Illimité n°270 octobre 2017
Illimité n°270 octobre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°270 de octobre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 134 Mo

  • Dans ce numéro : Dupontel, tout en haut...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 34 - 35  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
34 35
34 – Le grand papier ▶ ▶ assisté à chaque scène mais qu’Édouard en soit l’attraction, c’était toute la difficulté dans l’écriture et le travail d’adaptation. Jusque-là, tes films s’amusaient à jouer aux montagnes russes, à mitrailler dans tous les coins ou à tourner ouvertement en rond. C’était le sujet du Créateur, par exemple. Au revoir là-haut, lui, vise une forme de fluidité dans le storytelling et d’uniformité dans le ton qui donnent l’impression que tu as voulu rebooter ta machinerie de cinéaste. — Non, c’est juste le storytelling du bouquin que j’essaie de traduire en langage cinéma et, dans ce cas-là, je m’accroche à la narration et rien d’autre – ce qui est nouveau pour moi, oui. La fluidité du récit, ça a été un vrai casse-tête  : il y a pile un an, on finissait le premier montage du film, il faisait 2 h 20. On a raboté pendant de longues semaines pour arriver à 2 h 05. Là je me dis  : on est bien, on est secs, on a coupé tout ce qu’on a pu. Impossible de resserrer plus que ça. Je vais le montrer au public. On organise quelques projos en Le mec qui a fait Bernie, il est mort ! secret  : on arrive à 1 h 52 ! On a fait quinze villes différentes. Je coupais une minute à chaque nouvelle séance ! Quand tu regardes ton film seul devant ton banc de montage, tu finis par ne plus rien voir. Quand tu le revois avec un public de quidams autour de toi, c’est comme si les gens t’offraient leur regard tout neuf. Et soudainement tu identifies tous les problèmes. C’est vertigineux. L’idée que le film détonne complètement dans ta filmo n’a pas l’air de vraiment t’intéresser… — Explique-moi comment tu ressens ça, alors… Disons qu’il y avait un vrai un truc de vase clos dans tes films jusque-là, un univers très singulier que tu déclinais sans cesse, un peu à la manière de Bertrand Blier par exemple. Là, le film délimite un nouvel horizon, vraiment plus vaste, plus ouvert… — C’est marrant que tu cites Blier parce que beaucoup de gens m’ont dissuadé de faire le film. Lui notamment. Mais c’est un grand poète, Blier  : moi je suis dans un microcosme, lui est dans un univers complet. Je savais simplement que, dans le cas d’Au revoir là-haut, derrière le film d’époque ne se logeait pas une œuvre friquée et anonyme mais qu’il y avait quelque chose de puissant, d’émouvant et de contestataire dans ce récit. Du coup, j’ai quand même l’impression de creuser toujours le même sillon, même si le budget n’est plus le même, oui… Néanmoins Neuf mois ferme était déjà, à sa manière, une forme d’ouverture vers le mainstream et Au revoir là-haut, de ce point de vue, ouvre complètement les vannes… — Ok mais, tu sais, le mec qui a fait Bernie, il est mort, hein ! Si vieillir, c’est apprendre le sens de la nuance, comme disait Nietzsche,
alors oui, je vieillis et c’est très bien comme ça. Je vais pas mettre des coups de pelle dans la tronche jusqu’à la retraite. Je ne les citerai pas mais un paquet de cinéastes désormais âgés continuent de faire des films comme s’ils avaient 25 ans. C’est très embarrassant. C’est donc impossible de rester une icône de la contre-culture toute sa vie ? J’ai rien d’une icône et absolument rien de contre culturel. Je suis un petit-bourgeois qui fait des films antibourgeois tolérés par le système. La vie, elle est gentille avec moi, elle est douce. J’ai le droit de faire des films, je suis encore vivant, je vais pas me plaindre… Et puis tu sais, la colère contre le monde qu’il pouvait y avoir dans Bernie, elle est toujours là dans Au revoir là-haut. C’est encore l’histoire d’un mec qui se bat contre un système qui l’oppresse. Édouard Pericourt, c’est une vraie icône contre culturelle, lui. Tu as choisi Nahuel Pérez Biscayart pour l’incarner, qu’on a vu récemment dans 120 Battements par minute. Il passe 90% du film masqué et les seuls trucs qui sortent de sa bouche sont des borborygmes. Pourtant c’est une performance de jeu stupéfiante… — Les jeunes premiers, assez connus, qu’on a contactés se sont rendu compte que c’était un rôle qui promettait une performance, comme on dit. « Des masques ? Pas de dialogues ? Non, merci. » Ils ne comprenaient pas que c’était un beau rôle, en tout cas leur narcissisme les empêchait de le comprendre. Et puis on est tombé sur Nahuel, qui n’avait pas encore fait 120 Bpm. Il a tout de suite compris que les masques faisaient comprendre le personnage, qu’on le voyait mieux comme ça. Souvent le visage cache tout. Là, il n’y a pas plus que le regard et le mouvement du corps  : c’est l’expression la plus pure du jeu. Ce qui ne bouge pas, par rapport à tes films précédents, c’est que tu joues encore un des rôles principaux. C’est inenvisageable pour toi de ne pas figurer dans un de tes films ? — Je ne devais pas y être ! J’ai remplacé au ALBERT DUPONTEL LES 3 DATES 35 1990  : Parrainé par Patrick Sébastien, son Sale Spectacle devient l’un des one man shows les plus cultissimes jamais vu ici. Sa suite, sobrement intitulée le Sale Spectacle 2, sera encore meilleure. Statut de petite vedette en poche, Dupontel va ensuite tout faire pour accéder à ses rêves de cinéma. Objectif atteint six ans plus tard avec Bernie. 2002  : Second couteau planqué derrière le couple tabloïd Vincent Cassel/Monica Bellucci, il électrise de sa présence tout en nerfs et en muscles le traumatisant Irréversible de Gaspar Noé. Le film marque par ailleurs son appartenance à une joyeuse bande de francs-tireurs (composé également de Kounen, Kassovitz ou Boukhrief) qui tiennent à dynamiter la sagesse du cinoche hexagonal. 2013  : Son sixième film, 9 mois ferme, avec Sandrine Kiberlain, fait péter le box-office à la surprise de tout le monde et finit au-dessus des deux millions d’entrées. Dupontel devient subitement un cinéaste bankable aux yeux de l’industrie. C’était le moment ou jamais pour rêver d’un film d’époque à 16 millions d’euros, non ? pied levé Bouli Lanners qui a eu un gros coup de pompe juste avant le tournage. Je voulais vraiment me mettre en retrait sur ce film, vu le budget, vu la looongue préparation et la peur que mon propre regard devienne moins objectif. Et puis il a fallu… Mais, quelque part, ta présence devant la caméra, ton débit mitraillette, ta dégaine burlesque impriment au film ta personnalité de metteur en scène. On a du mal à imaginer un film de Dupontel sans Dupontel. D’ailleurs ça n’existe pas. — C’est ce qu’on dit après coup, ça. Quand un rôle est incarné, on n’imagine personne d’autre dedans, mais c’est une vue de l’esprit. Jouer dans mes films, ce n’est rien d’autre qu’une commodité. Je crois surtout que je suis un auteur limité qui camoufle ses manques en se foutant un nez rouge devant la caméra. Si je fais des grimaces, c’est juste pour que le spectateur ne remarque pas trop les défaillances du scénario ou de ma mise en scène. C’est pas une ambition. Juste un élément de plus dans ma petite boîte à outils.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :