Illimité n°274 février 2018
Illimité n°274 février 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°274 de février 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 56,5 Mo

  • Dans ce numéro : le mois des tous les émois...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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18 – Portrait Par Romain Thoral Photos RC & DR Jusqu’à la Garde Sortie le 7 février. – Denis be good L’acteur Denis Ménochet était parti en fanfare dans Inglourious Basterds. Après quelques années à un rythme incertain, le voilà qui embraye direct sur la cinquième avec le trouble Jusqu’à la garde. Le rôle de sa vie ? Jusqu’ici, oui. Il y a un certain inconfort à s’épancher sur Jusqu’à la garde. Le premier long de l’acteur Xavier Legrand peut en effet s’envisager comme un whodunit, c’est-à-dire un jeu de pistes dans lequel il s’agirait de deviner qui est le coupable. Pas évident, de fait, de désosser le projet sans en révéler les surprises et, promis, on va faire un gros effort à ce sujet. Petite particularité néanmoins, il ne s’agit pas ici d’un polar à la Agatha Christie mais d’un drame du quotidien qui ausculte le divorce d’un couple quadra qui va se battre pour obtenir la garde de ses enfants. La première scène, shootée en temps réel dans le bureau de la juge, dévoile toute la problématique  : la femme accuse son mari d’être violent, lui rétorque qu’elle affabule et manipule tout le monde – leurs enfants en premier lieu. Qui ment ici, alors ? C’est tout l’enjeu du récit et le fil ténu sur lequel le film va se promener durant 90 minutes asphyxiantes. Il va donc falloir enquêter, inspecter les recoins des moindres scènes, traduire méthodiquement chaque mouvement d’humeur, pour y voir un peu plus clair. Au-delà de sa mise en scène, incroyablement maîtrisée pour un premier film et impeccablement stylisée pour un drame socio français, le film offre à ses deux acteurs principaux, Léa Drucker et Denis Ménochet, une partition surexcitante où chacun jouerait une victime qui pourrait potentiellement être un bourreau (et vice versa bien sûr). Si, dans ce duo impeccable, Ménochet nous a un peu plus imprimé, c’est aussi parce que le film choisit de le suivre lui dans le chemin sinueux qui le mène jusqu’à la garde (et bien plus loin que ça, en fait). Il y a aussi, il faut l’avouer, une certaine joie à retrouver cet acteur systématiquement impeccable et trop rare. Propulsé « next big thing » du cinéma français sur la foi de l’inoubliable scène d’ouverture d’Inglourious Basterds (où il essayait de tenir tête à Christoph Waltz en protégeant une famille juive cachée sous son plancher), Ménochet avait ensuite enquillé à toute vitesse passant de Ridley Scott à Rebecca Zlotowski tout en faisant un crochet par Dany Boon et poursuivant sa route chez Ozon. Balèze. Et puis un trou noir, l’appel d’air total. « J’ai enchaîné quelques bides et j’ai fait une grosse série Canal qui n’a pas marché, et hop, du jour au lendemain le téléphone ne sonnait plus. Depuis je bosse plus en « Les acteurs sont des membres de l’équipe technique, la seule star d’un projet c’est le metteur en scène. » Angleterre qu’en France, ça faisait même quatre ou cinq ans que je n’avais pas eu un vrai rôle ici. Si je n’avais pas été bilingue, je pense que j’aurais dû changer de métier… » Coup de bol, nez creux, appelez ça comme vous voulez, Ménochet avait accepté en 2012 de tourner dans le premier court-métrage de Xavier Legrand, Avant que de tout perdre, dont Jusqu’à la garde est en quelque sorte la suite. « Ce court avait été un vrai petit carton, primé absolument partout. Je n’avais plus de nouvelles de Xavier jusqu’à ce que je reçoive le script de son premier long. Il tenait à nous reprendre, Léa et moi, dans les rôles principaux. » Ménochet repart donc à la conquête de son pays en sachant qu’il tient là l’un des plus gros rôles de sa carrière  : « J’ai reçu le script comme un cadeau, impossible de faire autrement. Avec ce personnage, tu dois constamment faire croire au spectateur que tu interprètes un mec sensible et perdu mais qui pourrait tout à fait être un salaud. Tu dois toujours être en parfait équilibre, ne jamais trop charger la mule d’un côté ni de l’autre. Pour moi qui ai un goût très prononcé pour la composition, c’était faramineux en termes de plaisir. » Il y a une modestie frappante et même pas feinte chez ce garçon, qui s’imbrique parfaitement dans la conception qu’il se fait de son métier  : « À mon sens, les acteurs sont des membres de l’équipe technique, la seule star d’un projet c’est le metteur en scène. Je vis déjà les choses comme ça à travers ma cinéphilie, mais je le ressens aussi dans mon travail. J’ai une vision de ce métier presque désuète qui, une fois de plus, est liée à mon amour pour la composition. Mon idole, par exemple, dans ce pays, c’est François Cluzet. Lui, il s’efface systématiquement derrière ses personnages, il te fait croire à tout, tu ne le regardes pas jouer tellement il t’embarque. » Ce souci de la composition, du moule dans lequel l’acteur sait se fondre, Ménochet l’a poussé à un degré de virtuosité et d’intensité assez inouï dans le film de Xavier Legrand. À tel point qu’après l’avoir longtemps désigné comme le « Perrier Lapadite d’Inglourious Basterds », on risque désormais de le montrer du doigt dans la rue comme « le père de Jusqu’à la garde ». La trouille que ce rôle marque un peu trop sa carrière au fer rouge ? « Pas du tout, si c’est le cas ça voudra dire que le film a marché, non ? » D’ici là, chuuuuut...



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