Illimité n°273 janvier 2018
Illimité n°273 janvier 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de janvier 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 142 Mo

  • Dans ce numéro : demandez le journal !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 – Généalogie Par Romain Thoral Photos RC & DR – Trois panneaux, six influences Le très élégant 3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance renvoie un reflet troublant et amer de la ruralité US. Retour aux racines. 1 Bons baisers de Bruges (2008) Pour le théâtreux briton Martin McDonagh, l’aventure ciné commençait ici, avec ce tout petit polar assez modeste et pourtant très coté, où deux tueurs à gages en transit succombaient au spleen de la Belgique. Un drôle de film de genre, complètement à l’arrêt, où les brefs éclairs d’ultraviolence agissaient comme autant de catharsis. Un peu inégal, ce film-là, contrairement au suivant, le très hystéro Seven Psychopaths, portait pourtant en lui tous les éléments clés de l’excellent 3 Billboards  : les traumas impossibles à enfouir, le goût du dialogue qui claque, la (petite) ville comme personnage central du récit et les (grands) acteurs qui jubilent. Le Roman de Mildred Pierce (1945) Dans 3 Billboards, l’héroïne, Mildred Hayes (Frances McDormand), est une maman qui va mettre sens dessus dessous sa bourgade parce que les gens qui ont violé et tué sa fille il y a quelques années de cela n’ont toujours pas été retrouvés par la police locale. Si elle porte le même prénom que Mildred Pierce (héroïne du roman de James M. Caine, d’un film signé Michael Curtiz et d’une série de Todd Haynes), autre maman plongeant dans la folie par amour pour sa fille, c’est évidemment tout sauf un hasard. 3 Billboards est une relecture façon polar-redneck de ce grand mélo, où l’Amérique de Trump remplacerait la Grande Dépression. Toute l’ambition de l’Européen McDonagh se situe ici, dans cette réappropriation très personnelle et très critique des grands mythes US. Le Corbeau (1943) L’influence du film de H.-G. Clouzot se limite ici à son enrobage conceptuel. Les lettres du Corbeau conduisaient petit à petit tous les habitants de Saint- Robin à la paranoïa et à la démence. Suivant cette théorie des dominos appliquée à une bourgade, 3 Billboards observe comment l’apparition de ces trois grands panneaux incriminant l’incompétence de la police va finir par contaminer toute une communauté qui n’était liée que par des sourires de façade. Dans les deux cas il s’agit d’utiliser un simple révélateur pour mieux mettre en œuvre un véritable travail d’entomologiste. 3 2 3 Billboards Sortie le 17 janvier. Les événements de Charlottesville Au milieu du mois d’août 2017, alors que McDonagh parachevait son 3 Billboards, la petite ville de Charlottesville était plongée dans un état de guerre civile après que plusieurs activistes d’extrême droite ont manifesté devant la statue d’un général sudiste. Le moment où l’Histoire venait contaminer malgré elle la fiction. 3 Billboards est conçu comme une fable à valeur universelle  : la description du moment où une simple étincelle peut embraser une ville qui croule sous la rancœur, la misère et le poids des idéologies extrêmes. Le titre original peut d’ailleurs tenir lieu de note d’intention  : 3 Billboards, Outside Ebbing, Missouri soit en VF, trois 4 panneaux publicitaires situés à la sortie d’Ebbing dans le Missouri. L’ultra-précision topographique est utilisée ici à des fins ironiques  : cette histoire très localisée pourrait se situer dans n’importe quel bled d’Amérique (profonde). La preuve.
5 Les frères Coen La ruralité US, les seconds rôles allumés, les bons mots, la violence, la musique de Carter Burwell et l’icône Frances McDormand en tête d’affiche  : 3 Billboards n’essaie pas de s’en cacher, il carbure d’un bout à l’autre à l’influence des frères Coen. Un sous-produit alors ? Pas vraiment, l’idée serait plutôt de prendre le cinéma des frères comme un simple décor pour mieux lui infuser des sensations inattendues. En premier lieu, cet humanisme très frontal, jamais narquois, qui débouche parfois sur un lyrisme mélo et laisse pantois. Promesse  : vous n’oublierez pas de sitôt le dernier monologue du shérif joué par Woody Harrelson. Les Ensorcelés (1952) Un réalisateur, une actrice et un scénariste racontent, chacun à leur tour, leur rencontre puis leur dispute avec un producteur star qui cherche à les embaucher sur son nouveau projet. C’est à la fois l’un des plus grands Minnelli et l’un des meilleurs rôles de Kirk Douglas, c’est aussi un film qui fonctionne sur une vision purement dialectique  : peut-on vraiment haïr un homme qui a aussi été le seul à croire en vous ? L’exploration de ces nuances est la grande perspective philosophique de 3 Billboards où chaque personnage se révèle beaucoup plus complexe et paradoxal qu’on ne le pense. Comme chez Minnelli, cela pourrait sembler mécanique si ce n’était à ce point bouleversant. 6



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