Illimité n°273 janvier 2018
Illimité n°273 janvier 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de janvier 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 142 Mo

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  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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▶ ▶ 32 – Le grand papier raison qu’elle est... une femme. Sera-t-elle celle qui va stopper les rotatives ou celle qui les fera chauffer comme jamais ? La réponse est évidemment dans la question. Steven Spielberg a tenu à réaliser Pentagon Papers à toute berzingue – en plein milieu de la postproduction de son blockbuster prévu pour fin mars, Ready Player One. Il en a découvert le script en février 2017 et fin décembre, le film « Le Journal » DE RON HOWARD (1994) Peut-on imaginer un vrai feel-good très hollywoodien et rythmé par l’angoisse du bouclage et du départ à l’impression ? C’est le principe pe de ce film, le meilleur de son auteur qui, en une journée, fait coïncider la grande Histoire de l’actu avec les petits atermoiements de ceux qui la racontent. Peut par ailleurs se regarder, via son héros Michael Keaton, comme un prequel au moins rigolo Spotlight. Pentagon Papers est le récit de notre époque par le prisme d’une autre. sortait dans les salles américaines (pile pour être qualifié pour les Oscars, oui). Cette vitesse d’exécution supersonique l’a contraint a accouché d’une œuvre d’une concision stupéfiante – et l’une des plus courtes de sa filmo  : 1h55, générique compris. Visiblement, il fallait que ce film arrive à l’heure. À l’heure d’une nouvelle émancipation féminine, à l’heure des leaks, des lanceurs d’alertes, des fake news et, bien sûr, à l’heure de Donald Trump. Il agit de manière très délibérée sur notre époque comme un miroir déformant, là où tous les autres films historiques de Spielberg s’envisageaient avant tout comme des devoirs de mémoire (l’esclavagisme pour La Couleur pourpre, Amistad et Lincoln, l’Holocauste pour La Liste de Schindler…). Plutôt qu’une évocation du passé, Pentagon Papers est le récit de notre époque par le prisme d’une autre. En ce sens il y a quelque chose de l’ordre du journalisme qui se joue ici, une manière qu’a Spielberg d’articuler un propos, de le surligner avec des effets de style et de mettre en perspective le devoir de la presse, immuable depuis sa création, avec l’évolution du monde qui l’entoure. Le grand essor capitaliste peut-il flinguer la déontologie – donc la démocratie ? Ce n’est pas à un traité pédagogique qu’on a affaire ici (la pédagogie s’acclimate peu aux formes artistiques) mais bel et bien à un éveil des consciences emballé avec une vista et un sens de la syntaxe affolants – certaines conversations sont filmées comme des scènes d’action ou des ballets musicaux. C’est en cela que le film transcende complètement le genre « pour adultes »  : il dépasse autant les couches socios que les générations. Il faut emmener les gamins voir Pentagon Papers, il a aussi été conçu pour eux. À 71 ans, Spielby signe l’une de ses œuvres les plus juvéniles. Il ne cessera donc jamais de nous étonner. « Zodiac » DE DAVID FINCHER (2007) 07) Ok,ll n’y a guère qu’une petite moitié du film qui se déroule dans la rédaction du San Francisco Chronicles – l’autre étant dévolue à l’odyssée du flic joué par Mark Ruffalo –, mais difficile de ne pas envisager ce film comme une vraie fresque sur des grattes-papiers tes-papiers au turbin. L’ironie fincherienne se situant dans l’idée que le vrai journaliste d’investigation ici est en fait un « cartoonist » à qui personne n’a demandé son avis. Ni même un sujet.
– L’homme du passé Pour Steven Spielberg, Tom Hanks a toujours été l’incarnation d’un certain Âge d’or hollywoodien. Digest d’une collaboration sous influences. JOE CONTRE LE VOLCAN (1990) LE MODÈLE  : DINGO La première rencontre entre l’acteur et Spielberg s’opère de loin. Le réal d’E.T. est le « simple » producteur de cette comédie dadaïste pour mômes où Hanks, pour la première fois de sa filmo, tombe amoureux de Meg Ryan (ça arrivera encore deux fois dans les même 90’s). Fait notable  : ce film est l’adaptation lointaine d’un cartoon 50’s, Hello Aloha, où Dingo était aussi un salary man déprimé qui finissait dans le cratère d‘un volcan. Une fois qu’on le sait, impossible de ne pas se rendre compte que le jeu de Hanks est calqué intégralement sur celui du meilleur pote de Mickey. Reste à savoir jusqu’où va la responsabilité de Spielberg dans ce choix. LE PONT DES ESPIONS (2015) LE MODÈLE  : GREGORY PECK Le personnage d’avocat humaniste joué ici par Hanks, prenant en pleine guerre froide la défense d’un espion soviétique, fait immanquablement penser à celui d’Atticus Finch dans Du silence ou des ombres. Dans ce classique absolu de la culture US, Peck y interprétait un papa poule chargé de défendre un homme noir accusé de viol dans l’Amérique sudiste des années 30. Même rectitude morale, même candeur de gentil papounet, même famille menacée et même foi absolue dans les institutions de son pays. IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN (1998) LES MODÈLES  : ROBERT MONTGOMERY ET ROBERT MITCHUM Alors qu’Hanks a déjà tourné avec tous les réals gravitant autour de l’écurie Spielberg (Ron Howard, Joe Dante, Bob Zemeckis…), il aura donc fallu attendre 1998 pour que la rencontre entre les deux cadors ait lieu. En chef droit dans ses bottes d’une petite expédition LE TERMINAL (2004) LE MODÈLE  : GARY COOPER ET JAMES STEWART Ok, ce film-là se situe bien dans le monde contemporain, mais également à l’intérieur d’une bulle (le terminal d’un aéroport) sur lequel le temps et l’extérieur semblent n’avoir aucun effet. Un film qui semble foutue d’avance, le personnage de Hanks est au croisement de l’amiral joué par Robert Montgomery dans Les Sacrifiés et du lieutenant interprété par Mitchum dans Les Forçats de la gloire. ARRÊTE-MOI SI TU PEUX (2002) LE MODÈLE  : ROBERT RYAN Encore un film ouvertement rétro pour Spielby (une sorte de comédie d’action un peu lounge et très colorée), donc encore un film avec Tom Hanks. En flic aux binocles à grosses montures qui lie des rapports fraternels avec un Rocancourt 60’s – tout en rêvant de le foutre derrière les barreaux –, l’acteur réactive l’idée d’un antagonisme à la fois obsessionnel et émouvant. En découle une version solaire et tout aussi essoufflée de l’inoubliable Robert Ryan en Deke Thornton condamné à traquer longuement son frère d’armes, Pike Bishop, dans La Horde sauvage. littéralement hors monde, joué sur une mélodie à la Capra (pas très bien réinterprétée, il faut se l’avouer). En gentil apatride naïf et paumé, il devient le symbole d’un monde qui ne tourne pas rond avant de virer à l’icône popu façon John Doe ou Mr Smith. Mais Stewart et Cooper auraient-ils osé prendre ce terrible accent de l’Est, hein ? PENTAGON PAPERS (2018) LE MODÈLE  : JOHN WAYNE À cause de son allure longiligne et de sa capacité à écarquiller les yeux pour en faire rejaillir toute sa fragilité et sa bonté d’âme, Tom Hanks a toujours été comparé à James Stewart. Révolution  : dans Pentagon Papers, le gentil Hanks s’amuse cette fois à singer John Wayne – c’est-à-dire l’archétype inverse du gentil Jimmy. Leader d’homme, chemise cintrée, torse bombé, démarche assurée et, surtout, grosse voix qui porte et que personne n’ose interrompre  : Hanks livre une des perfs les plus étonnantes de sa carrière, axée sur une virilité qu’on ne lui connaissait pas. Et si Spielberg venait de le réinventer ?



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