Illimité n°272 décembre 2017
Illimité n°272 décembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°272 de décembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 140 Mo

  • Dans ce numéro : des étoiles plein les yeux...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 – Interview Par Alex Vandevorst Photos RC & DR – L’ange gardienne Derrière le beau récit historique des Gardiennes s’en cache un autre  : celui de la trajectoire personnelle de la productrice Sylvie Pialat et d’un projet rêvé qui ne pouvait devenir réalité qu’en tombant entre les mains de Xavier Beauvois. Devant le Beauvois nouveau, difficile de ne pas se laisser distraire par une bande de fantômes débonnaires  : ceux des moines de Tibhirine vus dans Des hommes et des dieux. Isolées dans la campagne française des années 1910, les héroïnes des Gardiennes (Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, inquiètes et radieuses) passent beaucoup de temps à attendre, souvent en vain, le retour des hommes mobilisés sur le front. Et s’affirment elles-mêmes comme lutteuses de l’ordinaire, emplies de force morale pour résister au typhon de violence qui s’abat sur la nation. Les moines attendaient eux aussi – la mort ou le salut divin, ils ne savaient pas trop – dans leur monastère perché en haut d’une montagne algérienne. Le gynécée des Gardiennes, quant à lui, est perclu dans la modeste ferme du Paridier, où il s’agit de réinventer un monde sans père, sans fils et sans époux. Une histoire qui semble ainsi s’écrire dans la continuité de l’autre  : après avoir croqué un cercle masculin, Xavier Beauvois se tourne vers son contrechamp pour filmer, cette fois-ci, des femmes et des dieux. Mais la genèse des Gardiennes est plus compliquée que ça. En fait, elle remonte à une période bien antérieure à Des hommes et des dieux et son carton « accidentel » (comment ce film pouvait-il prévoir de franchir la barre des trois millions d’entrées ?). Il y avait tout d’abord le roman d’Ernest Pérochon, paru en 1924 et trônant depuis belle lurette sur la table de chevet de Sylvie Pialat, nouvelle productrice de Beauvois qui, jusqu’ici, évoluait dans le giron de Pascal Caucheteux (Why Not Productions).La veuve de Maurice Pialat en parle comme d’un « livre d’enfance », l’ayant accompagnée dans sa vie et sa formation intellectuelle. « Chez mon grand-père il n’y avait aucun livre, à part tous ceux de Pérochon. Le récit a été un modèle pour moi, avec ses personnages de femmes fortes mais qui ne revendiquent jamais rien. » Difficile en effet de Endurer un monde d’hommes, puis le reconstruire sans eux  : voilà qui résume plutôt bien le passage de Sylvie à la production ne pas voir cette puissance politique, à l’écrit comme à l’écran. Surtout pour une femme comme Sylvie, née en 1960 et entrée dans la mouvance féministe à la fin des années 70. « C’était l’époque du MLF, j’étais trop jeune pour y être, mais j’étais déjà très militante. Avec les années, mon féminisme a évolué et je suis revenue sur certaines positions. Ma perception du roman a alors changé, aussi, mais il a gardé à mes yeux sa pertinence sur la Guerre de 14, et puis sur ces personnages qui se montrent exemplaires pour nous toutes, dans un contexte où ce genre de luttes politiques n’existe pas. » Endurer un monde d’hommes, puis le reconstruire sans eux  : voilà qui résume plutôt bien le passage de Sylvie à la production, après avoir soutenu Maurice de son vivant – en tant que régisseuse d’À nos amours, puis scénariste de Police et Sous le soleil de Satan, productrice de Van Gogh, bref, accompagnatrice au long cours du monstre ayant ravalé à la
fois la façade de l’auteurisme post-Nouvelle Vague et celle du cinéma français dans sa totalité. « Vous dites « scénariste » mais, en gros, cela consistait à écrire à la place de Maurice, sans quoi il n’avançait pas ! Puis à se faire engueuler parce que c’était nul, et passer audelà de ses tourments qui emportaient toute l’équipe avec eux … » La jeune femme a cumulé les casquettes, puis a saisi la barre en solitaire à la mort de son mari, explorant des territoires de cinéma variés  : Boukhrief, Nicloux ou Lafosse à domicile, Porumboiu ou Sissako à l’étranger. Autant de zones étrangères à l’œuvre de Maurice, pour prouver qu’elle pouvait tracer son propre sillon ? « Tout cela s’est fait au gré de rencontres, avec pour seule certitude le fait que j’avais accumulé assez d’expérience auprès de Maurice pour accompagner des auteurs. Mais oui, c’est certain que je ne cherche pas à prolonger sa filmo, ni à le recréer à travers de potentiels héritiers. Maurice, je l’ai eu. C’est derrière moi. » Dans la mosaïque de styles défendus par Sylvie, Les Gardiennes s’impose toutefois comme un cas à part. D’abord parce qu’il est rare, dans le cinéma d’auteur local, qu’un producteur toque à la porte d’un cinéaste avec un projet qui lui est cher – c’est l’inverse qui est généralement de rigueur. Ensuite parce qu’elle a choisi Xavier Beauvois, que l’on Alfred Hitchcock & David O’Selznick Deux fortes têtes se rencontrent et cela produit quatre grands films entre 39 et 46, avant que ces ego mastodontiques n’entrent dans une lutte destructrice dont Hitchcock, devenu surpuissant à Hollywood, sort vainqueur par KO. Les Gardiennes Sortie le 6 décembre. ILS NE VIEILLIRONT PAS ENSEMBLE Quentin Tarantino & Lawrence Bender Une amitié réelle, deux backgrounds indés, un sansfaute de Reservoir Dogs à Inglourious Basterds (Boulevard de la mort excepté), avant que la maison Weinstein (jusque-là distributrice) ne s’approprie seule la poule aux œufs d’or. 13 présente volontiers – tiens, tiens – comme l’un des descendants les plus directs de Maurice, avec sa manière de filmer suspendue entre le divin et l’ordinaire, ou de s’intéresser comme ici aux terres provinciales qui façonnent l’humain. « J’ai senti que c’était pour lui, je lui ai envoyé le roman juste avant Des hommes et des dieux. Puis on en a reparlé au détour d’un festival, et le projet s’est lancé. Mais il ne s’agit pas d’aller chercher l’enfant illégitime de Maurice ! C’est sans doute vrai qu’il y a du Pialat en lui parce qu’il aime ses films. Mais regardez Les Gardiennes  : on pourrait dire qu’il y a aussi du Cimino et du Terrence Malick ! » Mais au-delà de l’influence esthétique, Beauvois, lui, n’est-il pas le plus « pialatesque » des réalisateurs connus de Sylvie ? Enfant de province parti à l’assaut du cinéma d’auteur parisien, fonctionnant à l’affect et aux impulsions, à la fois dans le sérail et contre lui (Xavier fait l’acteur pour des auteurs parisiano-parisiens mais vit en Normandie)… Quand on adresse la comparaison à Sylvie, elle sourit  : « Que Xavier ait cette manière d’embarquer toute sa troupe dans son travail et ses doutes, qu’il soit imprévisible et modifie le planning de tournage sur un coup de tête, c’est certain… et c’est vrai que cela me rappelle quelqu’un. C’est un avantage  : certains refusent de soutenir un auteur qui improvise ou décide de se passer du scénario. Mais moi, ça ne me fait pas peur ! » Si Beauvois a trouvé la productrice rêvée, Sylvie a sans doute trouvé la bonne personne pour donner vie aux Gardiennes, film qui concrétise un désir de très longue date, tout en gardant un pied sur le domaine du grand auteur qu’elle a épaulé. Ses héroïnes le confirment à l’écran  : il est possible de vivre sans les hommes, mais pas sans une petite part de leur souvenir. EN PASSANT DE WHY NOT PRODUCTIONS À SYLVIE PIALAT, BEAUVOIS MARQUE UN DE CES BREAKS SOUVENT LOURD DE SENS DANS LA RELATION ENTRE UN AUTEUR ET SON PRODUCTEUR. Walter Hill & Joel Silver Le tandem réhabilite le mâle taiseux et viril au tournant des 70s et des 80s (des Guerriers de la nuit aux Rues de feu), mais Silver évolue en ponte du blockbuster reaganien et pétaradant ; partisan d’une mélancolie moins vendeuse, Hill ne le retrouve qu’en 2012 pour le triste nanar Du plombdans la tête. Xavier Beauvois & Pascal Caucheteux Quatre films ensemble dans la sphère Art et Essai, dont un qui explose les compteurs et devient un succès populaire (Des hommes et des dieux), avant qu’arrive un échec ironiquement titré La Rançon de la gloire  : le moment pour Xavier de se réinventer auprès de Sylvie ?



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