Illimité n°273 janvier 2018
Illimité n°273 janvier 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de janvier 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 142 Mo

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  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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24 – Antisèche Par Anouk Brissac Photos DR – Où est passé l’héritage ciné de Duras ? Emmanuel Finkiel adapte La Douleur de Marguerite Duras. Son film a quelque chose de la radicalité de l’icône littéraire et cinématographique qui régna sur la seconde moitié du XX e siècle. En reste-t-il des traces dans le cinéma contemporain ? Illimité part en quête de son influence. Chez Chantal Akerman ? Duras aura réalisé 19 films, elle qui considérait le septième art comme un « truc pourri ». Son cinéma, au style immédiatement reconnaissable, est incopiable. Saccage de la narration, expérimentations formelles, désynchronisation voix/images, sans le verbaliser, le cinéma français le sait  : on ne copie pas Duras sous peine de plagiat. Seule la Belge Chantal Akerman a osé, revisitant, dans Jeanne Dielman, l’aliénation domestique féminine explorée dans Nathalie Granger. On décèle aussi Duras dans sa très humide Folie Almayer, pourtant adaptée de Joseph Conrad. Entre l’emprunt, l’hommage et la continuation, Akerman renouvelle l’exotisme et l’écriture cinématographique à vif de la cinéaste ultra-catégorique. La Douleur Sortie le 24 janvier. Chez Laurent Baffie ? ! Marguerite Duras a créé un style littéraire, émanation du Nouveau roman infusé d’autofiction, mais aussi un personnage  : le sien. Lunettes, clopes, pinard, parlé chic et choc, cols roulés, elle savait se mettre en scène. Le cinéma actuel regorge de réalisateurs qui sautent dans leurs propres fictions pour mieux nous parler de leur fastidieuse fabrication, à l’image de Duras qui, dans Le Camion, se filmait parlant avec Gérard Depardieu du film qu’elle aurait dû faire mais qu’elle ne ferait pas. De Laurent Baffie dans Les Clés de bagnole à Mathieu Amalric avec Barbara en passant par Lætitia Masson dans Pourquoi (pas) le Brésil ? ou encore Alain Cavalier dans Pater, le procédé est presque devenu un sous-genre du cinéma hexagonal. Chez (feu) Jeanne Moreau. À la fin de sa vie, Marguerite Duras vit une relation orageuse avec YannAndréa, un admirateur devenu son compagnon et son secrétaire particulier. En 2002, Josée Dayan en fait un film, Cet amour-là. Duras est interprétée par Jeanne Moreau. L’actrice a été l’amie proche de l’écrivaine et se glisse dans sa peau sans mimétisme mais avec une véracité et une proximité troublantes. Elle ravive Duras cinq ans après sa mort, mais aussi son œuvre filmique à laquelle elle a participé (elle fut l’héroïne de Nathalie Granger), sa voix si singulière se confondant avec celle de Delphine Seyrig, muse de Duras. Si bien que, lorsque Moreau est partie cet été, on a cru voir Duras partir une seconde fois. Chez Emmanuel Finkiel ! Avec sa violence sourde, sa mise en scène ahurissante de virulence rentrée et l’interprétation mate de Mélanie Thierry, La Douleur reflète la plus pure veine de Duras. Réussite plastique et sensorielle, le film, tiré Chez Jean-Jacques Annaud ? Vraiment ? Les adaptations représentent l’héritage le plus tangible de Duras, du moins en termes de volume. René Clément (Barrage contre le Pacifique), Jules Dassin (Dix heures et demie du soir en été), Peter Brook (Moderato Cantabile) l’adaptèrent de son vivant, tellement mal selon ses exigences qu’elle passa derrière la caméra. Horrifiée par L’Amant d’Annaud, Duras réécrivit carrément son roman (qui devint L’Amant de la Chine du Nord) après avoir vu le film. Rude  : il y a dans le film une extrémité sexuelle qui n’appartient qu’à Duras. de son roman autobiographique, narre une Marguerite attendant dans l’angoisse le retour des camps de son mari, à la Libération. Montage impressionniste qui tape dans les tempes, voix off lapidaire, pâleur solaire de Thierry, Finkiel signe un grand Duras.
Le Grand Jeu, c’est l’occasion pour Jessica Chastain d’habiter à nouveau un récit dédié à la question du pouvoir. Et d'unir pour elle deux facettes  : la beauté glamour et la stratège. Mais qui est la sublime créature écumant les suites d’hôtel cossues où se disputent les parties de poker, secrètes et électriques, du Grand Jeu ? Que fabrique-t-elle là, silencieuse et corsetée dans des ensembles chics, tandis que les joueurs à la mine grave (des stars richissimes et shootées aux jeux d’argent) tentent de se plumer des heures durant ? Sous ce jour-là, Jessica évoque la femme fatale des films de mafia, aussi pourrait-on croire qu’il s’agit d’une potiche de luxe (femme trophée d’un grand joueur ou d’un bookmaker coté). Mauvaise pioche  : l’énigmatique rouquine chapeaute en fait elle-même ces jeux à plusieurs millions, et tient les destins des flambeurs à bout de bras. Son pouvoir est invisible mais bien réel, comme l’était celui de la « poker princess » Molly Bloom qui inspire son personnage, et qui s’était mis la pègre et le FBI sur le dos lorsqu’elle régnait sur le monde du poker clandestin. Le pouvoir entre les mains de celui qu’on ne soupçonne pas  : c’est l’obsession du réal Aaron Sorkin, éminence grise ayant signé les scripts du Stratège ou de SteveJobs. Avec celui de The Social Network, surtout, il posait la grande question  : dans un monde dématérialisé, quadrillé par les nombres, pourquoi un nerd à gueule d’ange et aux petites bouclettes (Jesse Eisenberg, dans la peau de Mark Zuckerberg) ne pourrait-il pas devenir surpuissant ? Et si le contrôle est désormais une pure question de cerveau, pourquoi une jolie femme ne pourrait pas battre les hommes sur leur terrain ? C’est toute l’histoire du Grand jeu. Et on ne voit pas Son pouvoir est invisible mais bien réel. Par Alex Vandevorst Photos DR Obsession – 25 – Jeu de Chastain, jeu de vilains qui mieux que Jessica Chastain pouvait l’incarner  : depuis ses débuts, elle s’est fait une spécialité des rôles de femmes outsiders amenées à jouer un rôle majeur dans une intrigue financière ou politique. Elle qui déclare avoir eu du mal à démarrer à Hollywood parce que sa rousseur très marquée l’empêchait d’être une « actrice ordinaire », a compensé en se faisant l’experte des filles douces s’improvisant forte têtes  : dans Zero Dark Thirty, elle dérobait au sexe opposé ses méthodes drastiques et s’imposait comme la seule tacticienne à même d’anéantir Ben Laden. Alors qu’Oscar Isaac était le héros de A Most Violent Year, son épouse, Chastain bien sûr, se révélait comme le vrai pilier du film, gérant les finances abracadabrantes de leur société. Miss Sloane voyait quant à elle Jessica s’affirmer comme lobbyiste à Washington, en guerre contre les marchands d’armes. Pas très ordinaire comme idée du glamour. Mais, une nouvelle fois, son personnage montrait une sacrée poigne. Le Grand Jeu, lui, capitalise sur ce CV en y ajoutant une compétence neuve. Si on a cette impression de voir une bimbo possédant les pleins pouvoirs, c’est que Jessica franchit un palier supérieur  : elle tient la bride sans se priver de la carte du sexy. Carte qu’elle avait cru bon de ne jamais dévoiler jusque-là – sans doute parce qu’elle se croyait condamnée à la case « rouquine maternelle » de Take Shelter ou Tree of Life. Cette fois-ci, Jessica prouve que l’un peut très bien aller avec l’autre  : en s’assumant enfin comme symbole glamour tout en confirmant sa place de tête de gondole du thriller financier, elle fait du Grand Jeu une leçon double (et magistrale) sur la prise de pouvoir en milieu hostile. Le Grand Jeu Sortie le 3 janvier.



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