  • Dans ce numéro : la Grande Guerre selon Jean Becker.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 – Décryptage Par Michaël Patin Photos DR Avant que nous disparaissions Sortie le 14 mars. –À quoi carbure Avant que nous disparaissions ? Film catastrophe ? Comédie ? Science-fiction ? Mélodrame ? Pour son 22 e long-métrage, Avant que nous disparaissions, Kiyoshi Kurosawa joue au petit chimiste et retombe sur ses pattes d’auteur. 25% DE SCIENCE-FICTION MINIMALISTE Avant d’envahir la terre, trois messagers extraterrestres prennent forme humaine pour recueillir un max d’infos sur notre espèce. Dès qu’on énonce ou visualise un concept (famille, travail, personnalité), ils l’assimilent et nous en dépossèdent. On retrouve dans Avant que nous disparaissions le principe parano de l’ennemi intérieur cher à John Carpenter (The Thing, Invasion Los Angeles)  : l’Autre est parmi nous et la menace peut venir de partout. Aucune bébête mutante, quelques bruitages, trois explosions  : une idée intello de la SF qui oublie (volontairement) de nous en mettre plein les mirettes. KIYOSHI KUROSAWA 25% DE COMÉDIE ABSURDE Quand on pense Kurosawa, on pense malaise. Ici, l’humour est omniprésent  : un humour à froid, décalé, déroutant. D’abord à travers les personnages d’extraterrestres, l’un peinant à tenir debout, l’autre arrogant malgré lui, la troisième éliminant tous ceux qui croisent son chemin dans des scènes d’action molles et humiliantes. Tout ceci peut déboucher sur des sommets d’humour absurde comme lorsqu’un chef d’entreprise privé de travail se met à faire l’avion avant de saccager ses bureaux. 100% KIYOSHI KUROSAWA 25% DE MÉLODRAME DÉCHIRANT À travers la relation entre l’extraterrestre Shinji et son épouse Narumi, restée humaine, Kurosawa opère en sous-marin un glissement vers le mélodrame. Le couple semble voué à la rupture mais la vieille romance refait surface à mesure que l’un se réhumanise tandis que l’autre le dissuade de faire péter la planète. Lorsque Narumi se sacrifie pour lui offrir à nouveau le concept d’amour, le film assume son penchant sentimental et mélancolique. 25% DE FILM (SANS) CATASTROPHE La fin du monde est proche  : l’invasion de notre belle planète, les aliens en sont sûrs, ne doit durer que quelques minutes. Mais vont-ils réussir à construire l’antenne qui leur permettra de joindre les forces armées de leur planète ? C’est le « MacGuffin » du film, un prétexte narratif qui ne débouchera évidemment jamais sur la grande scène d’apocalypse espérée. L’objet du film est ailleurs, dans sa critique de nos sociétés modernes. Pour reprendre l’analyse d’un alien  : « Même sans notre invasion, dans cent ans, vous vous seriez autodétruits. » De Cure à Creepy, le réalisateur nippon nous a habitués à malmener les codes du cinéma de genre pour y faire entrer ses obsessions d’auteur. Contrairement à son ami Hideo Nakata (Ring, Dark Water), le recours au surnaturel lui sert moins à créer un frisson inconnu qu’à révéler des angoisses bien réelles  : le couple qui se disloque, la famille qui étouffe, la hiérarchie qui aliène… Sous l’accumulation de registres se cache une fable morale où la poésie s’accorde à la satire, comme un best of du cinéma de l’autre Kurosawa.
L’amant (2001-2008) Avec son aura BCBG et son flegme british naturel, Colin négocie facilement le virage du nouveau millénaire. Il arrive même à voler la vedette au tombeur de ces dames de l’époque, Hugh Grant, dans la comédie romantique Le Journal de Bridget Jones. Visant un registre pas évident (celui du gendre idéal, mature, vaguement chiant mais tout de même très sexy), il accède immédiatement ent aux joies du star-system. Mais ce succès s a un prix  : s’encroûter dans des rôles stéréotypés, pas vraiment à sa hauteur. Rien de neuf donc par la suite, entre la rom com chorale Love Actually et la rom com musicale Mamma Mia !, Colin semble faire du surplace en jouant l’éternel vieux beau. Pour le plus grand plaisir de ses femmes, es, euh, de ses fans. Le Jour de mon retour Sortie le 7 mars. – Firth Classe Qu’il défie Shakespeare, séduise Reese Witherspoon ou brave l’océan comme ce mois-ci dans Le Jour de mon retour, Colin Firth a passé sa carrière en quête de réinvention sans jamais se reposer sur ses lauriers. Retour sur les métamorphoses d’un dandy versatile. L’innocent (1988-1997) Catogan, chemise ample et cuissardes à la Francis Lalanne, Colin Firth déboule en jouant les jeunes premiers dans des adaptations de littérature classique. En 1989, il est le libertin Valmont des Liaisons dangereuses. Pas celui de Stephen Frears, non. Dans le mal-aimé Valmont signé Milos Forman. Rebelote sept ans plus tard dans la mini-série de la BBC Orgueil et préjugés, drame romantique adapté de l’œuvre culte de Jane Austen où il incarne Darcy, le bellâtre de service mi-guimauve, mi-torturé. Le règne prend fin dans Shakespeare in Love, immense carton de l’année 99 aux sept Oscars et œuvre "méta" autour de la carrière du célèbre dramaturge. Lorsque le ténébreux Colin se fait gifler par Gwyneth Paltrow dans une scène mémorable. Après ça, place à la réinvention. Le briscard (2015-2018) Par François Rieux Photos DR Trajectoire – 23 Le notable (2009-2014) Sursaut de lucidité  : Firth délaisse le romantisme Häagen-Dazs d’Hollywood pour se métamorphoser en performer oscarisable. C’est la révélation, pour lui comme pour nous, devant la caméra de l’ancien styliste Tom Ford pour A Simple Man. En prof de fac endeuillé par la perte de l’homme de sa vie, Firth s’offre ce qui lui manque jusqu’à présent  : une légitimité. Il remporte un Golden Globe mais, dommage pour lui, loupe l’Oscar. L’erreur est réparée deux ans plus tard avec Le Discours d’un roi. Dans ce biopic millimétré, l’acteur se glisse dans les habits de George VI, roi d’Angleterre, luttant contre son bégaiement avec la même pugnacité que Rocky Balboa frappant les steaks dans la réserve. Victoire par KO  : la concurrence ne s’en relève pas. Statuette en poche, Colin décide d’aller s’amuser là où on ne l’aurait jamais imaginé poser le pied. En 2015, à 55 balais, il incarne dans Kingsman un agent secret expert en close-combat (no- tamment dans une scène de baston générale anthologique où il trucide sur du Lynyrd Skynyrd). Toujours dans la démarche de casser définitivement son image de beau gosse au brushing im- peccable et au sourire Colgate, il explore de nouvelles contrées ce mois-ci dans Le Jour de mon retour. Il devient Donald Crowhurst, doux rêveur mais navigateur inexpérimenté, qui se perd en mer. C’est lui l’attraction principale du biopic de James Marsh, démontrant contre vents et marées qu’il peut tout jouer et n’a désormais plus rien à prouver.



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