Illimité n°272 décembre 2017
Illimité n°272 décembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°272 de décembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 140 Mo

  • Dans ce numéro : des étoiles plein les yeux...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 – Trajectoire Par Alex Vandevorst Photos DR EMMANUEL GRAS Makala Sortie le 6 décembre. – Makala, mode d’emploi Sensation à la dernière Semaine de la critique du Festival de Cannes, Makala a des airs de manifeste pour un genre neuf de road-movie. Désossage d’un prototype qui redéfinit à la fois le docu, la fiction et le journal de bord en compagnie de son auteur, Emmanuel Gras. 2Chercher la limite entre docu et fiction… (… et s’apprêter à la franchir sans arrêt) Si on se fie à ses méthodes de tournage, Makala est un documentaire  : pourvu d’un matos qui tient entièrement dans un sac à dos, Emmanuel Gras a prévu de quoi capter sur le vif le calvaire bien réel du jeune bûcheron. Mais le film se transforme selon lui en fiction grâce à la forme  : « J’avais envie que la mise en scène ne se voie pas du tout, qu’on oublie la caméra comme dans un reportage immersif. Que le réel ressemble à un spectacle. Mais ce n’est pas pour autant scripté  : quand je tourne une scène de marché, je n’ai aucune idée de ce dont les gens vont parler et c’est au montage que je dégraisse pour rester centré sur le parcours du bûcheron, et donc raconter une histoire dont il est le héros. » Marre des fictions qui la jouent docus tremblotants ? Makala fait tout le contraire  : c’est un docu drapé dans l’élégance d’un film d’aventure. 3 4 Se préparer mentalement à voir un court-métrage… (… et se prendre une odyssée au long cours) A priori, l’errance et le labeur d’un homme seul (ou presque), c’est plutôt la matière d’un court expérimental. Mais Emmanuel Gras a compris que la forme longue était la seule manière de laisser s’imprimer la nature d’un travail (l’abattage d’un arbre en temps réel, par exemple) et l’épuisement qui en découle. Et aussi, d’accueillir le climax du film, rituel festif aussi pétaradant que chamanique, comme une libération après avoir encaissé toute l’adversité du monde pendant plus d’une heure. « J’étais sûr dès le départ que le voyage était assez fort pour donner un long, même si on me disait que j’avais plutôt la base d’un moyen-métrage. Mais pourquoi les sujets contemplatifs seraient- ils réservés aux courtsmétrages ? Il faut du temps pour contempler, non ? » 1Bien lire le résumé avant d’entrer dans la salle… (… et le rouler en boule pour le jeter à la corbeille) Makala, c’est l’histoire d’un bûcheron congolais prenant la route avec un vélo chargé du stock de charbon qu’il espère écouler. Du moins, sur le papier (on vous a dit qu’il fallait le chiffonner et le jeter). Pour le réal Emmanuel Gras, que son héros traverse le pays pour vendre le fruit de son travail ou pour devenir acrobate, peu importe  : l’idée est de raconter le récit le plus simple possible, l’action la plus réduite  : « Ça vous force à vous concentrer sur ce qui est fascinant dans cette action. Pas mal de films veulent tenir en haleine en multipliant les enjeux. Moi, j’essaie de faire l’inverse  : je raconte un seul trajet, a priori sommaire, mais pour tenter de le rendre hallucinatoire. » Analyser la portée politique… (… et puis tout oublier) « Vu que tout l’enjeu du récit, c’est d’arriver pour le héros à vendre sa production, on a tendance à y voir un discours sur le travail, qui aurait une nature marxiste… Mais moi, je n’ai pas spécialement voulu montrer la pénibilité d’un métier ou dénoncer le boulot comme torture  : ok, c’est difficile de transporter du charbon quand il fait 40 degrés à l’ombre, mais c’est d’abord une action concrète sur le monde. Ce qui m’intéresse, c’est l’accomplissement, pas de m’apitoyer sur la souffrance qui va avec. Je trouve ça très bien, le travail ! Enfin, je sais pas si je devrais dire ça… » On ne peut que donner raison au jeune réal, tant son film explose complètement le seul sujet des conditions de survie au Congo, et transcende une corvée aliénante en road trip abstrait.



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