Illimité n°274 février 2018
Illimité n°274 février 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°274 de février 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 56,5 Mo

  • Dans ce numéro : le mois des tous les émois...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 – Trajectoire Par Marc Ponceau Photos DR – Eastwood, le sens du devoir Depuis Un frisson dans la nuit jusqu’au 15h17 pour Paris, le parcours de Clint Eastwood réalisateur emprunte des détours multiples pour finalement passer de la fiction à la réalité, du complexe au simple, du culte de l’antihéros à la célébration du héros. Résumé en six étapes. L’indépendant qui s’affirme (1971-85) À ses débuts, le nouveau réalisateur surprend par la variété des genres qu’il explore, tout en revendiquant l’héritage de ses mentors Sergio Leone et surtout Don Siegel, auquel il rend hommage dès Un frisson dans la nuit, variation sur le thème des Proies, tourné juste avant. Quel que soit le registre (drame country avec Bronco Billy ou Honky Tonk Man), western (L’Homme des hautes plaines, Pale Rider), thriller contemporain (La Sanction, L’Épreuve de force), polar (Sudden Impact qui perpétue le personnage de l’inspecteur Harry), et même le film de guerre (Firefox, l’arme absolue), il se pose en antihéros individualiste, autonome et indépendant qui trouve son incarnation la plus aboutie dans Josey Wales hors-la-loi  : au départ paisible, le personnage est forcé par les circonstances à se faire l’ennemi de l’autorité, et le défenseur des faibles et des minorités. Le film reste un de ses meilleurs. 1 Josey Wales hors-la-loi (1976) Au Zénith (1992- 1999) Avec Impitoyable, Eastwood signe un chef-d’œuvre ténébreux en incarnant William Munny, un tueur à gages vieillissant qui accepte une dernière mission, en dépit de son triste état. Hanté par les spectres de chacun des hommes qu’il a tués, mais motivé par une cause respectable, Munny brouille plus que jamais les cartes entre le bien et le mal. Comme s’il y avait une loi des séries, Eastwood enchaîne avec Un monde parfait et Sur la route de Madison, deux autres films majeurs, avant de souffler un peu avec Les Pleins Pouvoirs, Minuit dans le jardin du bien et du mal et Jugé coupable qui, en comparaison, ressemblent à trois aimables divertissements. Premiers pas dans la réalité (1986-1990) Après avoir creusé le sillon de la fiction, jusqu’à flirter avec le fantastique (dans Pale Rider, il est un fantôme), Eastwood tente, au milieu des années 80, de se rapprocher de son époque et de la réalité, mais pas sans traîner les pieds. Sous ses allures classiques, Le Maître de guerre s’inspire de l’intervention militaire américaine en Grenade pour faire le portrait d’un vieux baroudeur qui se plie de mauvaise grâce aux nouveaux règlements, mais fait quand même des efforts pour renouer avec son ex en lisant des magazines féminins. Bird, biopic sur Charlie Parker, peut être considéré comme sa première vraie incursion dans le réel. Il y dresse le portrait dramatique à souhait d’un artiste qu’il admire, mais dont il est bien obligé d’accepter la part d'ombre. Chasseur blanc, cœur noir est aussi ancré dans la réalité, même si le roman dont il est adapté utilise des noms d’emprunt. Peter Viertel y décrit le tournage d’African Queen par John Huston, et Eastwood s’en sert pour se projeter dans le cinéaste légendaire. Mais, à la différence de ses précédents personnages, considérés comme héroïques parce qu’ils agissent comme ils l’entendent, la même attitude indépendante et velléitaire de Huston ne fait pas nécessairement de lui un héros. 3 Impitoyable (1992) 2 Chasseur blanc, cœur noir (1990) Le 15:17 pour Paris Sortie le 7 février. Gran Torino (2008)
Derniers éclats avant le crépuscule (2000-2008) Au tournant du millénaire, Eastwood a 70 ans et les sujets qu’il choisit témoignent de sa conscience du temps qui passe  : Space Cowboys montre des retraités prêts à reprendre du service, alors que dans Créance de sang, il joue un rôle trop jeune pour lui. Peut-être celui de trop. Du coup, il s’applique à traiter uniquement des sujets sérieux comme s’il voulait laisser une trace  : Mystic River ou Million Dollar Baby sont chargés de gravité. Il se réfugie aussi dans le réel avec Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima, marqués par la volonté de traiter à égalité les points de vue des Américains comme des Japonais. L’Échange, qui, derrière le combat d’une mère pour retrouver son fils, cache une affaire de mensonge d’État, est aussi inspiré d’une histoire vraie. Mais avec Gran Torino, dans lequel il incarne un vétéran de la guerre de Corée qui se risque à protéger des Asiatiques, il met fin à une certaine image de luimême en orchestrant ses propres funérailles. De fait, il ne reviendra jamais devant la caméra dans un rôle important. Il meurt pour laisser renaître un nouveau cinéaste, plus simple. 4 6 Devoir d'héroïsme (2014-2018) En retraçant l’histoire du tireur d’élite Chris Kyle, American Sniper insiste davantage sur le nombre de vies qu’il a sauvées en Irak, plutôt que sur la somme record d’ennemis tués. On est loin du réalisateur d’Impitoyable. Moins clivant, Sully semble confirmer sa volonté d’aligner des portraits de héros américains, avec l’histoire de ce pilote qui, grâce à son expérience et son intuition, réussit à poser son avion défectueux en limitant les dégâts. Dans Le 15h17 pour Paris, il retrace le parcours de trois soldats, amis d’enfance, dont l’intervention pendant une tentative d’attentat dans le Thalys a certainement sauvé des vies. Les vrais soldats jouent leurs propres rôles dans le film. On ne peut pas être plus proche de la réalité. Et Clint n’est pas près de s’arrêter, à en juger par ses projets déjà développés  : une biographie de Richard Jewell, le gardien qui a déjoué un attentat aux jeux olympiques d’Atlanta en 1996, et Impossible Odds, d’après les mémoires de Jessica Buchanan, une travailleuse humanitaire enlevée par des pirates somaliens. Pas de répit pour les héros. Priorité au réel (2009-2014) En 2009, Eastwood entame un nouveau cycle avec Invictus, biopic inavoué mais pétri de bonnes intentions qui raconte une astuce utilisée par Nelson Mandela pour opérer, grâce au sport, une unité nationale difficilement imaginable. Abstraction faite d’Au-delà, une fiction lelouchienne surnaturelle, Eastwood poursuit sa veine réaliste avec un autre biopic, celui de J. Edgar Hoover. Malgré un script assez fouillé, le film ne révèle pas grand-chose, sinon un secret de polichinelle  : l’homosexualité de celui qui fut l’homme le plus puissant des États- Unis pendant plusieurs décennies. Enfin, Jersey Boys, évocation du groupe de doo-wop The Four Seasons est tellement anecdotique qu’il n’a connu en France qu’une distribution confidentielle. 5 17 Invictus (2009)



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