Illimité n°273 janvier 2018
Illimité n°273 janvier 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de janvier 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 142 Mo

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  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 – Les associés Par François Rieux Photos DR – Les lumières de Woody Tout au long de sa carrière, Woody Allen a ressassé ses obsessions pour le beau sexe et ses digressions philosophiques sur le (non-) sens de la vie. Pourtant, en plus de 40 longs-métrages, le cinéaste a su se réinventer en s’entourant de chefs opérateurs aux pedigrees hors-norme. À l’heure de Wonder Wheel, tour d’horizon de ses partenaires de l’ombre (et de lumière). (Annie Hall, Intérieurs, Manhattan, Stardust Memories, Comédie érotique d’une nuit d’été, Zelig, Broadway Danny Rose, La Rose pourpre du Caire) Chef op de Francis Ford Coppola sur la trilogie du Parrain, Gordon Willis était surnommé le « Prince des Ténèbres » en raison de son goût prononcé pour les lumières sombres. Il aimait également capter l’essence des premières et dernières heures du soleil pour composer ses plans en extérieur. En atteste, dans Manhattan, cette superbe scène de baiser entre Woody Allen et Diane Keaton face au pont de Queensboro, le crépuscule enveloppant la baie new-yorkaise dans un voile bleu noir façon toile de maître. Sa collaboration avec Allen est le marqueur d’un cinéma hautement pictural (les rues de Manhattan immortalisées dans un noir et blanc éclatant), d’une époque aujourd’hui presque révolue, inspirée de la photographie de ténors de l’argentique comme Garry Winogrand ou Robert Frank. Une rencontre qui assied aussi la stature historique du cinéaste. Voyage au bout de l’enfer, Blow Out, Délivrance, L’Épouvantail, La Porte du paradis  : le regretté Vilmos Zsigmond est l’homme qui éclaira quelques-uns des films les plus ambitieux du Hollywood des 70’s. Chez Woody Allen, son travail de chef opérateur s’avère, disons, hum, plus « étriqué », plus pantouflard et forcément plus bavard. Exit l’enfer des prisons vietcongs et les larges étendues sauvages de Cimino, Zsigmond délocalise son art dans (Une autre femme, Crimes et délits, Celebrity) Avant de travailler avec Woody Allen, Sven Nykvist a été l’architecte visuel de la plupart des films d’Ingmar Bergman. Une rencontre frappée du (septième) sceau de l’évidence puisqu’Allen est un fanatique absolu du cinéaste existentiallo-suédois. Plus qu’une source d’inspiration, Woody Allen a forgé l’intégralité de son œuvre sur les mêmes obsessions psychanalytiques que son modèle  : les femmes, la mort, le sens de la vie, la solitude ou encore les relations de couple. Le principe d’Une autre femme, point de départ de la collaboration entre Allen et Nykvist, évoque de manière évidente celui des Fraises sauvages de Bergman (la prof de philo incarnée par Gena Rowland, le prof de médecine incarné par Victor Sjöström). De son côté, la scène introspective de Martin Landau dans Crimes et délits calque son cadre étriqué sur les intérieurs du chef-d’œuvre de Bergman par excellence, Persona. (Melinda et Melinda, Le Rêve de Cassandre, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu) les restaurants bourgeois de Greenwich Village ou autour d’une partie de poker au fin fond de l’Angleterre. De ce choc sismique ressortent trois films pour le moins mineurs dans lesquels Allen semble tourner en rond. Des bobos new-yorkais dissertant sur le pouvoir de la comédie dans Melinda et Melinda aux magouilles fratricides des héros du Rêve de Cassandre, il y a comme une impression de déjà-vu que Szigmond n’a jamais su parasiter. Wonder Wheel Sortie le 31 janvier.
(Anything Else, Minuit à Paris, To Rome with Love, Magic in the Moonlight, L'Homme irrationnel) Courant des années 2000, Woody Allen fait désormais équipe avec Darius Khondji, prodige franco-iranien qui a façonné l’imagerie chirurgicale de David Fincher (Seven ou Panic Room) et chapeauté le classicisme baroque des deux derniers James Gray (The Immigrant et The Lost City of Z). Aux côtés de Woody Allen, notamment sur Minuit à Paris, To Rome with Love et Magic in the Moonlight, le directeur de la photographie opte pour une approche résolument « chromo » qui évoque des cartes postales mordorées et une impression de suspension dans le temps. L’apport du « style Khondji » aux films est à ce point troublant qu’il semble le véritable cinéaste aux commandes – même si les thématiques alleniennes sont là, en particulier les longues digressions sur les affres de l’amour et les couples voués à l’échec. À plus de 70 ans, Woody fait du neuf avec du vieux mais prouve qu’il sait toujours s’entourer des meilleurs techniciens en activité. 27 (Café Society et Wonder Wheel) Le point commun entre Woody Allen et Apocalypse Now ? Le pamphlet anti-guerre de Coppola schlinguant le napalm n’est pas vraiment à ranger sur la même étagère que les films du New- Yorkais malingre. Les deux ont pourtant un dénominateur commun en la présence de Vittorio Storaro. Le chef opérateur d’Apocalypse Now est le dernier collaborateur en date du cinéaste aux lunettes, leurs premiers faits d’armes remontant à 2016 avec Café Society, qui plantait son décor dans l’apaisement social et l’opulence de la haute société de l’entre-deux-guerres. Un film bercé par la nostalgie des années folles dans lequel Allen et Storaro regardaient nonchalamment le temps qui passe. Pour Wonder Wheel, nouveau long-métrage en salle ce mois-ci, le tandem joue de nouveau la carte du retour vers le passé dans un patchwork tricoté de photos de vacances à Coney Island durant les 50’s. Storaro impose un style très sensoriel, charnel et délicat à une intrigue qui zigzague entre figures du rectangle amoureux et quiproquos façon théâtre de boulevard.



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