Illimité n°272 décembre 2017
Illimité n°272 décembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°272 de décembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 140 Mo

  • Dans ce numéro : des étoiles plein les yeux...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 – Le guide suprême Par Raphaël Smith Photos DR – L'inspection Harry Mort en septembre dernier à 91 ans, Harry Dean Stanton, plus grand second couteau du cinéma américain, est la star et le sujet de Lucky, portrait d’un vieil ermite au soir de sa vie. Le character actor y récapitule tout ce qui a fait sa renommée  : des petits trucs de rien du tout qu’il transformait en purs instants de poésie. IL MARCHE DANS LE DÉSERT Incroyable mais vrai  : Harry Dean Stanton avait beau aligner quelque 200 titres de films et séries sur son CV, Lucky aura seulement été son deuxième (et dernier, donc) rôle en tête d’affiche. La première fois, tout le monde s’en souvient, c’était en 1984 dans la Palme d’or Paris, Texas. Devant la caméra de Wim Wenders, accompagné par la guitare slide de Ry Cooder, il promenait sa peau fripée et sa gueule de lézard ahuri dans des étendues désertiques avant de retrouver un semblant de raison grâce au pull Angora de Nastassja Kinski. Le réalisateur de Lucky, John Carroll Lynch, a bien retenu la leçon  : filmer Harry Dean traîner ses longues guibolles faméliques sous le cagnard du Sud des États-Unis, c’est déjà faire du cinéma. IL FUME Dans une scène de la dernière saison de Twin Peaks, Harry Dean Stanton s’allumait une clope et disait, très fier de lui  : « Je fume depuis 75 ans, tous les putains de jours. » Ce défi aux lois de la nature et aux politiques antitabac est le point de départ de Lucky  : l’histoire d’un vieil homme plus chanceux que les autres (Lucky, « Veinard », c’est son nom) qui grille deux paquets par jour mais se porte comme un charme à 90 ans passés. Malgré cette insolente santé, l’homme va soudain prendre conscience de sa mortalité. Le film ausculte ce moment de bascule, l’instant où Lucky comprend qu’il ne pourra pas éternellement jouer à cache-cache avec la faucheuse. Moralité ? Une crise existentielle, c’est encore plus beau dans les volutes de fumée. IL TIRE UNE TRONCHE DE SIX PIEDS DE LONG Les fans le savent  : la botte secrète de Harry Dean, son truc en plus, c’est quand il sourit. Il lève ses lèvres fines, si fines, dévoile ses ratiches (depuis quelques années  : un resplendissant dentier) et là, son public chavire. Mais pour que l’effet opère, il faut qu’il tire la gueule un maximum dans les scènes qui précèdent. Parce qu’il a beau être un adorable papy country, Stanton est aussi très bon dans le genre flippant – il a d’ailleurs passé sa vie à jouer les sales types. Lucky laisse donc d’abord planer le doute sur la nature du personnage, en s’attardant sur sa silhouette inquiétante de croque-mitaine. Va-t-il finir par dévoiler son humanité et nous décocher un de ses fameux sourires ? « Son visage, c’est déjà une histoire », disait de lui le poète cow-boy Sam Shepard. IL TRAÎNE AVEC DAVID LYNCH Harry Dean Stanton a tourné avec les meilleurs. Huston, Peckinpah, Milius, Carpenter, Coppola, Scorsese… La liste fout le vertige. Mais son pygmalion, son vrai compagnon de route, aura été David Lynch, qui l’a dirigé dans pas moins de quatre films  : Sailor et Lula, Twin Peaks  : Fire Walk Lucky Sortie le 13 décembre. IL CHANTE Au fil des années, HDS s’était fait une spécialité de pousser la chansonnette. Dans son living-room, sur scène avec les copains, mais aussi au cinéma, comme quand il accompagnait à la guitare le chemin de croix du taulard Paul Newman dans Luke la main froide… Lucky ayant été conçu, vous l’aurez compris, comme un gigantesque greatest hits du bonhomme, son climax émotionnel est un moment musical où Stanton entonne une ballade mariachi belle à pleurer. Vous pouvez aller faire un tour sur YouTube en attendant la sortie du film  : ses reprises de standards de Harry Nilsson ou Willie Nelson ne sont pas mal non plus. With Me, Une histoire vraie, et Inland Empire. Dans Lucky, Lynch est donc là aussi, dans la peau d’un vieux gentleman distingué qui vient d’égarer son animal de compagnie. Il a le cœur gros et on le comprend  : sa tortue centenaire faisait tellement partie du décor qu’il avait fini par l’imaginer éternelle. Toute ressemblance avec l’ami Harry Dean Stanton serait bien sûr tout sauf une coïncidence.
ABRACADABRA UNE COMÉDIE HYPNOTIQUE DE PABLO BERGER AU CINÉMA LE 3 JANVIER



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