Illimité n°273 janvier 2018
Illimité n°273 janvier 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°273 de janvier 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 142 Mo

  • Dans ce numéro : demandez le journal !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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14 – Portrait Par Jacques Braunstein Photos RC & DR « Je sais pas, je ne l’ai pas vu… Comme tous mes films d’ailleurs. » Quand notre photographe avoue à Grégory Gadebois qu’il l’a trouvé excellent dans Cessez-le-feu l’an passé, l’acteur préfère laisser planer le doute  : « Si je le regarde ce soir, je vais me dire que vous m’avez menti. » Aujourd’hui, il est à l’affiche de Normandie nue, qu’il ne verra donc jamais, un film choral de Philippe Le Guay (Les Femmes du 6 e étage, Alceste à bicyclette…). Si géographiquement la Normandie n’est pas équidistante des deux zones, l’objet se situe pourtant entre la comédie sociale à l’anglaise et le conte moral à l’italienne. Gadebois incarne la deuxième sphère du film, celle dont les racines sont ancrées en pleine Méditerranée et qui gratte là où ça fait (un peu) mal. Alors que tout le village, dont François Cluzet est le maire, accepte de poser nu sur la photo d’un artiste américain pour attirer l’attention sur la crise agricole, lui se moque bien des difficultés des paysans qui l’entourent. Roger, le boucher, a épousé l’ex-Miss Calvados et, selon Gadebois, « il ne veut pas que tout le village la voie nue. Son métier est important Normandie nue Sortie le 10 janvier. – La classe populaire À l’affiche de Normandie nue, Grégory Gadebois, ce comédien qui a joué dans six films en 2017, affûte son statut de second couteau préféré du cinéma français. Attention, ça va trancher. dans le processus, plus important que l’on ne le pense… Inconsciemment, pour lui, si sa femme s’expose, elle sera comme les quartiers de viande dans la boucherie, explique l’acteur. Ça crée un fouillis dans sa tête qu’il ne sait pas gérer. » Le film se déroule dans le Perche, alors que Grégory Gadebois a grandi à l’autre bout de la Normandie, dans le pays de Caux. « C’était la campagne, un village de 70 habitants, mes parents n’étaient pas agriculteurs mais il y en avait partout… Du coup, j’ai tout de suite aimé que Normandie nue parle de ce milieu, de ces ambiances. J’ai été à l’école avec des gens comme eux, j’aurais pu être un Roger. » De « À l’école, j'étais un peu complexé. Alors que dans ce métier, on me dit  : « Vous avez un physique. » » film en film, le garçon est devenu la nouvelle incarnation de la France populaire  : quelque part entre le Philippe Noiret d’Alexandre le bienheureux et l’Olivier Gourmet des films des frères Dardenne. Mais Gadebois est avant tout un acteur de composition  : le père dans Marvin, ou la belle éducation d’Anne Fontaine, sorti à l’automne, se tient aussi loin du boucher de Normandie nue que le pécheur d’Angèle et Tony – qui lui aura valu le César du meilleur espoir masculin en 2012. « Ce sont des matières un peu similaires, mais des personnalités très différentes », confirme-il avant d’ajouter  : « Populaire, c’est presque devenu un gros mot. Mais moi, je ne fais pas du cinéma pour des gens de cinéma. » Et quand il se cherche des modèles, il évoque en premier lieu Bourvil ou Michel Galabru. C’est un peu par hasard qu’il est devenu acteur, et en partie à cause de son physique XL… « À l’école, j’avais l’impression d’être à part et je n’étais pas très heureux à cause de ça. Alors que dans ce métier on me dit  : « Vous avez un physique. » Le « à cause de » est devenu un « grâce à ». » Élève en CAP de mécanique moto (« La moto, ça allait, mais j’étais réfractaire à toute forme d’autorité ») , il s’inscrit à un cours de théâtre sur l’insistance de sa mère… « Et ça a glissé tout seul, j’ai rencontré un univers qui me plaisait. » De manière amusante, il note que le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, dont il est sorti en 2003, lui a donné un équivalent bac + 2. « Ça m’a impressionné, moi qui n’ai même pas le BEPC. » En 2006, il rejoint la Comédie-Française  : « Denis Podalydès m’a fait entrer pour jouer Ragueneau dans Cyrano de Bergerac, et je l’ai bien joué 200 fois. » Pendant six ans, il a même interprété tout ce qu’on lui demandait, sans états d’âme. Jusqu’au jour où, durant le duel de Cyrano, justement… « Je me suis dit  : « Mais qu’est-ce que je fais là  : c’est même pas vrai. Les gens vont le voir qu’on fait tous semblant. » J’y croyais plus, alors j’ai dit à l’administrateur  : « Ben désolé, je vais y aller là. » »
Il faut préciser que les goûts de Grégory Gadebois sont bien plus variés que ne le laisserait supposer son parcours placé sous l’angle des institutions les plus strictes. « Hier soir, j’ai regardé Je suis une légende et Waterworld. Pas mal. J’aime surtout L’Arme fatale et Piège de cristal… » Et il ajoute, sans se soucier de la bien-pensance inhérente à son métier  : « Si je n’étais pas acteur, je ne sais pas si j’aurais été amené à voir des films d’auteur. » Mais lorsqu’il s’agit de sa carrière, il avoue aussi se méfier de ses inclinaisons. « La pire question qu’on puisse me poser, c’est « Qu’est-ce que tu veux jouer ? » Je ne saurais pas dire, j’aurais sans doute une envie de polar et je risquerais de composer un porte-flingue taciturne et finalement pas très intéressant. » Il a eu l’occasion d’aborder ce registre dans les deux saisons des Revenants, la série multi-primée de Canal +. Il y jouait Toni, qui a assassiné son propre frère, un tueur en série dont le retour d’entre les morts l’inquiète. Ses goûts personnels, qu’il nous dévoile au fur et à mesure de notre entrevue, confirment d’ailleurs ce profil en adéquation avec l’appétit du cinéma de genre  : Gadebois aime les armes (et pratique le tir), la moto (il est venu au guidon d’une Honda CB1100 blanche, d’une parfaite sobriété) et les belles montres (une grosse Tank Cartier luit à son poignet). On sent chez lui une certaine assurance dès lors qu’il s’agit de son métier. Assez compréhensible quand on sait qu’à 41 ans il a joué dans une trentaine de films et une quinzaine de pièces. En revanche, il demeure modeste quant au reste et ne se formalise d’aucune question, notamment lorsqu’on évoque son poids. « Je fais 140 ou 145 kilos… Mais je vais me remettre au sport parce que 15 quand je suis un peu plus mince, ça ouvre l’imaginaire des réalisateurs. » Il estime arriver aujourd’hui à l’âge qui correspond à son physique. « Dans Angèle et Tony, la silhouette que j’imaginais était celle d’un homme de 50 ans et, inconsciemment, j’ai souvent eu cette impression. » Maintenant, il peut jouer les pères comme ceux d’Alice Isaaz dans Espèce menacée ou de Finnegan Oldfield dans Marvin… « Je n’ai plus besoin de tricher. » Ce qui lui permet d’élargir son emploi. Au théâtre, il a joué la saison dernière les rôles créés par Jean-Pierre Bacri dans Cuisine et dépendance et Un air de famille. Il vient aussi de tourner à Toronto Pauvre Georges, dans lequel il campe un professeur. La réalisatrice, Claire Denver, lui avait déjà fait jouer un trader dans le téléfilm Rapace en 2012. Désormais, plus rien ne peut résister à cette force de la nature.



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