Illimité n°274 février 2018
Illimité n°274 février 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°274 de février 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 56,5 Mo

  • Dans ce numéro : le mois des tous les émois...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 – Portrait Par Alex Vandevorst Photo Romain Cole – Greta téléphone maison On la voyait comme la reine du ciné indé basé à New York et voilà que Greta Gerwig retourne à ses origines provinciales avec Lady Bird, une autobio sucrée et grand public. Et si ce verso insoupçonné n'avait rien d'incompatible avec le recto ? Rencontre. Quel est le comble pour une actrice US à la beauté envapée, égérie de films arty diffusés dans trois salles à New York et deux à LA ? La réponse se divise en deux parties. La première  : passer derrière la caméra et réaliser un petit carton surprise à domicile. Lady Bird a décroché le plus haut score jamais enregistré de critiques positives sur le site Rotten Tomatoes ; pas vraiment le genre de records auxquels a dû s’habituer Greta Gerwig, elle qu’on a vue dans les jeans fatigués d’héroïnes délavées (ou l’inverse), dans des films clivants marqués par la mouvance mumblecore (en gros, ces films où des intellos torturés se plaignent en marmonnant – « to mumble » en anglais). Deuxième ironie du sort  : Greta a choisi de situer ce premier film non pas à New York mais à Sacramento, le petit havre conservateur de Californie où elle a grandi. C’est là que la jeune Christine (Saoirse Ronan), son alter ego, vit ses tourments adolescents et rêve d’une carrière d’artiste à Broadway. Avec son air diaphane et absent, Greta semble aussi étonnée que nous de ce retour aux sources. « Si on m’avait dit, quand j’avais l’âge de Christine, qu’un jour je réaliserais un premier film sur Sacramento, je pense que j’aurais ri. Enfin, notez que si on m’avait dit qu’un jour je réaliserais un film, j’aurais ri aussi… Mais c’est sûr que c’est ironique de revenir vers les lieux que j’ai toujours voulu fuir. J’imagine que c’est une manière de rentrer à la maison ? » Puisqu’elle nous le demande, alors on est tenté de lui confirmer que Lady Bird semble l’occasion d’un coming out. De tomber le masque d’idole des branchés de Brooklyn pour clamer ses racines provinciales. Elle regarde Lady Bird Sortie le 28 février. alors ses pieds dans un rire gêné. « Il ne s’agit pas d’ôter un masque, car je ne pense pas que j’en portais un… Mais je vois ce que vous voulez dire. On m’associe à New York et c’est super, mais faire Lady Bird était une manière d’assumer mes origines. » Tout ce temps-là, on se serait donc fourvoyé ? Aurait-on cru aimer une princesse urbaine et branchée là où il y avait surtout une jeune fille des campagnes ? En tout cas, on aurait tort de prendre Lady Bird comme un objet « hérétique » sur la trajectoire de Greta. Car si elle s’étonne ellemême d’être aussi à l’aise dans le registre du feel-good movie, elle n’y voit pas un paradoxe de carrière. « Hier soir, un ami m’a dit  : « Ce film est très surprenant de ta part et, en même temps, c’est tellement toi. » C’est une façon sympa de le dire. Au fond, les gens qui semblent a priori les plus new-yorkais sont ceux qui ne viennent pas de New York. Regardez Richard Linklater, qui incarne l’Art et Essai chez nous  : c’est un pur Texan. Ou Alexander Payne, qui a fait un film sur son Nebraska natal. Pour moi, les Dardenne sont les réals qui incarnent le mieux le cinéma d’auteur européen. Or ils font des films sur leurs provinces belges… Je n’aurais pas pu jouer ou écrire pour des films situés à New York de manière aussi amoureuse si j’y étais née  : c’est mon regard extérieur qui me l’a permis, justement. » Au fond, c’est logique  : pour s’approprier un décor, ne faut-il pas y être d’abord étranger ? Les artistes les plus introduits dans un milieu ne sont-ils pas ceux qui ont longtemps cultivé un rapport naïf, émerveillé, à celuici ? Maintenant que Gerwig est une fille de la ville, c’est Sacramento qui devient pour elle un territoire exotique. Elle est donc mûre pour le filmer. Welcome home, Greta.



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