Illimité n°272 décembre 2017
Illimité n°272 décembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°272 de décembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 140 Mo

  • Dans ce numéro : des étoiles plein les yeux...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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34 – Le grand papier ▶ ▶ Lucien, un film en janvier 2017, Il a déjà tes yeux, un autre en décembre. L’idée c’est de concurrencer la rythmique de Woody Allen ? — Alors non, parce que c’est probablement la dernière fois que je fais ça. Actuellement, mes enfants m’appellent « Monsieur » et ma femme à du mal à me reconnaître. C’est très agréable de se noyer dans le travail, surtout quand il s’agit de cinéma, mais ça flingue évidemment ta vie privée. Après, quand on te donne l’opportunité de tourner deux films coup sur coup, je ne sais pas comment tu peux refuser. C’est comme si on te proposait de faire l’amour deux fois par an, c’est dingue ! Euh… C’est pas une cadence de fou non plus… — Ah oui, non, mince, je voulais dire avoir deux enfants par an. Tu fais l’amour toute l’année et tu as un enfant en janvier et l’autre en décembre. Voilà. Bref, je m’emmêle les pinceaux avec cette métaphore. Tu mettras des « Rires » entre parenthèses dans ton interview, hein, je compte sur toi. (Rires.) Bon, le paradoxe au fond, c’est que tu as fait deux films en un an mais que tu as mis huit ans pour faire la suite de La Première Étoile. — Exact ! C’est la preuve que je ne suis pas un « maker » comme on dit. Il me faut du temps pour faire décanter les choses, savoir ce que je veux raconter, comprendre quelle part autobiographique je pourrais injecter dans mes films. Et donc, dans le cas présent ? — Je suis parti d’un constat  : les familles ont du mal à se parler à cause de la multiplication des écrans. Ça devient compliqué de se réunir. Je tenais une base avec ça, que j’ai ensuite empaquetée dans un vrai film de Noël, avec les chansons, les sapins et les cadeaux qui vont avec. Il t’a fallu huit ans pour en arriver là ? — Non, non, je faisais mes autres trucs à côté. Juste après La Première Étoile, l’industrie du cinéma m’a sauté dessus pour mettre une suite en branle. J’ai tenu à temporiser. De toute façon je ne savais pas comment ça se faisait, une suite. Donc j’ai pris des notes pendant des années jusqu’à ce que j’aie un film. Les deux volets sont très différents. Le premier, par exemple, était une comédie à pitch, alors que celui-ci est plutôt un film de personnages. — Une « comédie à pitch » ? Ça m’intéresse ça. Pour toi, le pitch du premier c’était  : une famille de Noirs part faire du ski. C’est ça ? Ah non, pas du tout. Le pitch, c’était  : un papa sans un rond emmène sa famille faire du ski. — Voilàààà… Ça, ça me fait plaisir ! Pour plein de gens l’argument c’était des Noirs à la montagne, alors que pas du tout  : c’était un film social. C’était mon côté fan de Ken Loach qui parlait… En tout cas, c’est ce côté socio qui a fait le succès du film et qui le rendait universel, il me semble. Dans La Deuxième Étoile, les problèmes de thunes, en revanche, c’est fini. — En fait, le premier racontait vraiment mon enfance  : cette joie indescriptible d’apprendre qu’on allait tous au ski. Le second raconte plus ma vie de père  : quand je dis à mes mômes qu’on part à la montagne, ils sont limites blasés. En tout cas, pour eux, c’est normal. C’est pour ça qu’il n’y a plus de problèmes d’argent dans ce film-là  : je voulais raconter l’histoire de ce père qui, comme moi, a une vie confortable et ne comprend plus toujours les réactions des enfants d’aujourd’hui. C’est l’expression d’une nostalgie ? — Non, juste un sentiment de stupéfaction face à une époque qui change. Les deux films sont aussi très différents dans leur registre d’humour  : le premier ressemblait à une comédie à l’italienne, celui-là fonctionne presque comme un cartoon.
La Deuxième Étoile Sortie le 13 décembre. — Bien sûr ! L’idée était de ne pas refaire le précédent. Donc ouais, de l’humour cartoon, très enlevé, très rapide, avec des vrais méchants de dessins animés dedans. Et puis plein de parodies ciné, aussi. On visite Shining, Tarantino, Iñárritu, Retour vers le futur… Il y a même une blague sur Éric Rohmer, qui est le cinéaste préféré du méchant du film… — Oui, j’ai même tenté de faire une vraie scène à la Rohmer vers la toute fin du film, qu’on a dû couper malheureusement. L’idée, c’était de se balader dans plusieurs territoires de cinéma très identifiables, en assumer les codes et pousser le bouchon très loin pour faire marrer les enfants. Les suites, c’est terrible, c’est un vrai coupe-gorge, faut surprendre le spectateur avec ce qu’il attend. C’est infernal comme challenge. Donc là je voulais garder tous les personnages du premier épisode, pour qu’on s’y retrouve, et pousser ensuite tous les curseurs dans le rouge. La Deuxième Étoile est le premier de tes films en tant que réalisateur à ne pas aborder de plein fouet une problématique communautaire. C’était un choix conscient ? — Ouais, la boucle est bouclée, il me semble. Tous mes films sont très autobiographiques donc, forcément, je devais y causer des problèmes entre les Noirs et les Blancs qui font forcément partie de mon quotidien. « Je ne veux pas que le rapport noir/blanc soit l’argument de TOUS les films qu’on me propose. » Désormais je crois que je peux passer à autre chose. Je ne veux plus que la caractérisation principale de mon personnage soit  : il est noir. Attention, ça ne veut pas dire que le sujet ne m’intéresse plus ou que je laisse de côté certaines de mes responsabilités. Pas du tout. Si je veux, par exemple, qu’il y ait plus d’acteurs noirs « bankables » dans ce pays, je sais que je peux y contribuer puisque je fais partie de l’industrie. Et je vais y contribuer ! Mais on ne peut pas aller plus vite que la musique non plus. Aux États-Unis on parle carrément de « Black market » pour définir un type de films qui s’adressent prioritairement aux Afro-Américains. Ici, on en est loin. Faut dire qu’on est un peu moins nombreux aussi. — Évidemment. C’est pour ça qu’il n’y a pas de Tyler Perry local. Ici, quand tu es noir et que tu fais du cinéma, il faut fédérer et tant mieux d’ailleurs. Mais c’est très compliqué. Et long… Un historien de l’art m’a dit récemment que j’étais le premier cinéaste français à avoir mis 35 des acteurs antillais en têtes d’affiche. Bon, l’essentiel, c’est que je ne sois pas le dernier, que des brèches s’ouvrent. C’est un beau chantier à mener et un combat permanent aussi. T’es fâché vis-à-vis de la frilosité de l’industrie ? — Non, je ne suis pas fâché. Pas du tout. Je vois les choses avancer, il faut juste ne pas oublier de faire résonner l’alarme de temps à autre, lorsque les vieux démons ressurgissent, l’air de rien. Combien de fois j’ai entendu  : « Ah Lucien, t’es un super comédien, mais désolé, j’ai pas de rôles de Noir dans mon film. » Et ça venait de mecs sympas en plus. Moi, je suis comédien et je ne veux pas jouer le même rôle toute ma vie. Je ne veux pas que le rapport Noir/Blanc soit l’argument de TOUS les films qu’on me propose. L’avantage, c’est que tes rôles tu peux te les écrire. Tu peux même t’en écrire deux par an. — Ouais, mais là je crois que j’ai besoin d’une petite pause pour éviter la surchauffe.



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