Illimité n°271 novembre 2017
Illimité n°271 novembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°271 de novembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 138 Mo

  • Dans ce numéro : Nawell Madani rafle sa mise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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34 – Le grand papier ▶ ▶ La formule de C’est tout pour moi, ce serait Million Dollar Baby + Rocky + Flashdance ! On peut y voir aussi un double sens  : il contient l’idée qu’une femme qui veut percer dans le stand-up doit se comporter de manière hyper effrontée pour résister à la concurrence masculine. — Ça, c’est l’histoire de toutes les femmes. Comme le montre le film, j’ai enchaîné deux milieux masculins et impitoyables  : le hip-hop puis le stand-up. Toute nana qui a évolué auprès d’une majorité d’hommes sait comme c’est difficile. Et puis pour un père, c’est plus compliqué de laisser partir sa fille. C’est surtout ça que j’ai voulu raconter, d’ailleurs  : l’histoire d’un papa qui apprend à laisser sa fille prendre son envol. Et pour bien voler, elle doit se souvenir d’où elle vient et ne pas décevoir son père. C’est valable universellement, pas seulement au sein des familles d’origine maghrébine. Sans cette leçon-là, le film ne serait rien  : c’est comme le stand-up, tu ne peux pas te contenter d’enchaîner les vannes. Il te faut aussi du conflit et du sens moral. Je les ai trouvés dans le récit de ma relation avec mon père. Il y a cette réplique de François Berléand, qui joue le coach scénique de Lila, ton alter ego  : « Le plus important, c’est d’avoir quelque chose à raconter. » C’est ta première leçon de réalisatrice ? — Complètement. Quand j’ai commencé la scène, je pensais que j’avais juste à déballer ma niaque et mon pot-pourri de blagues. Qu’il suffisait de pointer un visage dans le public et de me foutre de lui pour faire rire les autres – d’ailleurs Lila le fait dans une scène et elle se prend le mur. Une comédie, c’est pareil  : si tu cours après le rire facile, les gens repartent sans rien emporter et le lendemain ils s’en foutent, de ta petite histoire. Pour moi, une comédie doit modifier ta vie comme le ferait un drame ou une fable, et pas juste « te-faire-passer-un-bon-moment ». Justement, là-dessus, le film rompt avec la comédie française habituelle  : le rythme que tu vises n’est pas celui du vaudeville, ni des mémoires distanciées. C’est presque celui d’un film d’action. — Écoute, en préparant le tournage, j’ai listé les films de mon enfance qui m’avaient le plus refilé la gagne. Ils venaient tous d’Amérique, et c’étaient des histoires de sport ou de danse  : Rocky, Flashdance, Karaté Kid… Quand j’étais gamine, je passais des heures chez moi à imiter des gestes de karatéka en répétant « lustrer, frotter », comme dans Karaté Kid ! Quand je suis déprimée, je revois systématiquement Rocky, pour me souvenir que la vie est dure pour tout le monde et qu’il faut avancer sans chouiner. J’ai cherché hé des modèles dans le cinéma francophone qui te procurent la même émotion  : rien. Pourquoi on n’aurait pas le droit, nous aussi, d’avoir notre Rocky qui nous redonne la rage ? Parce que la success story individuelle est un truc typiquement américain, non ? En France, on préfère l’esprit d’équipe… — Je voulais inclure ça aussi  : la coopération entre un Pygmalion et sa disciple. Mon film préféré, c’est Million Dollar Baby. Pas seulement parce qu’il y a une héroïne, hein, mais parce que la rencontre entre Hilary Swank et Eastwood marche à fond alors qu’elle est improbable. Comme avec le coach joué par François Berléand et mon perso… Voilà, la mule de C’est tout pour moi, ce serait Million for- Dollar Baby + Rocky + Flashdance ! Tu es une Belge d’origine algérienne, ne, ayant intégré la scène comique française et carburant aux influences hollywoodiennes. Tu vois ce mix culturel comme un atout pour modifier l’ADN du cinéma français ? — J’espère, mais pour moi le modifier ce n’est pas imiter l’Amérique. L’idée ce serait plutôt d’imposer des profils différents. L’acteur qui joue le papa, c’est un ancien chauffeur Uber. Il venait me chercher après mes spectacles, et je le trouvais parfait pour jouer un père à la fois doux et charismatique. Il n’avait jamais rien joué, il a galéré pour apprendre son texte, mais il est bluffant à l’image et aujourd’hui il tourne son deuxième film. C’est ça, pour moi, faire bouger le ciné d’ici.
C’est tout pour moi Sortie le 29 novembre. – Million Dollar Daddy En jouant le mentor de Nawell sur les planches, François Berléand raconterait-il sa vocation de pygmalion du jeune cinéma français ? D’après Nawell, le choix de Berléand s’imposait pour une raison simple  : son papounet était fan de lui depuis Le Transporteur. De là à dire qu’elle s’est trouvé un père de substitution pour compenser l’absence d’un père biolo- gique resté au bercail, il n’y a qu’un pas. C’est d’ailleurs de plus en plus la condition de Berléand, habitué aux premiers films auxquels il apporte une street cred grâce à sa bonhomie à la fois lunaire et maîtrisée. Cette fois-ci, il endosse explicitement le costume du coach, avec cette « mono-expression d’ours grincheux » (dixit Nawell), dans le sillage du Eastwood de Million Dollar Baby. Le modèle avoué de la réal fait s’esclaffer François. « Eastwood si elle veut, mais alors le talent en moins ! Elle voulait cette figure du pygmalion, et c’est vrai que, par la force des choses, j’ai tenu ce rôle dans l’histoire et sur le tournage  : comme Nawellavait tendance à dégai- ner des tas de nouvelles idées à la minute, moi, je la freinais  : « Le texte, Nawell ! du jeune cinéma populaire ? « Je suis attiré par les premiers films à cause de Tiens-t’en au texte ! » » Revendique-t-il cette place de mentor dans le paysage leur ambiance électrisante, fougueuse, ça tâtonne, ça se cherche. Mais il ne s’agit pas de m’imposer comme mentor  : c’est moi qui apprends, aussi. Le stand-up par exemple, je n’y connais rien  : je viens du théâtre où l’acteur est au service du texte. Dans le stand-up c’est l’inverse. Donc je ne suis pas vraiment le coach rigide de Million Dollar Baby. D’ailleurs, ma référence à moi, ce serait plutôt My Fair Lady (de George Cukor en 1964), que j’ai découvert tout jeune et qui m’avait ébloui sur les rapports d’influence entre maître et élève. Question de génération, sans doute ! » Tes modèles américains supposent d’aller chercher une énergie sportive que l'on trouve peu dans le cinéma français… — Peu, c’est vrai, mais elle existe  : prends les films d’Audiard, ou ceux de Dupontel ! J’ai adoré Deux jours à tuer pour ça. Après, le but n’était pas de faire un film d’action mais de transmettre une rage qui permette aux gens 35 de se construire en partant de rien. Et, tu sais quoi, j’ai l’impression que ça marche  : je reçois des tas de messages de mamans qui me disent  : « Mon fils a décidé de reprendre le foot après avoir vu l’avant-première de votre film. » Ou bien  : « J’ai envie de découvrir le stand-up grâce à toi. » Tiens, regarde, je les stocke sur mon téléphone, c’est pour me remonter le moral quand je vais mal.



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