Illimité n°271 novembre 2017
Illimité n°271 novembre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°271 de novembre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 138 Mo

  • Dans ce numéro : Nawell Madani rafle sa mise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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18 – Portrait Par Romain Thoral Photo RC – La grande Do-Dosch Quatre ans après La Bataille de Solférino, Lætitia Dosch repasse son concours de meilleur espoir féminin dans Jeune femme, de Léonor Séraille. Avec l’ambition, cette fois, de s’installer pour de bon dans le paysage du cinéma français. Les journalistes ciné ont parfois le nez à ce point dans le guidon (et dans leur nombril) qu’ils leur arrivent de confondre succès public et carton critique. On l’a expérimenté pas plus tard qu’un chaud vendredi d’octobre face à Lætitia Dosch. On dégaine notre première question, pas la plus inspirée  : « Alors Laetitia, on ne vous avait plus vu en premier rôle depuis le succès de La Bataille de Solférino de Justine Triet. Pourquoi tout ce temps ? » Un blanc. Un peu long, tiens. « Un succès ? Euh La Bataille… a fait à peine plus de 35 000 entrées. Désolée de vous l’annoncer, j’en suis la première attristée. C’est un film où les acteurs crient beaucoup. Les spectateurs qui sortent du travail, ça doit les saouler d’entendre des gens gueuler autant, je peux le comprendre. Dommage, c’est un film formidable. Et 35 000 entrées, c’est vraiment peu. » Voilà comment ce métier peut intoxiquer  : le pavé de presse délirant qui avait accompagné la sortie de La Bataille… et la starification immédiate de son protagoniste masculin (Vincent Macaigne) nous avait semblé aller de pair avec un joli petit bouche-à-oreille dans le circuit art et essai. En fait non, pas vraiment. Lætitia Dosch reste une mascotte underground, et pas tout à fait l’icône arty qu’on avait en tête. Ça n’invalide pas tant que ça notre interrogation face à sa discrétion dans le paysage, ça explique un peu pourquoi tous les directeurs de casting de Paris ne se la sont pas forcément arrachée depuis. Ceci dit, après La Bataille…, elle n’a pas vraiment chômé non plus. Quelques troisièmes rôles chez des cinéastes qui comptent (Maïwenn, Honoré, Corsini), beaucoup de théâtre (pas seulement subventionné), un one man show hardcore (Laetitia fait péter…) et quelques articles écrits pour Les Cahiers du cinéma (dont un assez fameux à propos de sa passion pour Didier Bourdon) histoire de délimiter la rive (gauche) sur laquelle peut bien se situer sa cinéphilie. « J’avais de quoi m’occuper, mais c’était pas « La réalisatrice Léonor voulait une femme comme Patrick Dewaere. » facile de trouver du boulot au cinéma. Les gens de l’industrie me disaient  : « On ne sait pas trop où te mettre, on n’arrive pas à savoir si tu es belle ou moche. » C’est pas le truc le plus agréable du monde à entendre – en fait c’est même parfaitement scandaleux d’oser dire ça à quelqu’un. Et puis les quelques fois où je suis arrivée à décrocher un premier rôle, les financeurs, c’est-à-dire les mecs des chaînes télé, trouvaient que je n’étais pas assez connue. Le projet me passait finalement sous le nez… » Quelques années donc dans le sas de décompression du métier, pas l’endroit le plus sympa du monde, avant qu’une porte ne s’ouvre, en l’occurrence celle de la rookie Léonor Séraille, – qui, comme son nom l’indique, vient de la Fémis. « Léonor avait écrit ce script, que je trouvais très singulier, et elle m’a avoué qu’elle l’avait conçu en pensant à Patrick Dewaere… Le film s’appelait déjà Jeune femme, hein, pas Jeune homme, mais impossible pour
Jeune femme Sortie le 1er novembre. elle d’imaginer une actrice l’interpréter, ce qui raconte bien les paradoxes assez fascinants qui l’animent. Elle voulait une femme comme lui et elle ne savait pas où la trouver, jusqu’à ce qu’elle tombe sur moi (rires). On s’est refait toute la filmo de Dewaere ensemble, ça m’a beaucoup travaillé cette histoire, mais je n’ai jamais cherché à le singer évidemment. J’ai surtout compris que Léonor voulait un mélange de fragilité et de vigueur et ça, je crois que je sais faire. » Odyssée citadine d’une trentenaire qui perd soudainement toutes ses attaches (mais pas son chat) avant de tout reconstruire pièce par pièce, Jeune femme est un drôle de cut-up doux-amer, une juxtaposition d’effets impressionnistes et de saynètes naturalistes qui donnent parfois l’impression de naviguer à vue. Le film trouve son sens dans un dernier plan assez inoubliable qui délimite soudainement son horizon de cinéma. Eurêka  : ces petites vignettes-là, qui piochent autant chez Loach et Sofia Coppola que chez Amos Kollek, étaient in fine le récit d’une métamorphose qu’on a à peine vue passer alors que nos yeux étaient bel et bien rivés sur l’écran. Pour que cette idée poétique fasse sens, qu’elle ne s’échoue pas sur les rivages secs de la pure théorie, il fallait une figure singulière pour lui donner de la chair, un sourire et une petite émotion. Par exemple, une actrice à ce point frappante qu’elle dépasserait tranquillement le clivage moche/belle et imposerait, pourquoi pas, une nouvelle charte de la girl next door, ces filles qu’on croise dans la rue vêtues de leur seul charme. Dans Jeune femme, Lætitia Dosch tente ce truc, un peu inouï, où la proximité débouche sur de la performance, où le naturalisme se transforme en haute couture. Le récit d’une métamorphose, donc, d’un bout à l’autre. Dosch a trouvé son écrin. « Devenir une autre, se transformer, c’est le truc le plus excitant à jouer, vous imaginez bien. Mais la vraie métamorphose, pour moi, ça serait qu’un de mes films fasse plus de 35 000 entrées. »



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