Illimité n°274 février 2018
Illimité n°274 février 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°274 de février 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 56,5 Mo

  • Dans ce numéro : le mois des tous les émois...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 – Portrait Par Jérémie Marchetti Photos DR Sur la foi d’un buzz assourdissant, Call Me by Your Name de Luca Guadagnino s’est imposé comme la romance du mois, voire de l’année. À la barre  : un cinéaste voguant de documentaires en œuvres inattendues, et dont l’hédonisme donne un coup de fouet au cinéma italien – et, dorénavant, américain. Le désir chez Luca Guadagnino est là  : partout, tout le temps. Il lui faudra une trilogie entière pour l’explorer tout à fait, ou presque. Trois films comme autant de façons de chanter la sensualité, l’Italie ; trois films sans autres liens qu’un pays, des passions, sur le fil du rasoir. D’abord le drame viscontien (Amore), puis le thriller chaud bouillant (A Bigger Splash) et enfin la romance douce-amère Call Me by Your Name, dans laquelle, par un bel été 83, un ado italien rongé par les hormones et un bel et estivant Américain se tournent autour dans la chaleur de la Lombardie. – Sous le soleil exactement Peu d’ombres autour, juste cette bulle de rêve où les langues (français, italien, anglais et allemand) et les nationalités se mélangent dans un brassage choral, tendance symphonique. Un bain multiculturel déjà très prisé par l’auteur, qui rappelle cette Russe plantée au milieu d’une famille bourgeoise italienne dans Amore, ou encore ce triangle amoureux britannico-belgo-ricano dans A Bigger Splash. De passage àL.A. après la cérémonie des Golden Globes, Guadagnino nous renseigne depuis l’autre bout du fil et du monde  : « Ce cosmopolitisme, j’en fais l’expérience depuis toujours. Ça fait partie de moi. Ma mère était algérienne et mon père italien. J’ai grandi en Éthiopie avant de connaître l’Italie et l’Angleterre. Et le travail des réalisateurs qui m’ont inspiré vient souvent d’ailleurs, depuis la Nouvelle Vague jusqu’au cinéma allemand. J’aime l’idée de montrer l’Italie dans le regard d’étrangers. » Derrière Call Me by Your Name, il y a un livre signé André Aciman, déjà, mais aussi un script écrit à quatre mains avec James Ivory. Et là, des effluves inévitables nous parviennent  : Ivory, c’était aussi ces histoires d’amour désenchantées en Italie ou en Angleterre,
Call Me by Your Name Sortie le 28 février. dans des décors sublimes (Chambre avec vue et Maurice) qui nous hantaient avec douceur depuis longtemps. Une filiation pas si évidente pour l’auteur, qui emporta le morceau  : « J’ai écrit en effet le film avec James Ivory, qui devait par ailleurs le tourner. Mais je n’avais pas en tête son bagage de cinéma. Je pense même que son approche aurait été très différente de la mienne, puisqu’il aurait eu un regard plus « américain » sur l’Europe. À l’inverse, je me sentais beaucoup plus proche de Maurice Pialat, de Renoir ou de mon maître à penser, Bernardo Bertolucci. » Le poids des références est toujours marqué chez Guadagnino  : il possède deux adaptations à son actif (le sulfureux Melissa P, 15 ans précédemment) mais aussi deux remakes, celui de La Piscine (A Bigger Splash) et bientôt celui de Suspiria. Pas simple, dans le fond, de trouver l’identité de ce garçon-là  : homme de commandes ou artiste dans l’attente d’un projet 100% Guadagnino, comme le fut Amore ? « L’originalité au cinéma, c’est un mauvais concept. Toutes les histoires ont été racontées. Tout l’intérêt est de savoir comment on les raconte et d’apporter son point de vue. Je ne cherche pas l’originalité, en tout cas pas à créer les choses de toutes pièces. C’est une ambition qui me paraît stupide. Chabrol réinterprétait ce que pouvait faire Hitchcock pour le faire entrer dans son univers anti-bourgeois par exemple. Mais ce qui est passionnant chez Chabrol, ce n’est pas de savoir si les histoires derrière ses films étaient « Je me sens proche de Maurice Pialat, de Renoir ou de mon maître à penser, Bernardo Bertolucci. » nouvelles ou pas, c’est ce qu’il en faisait. » Certes, sauf que s’attaquer à la reconfection de La Piscine de Jacques Deray, c’était une chose (pas vraiment vu d’un bon œil d’ailleurs) mais recuisiner à sa sauce « l’intouchable » Suspiria du maestro Argento en est une autre. Peur de rien, vraiment, Luca ? « J’ai découvert Suspiria à 14 ans et le film a eu évidemment un immense impact sur moi. Mais une part de moi-même a aussi toujours voulu réinterpréter sa vision. Ce sera un hommage rendu à ce que j’ai ressenti en le découvrant. » L’angle d’attaque paraît personnel, forcément séduisant. Ne jamais se renier donc, creuser son sillon à soi, même quand l’ombre d’un Ivory ou d’un Argento plane au-dessus de vous. Un bon mantra pour expliquer une ascension spectaculaire, passée de la timide reconnaissance dans le cinéma Art et Essai à la standing ovation de dix minutes au New York Film Festival, qui ont transformé Call Me by Your Name en petit phénomène indé. Hollywood n’a pas fini de l’appeler par son nom. UNE BRISE D’ÉTÉ UNE TOURNÉE DE FESTIVALS FLAMBOYANTE, DES OSCARS QUI SCINTILLENT DÉJÀ D’IMPATIENCE ET UN ENGOUEMENT EXTATIQUE  : MAIS D’OÙ VIENT LE CHARME DÉVORANT DE CALL ME BY YOUR NAME ? De son Timothée Chalamet Jeune révélation qu’on peut voir aussi ce mois-ci dans Lady Bird et qu’on n’avait pas vraiment vu venir. Ici, c’est Elio, l’ado espiègle, empressé et fougueux qui cherche Oliver, l’apollon américain patient et un peu arrogant incarné par Arnie Hammer. Toute la malice et la mélancolie du film reposent sur cette nouvelle tête. Son face-à-face final avec Michael Stuhlbarg en papa touchant a en tout cas déjà marqué tous les esprits. De son universalité Guadagnino ne vise bizarrement pas le « coming out movie »  : ce qui le séduit, c’est de filmer une passion, une attirance qui dépasse les personnages eux-mêmes. Il nous parle de cette parenthèse enchantée, de ces vacances à la fois très longues et trop courtes et des romances sans avenir qui ont fleuri au-dedans. Call Me by Your Name est aussi bien un grand film sur l’amour qu’un super film sur l’été. De sa sensualité Loin de l’emphase baroque de ses films précédents, Luca Guadagnino joue avec une atmosphère languissante et un inventaire nostalgique et sensible, qui imprime la rétine l’air de rien  : un transistor crachouillant « Words Don’t Come Easy » de F.R. David au fond d’un grenier, une pêche juteuse (mais on ne vous dira pas pourquoi), des airs de piano dans un salon trop grand, les lumières roses du bal du village, et puis les yeux de Chalamet, reflétant la cheminée. Et partis pour pleurer très longtemps. 23



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