Illimité n°270 octobre 2017
Illimité n°270 octobre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°270 de octobre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 134 Mo

  • Dans ce numéro : Dupontel, tout en haut...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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22 – La filmo commentée Par Anouk Brissac Photos Romain Cole & DR – Du travail de pro « Je veux sauver mes personnages. Délabrer l’être humain, non. » Numéro Une Sortie le 11 octobre. Poignée de main tonique et « parlé » clair, silhouette élégante et agenda chargé, Tonie Marshall pourrait être un transfuge de Numéro Une, son nouveau film où elle décrypte l’accession d’une femme à la tête d’une boîte du CAC 40. Si le travail est ici une fin en soi, la réalisatrice a, depuis toujours, filmé des héroïnes dans l’exercice de leur métier. Elle les commente à nos côtés. Pas très catholique (1994) Attributs de la working-girl  : moustache, lunettes, postiche. « Le métier du personnage, c’est la première question que je me pose  : qu’est-ce qu’elle fait ? Je dois être protestante au fond, le travail avant tout ! (Rires.) Une profession est un vecteur d’écriture. Elle induit un comportement, une subjectivité, un emploi du temps, une économie, une corporalité, des habitudes, un environnement. Ici, Maxime (Anémone) est détective privé. Ce choix était fondamental, mais je ne me dis jamais « c’est un métier de femme/c’est un métier d’homme ». Je ne raisonne pas en genre mais en singularité. J’ai choisi détective pour le potentiel de « réinvention de soi » qu’il contient  : Maxime quitte une vie de bourgeoise avec mari et enfant dans laquelle elle étouffe pour se recréer elle-même en espionnant la vie des autres. Et l’exercice de ce job lui permet, très concrètement, de se libérer. C’est toute l’idée du film. » Vénus Beauté (Institut) (1999) Attributs de la working-girl  : maillot, demi-jambes, aisselles. « Ça veut dire quoi d’avoir comme activité quotidienne « esthéticienne » ? Qui on rencontre, lorsque l’on travaille et que les gens se détendent ? Réponse  : des gens qui parlent. C’est en fréquentant le minuscule institut en bas de chez moi que m’est venue l’idée du film. Les parois étaient fines comme du papier à cigarette, j’entendais des choses hallucinantes  : une femme qui parlait de la guerre d’Algérie entre deux décolorations, une autre qui confiait ne pas aimer sa fille, etc. J’ai fait mon enquête de terrain en restant allongée ! D’un point de vue scénographique, ce lieu de travail compartimenté en cabines faussement isolées, c’était idéal. Sans oublier l’aspect tactile de ce métier, l’atmosphère tamisée… Pour revenir au « genre », là, j’ai voulu confronter cet emploi traditionnellement féminin au comportement affectif d’Angèle (Nathalie Baye), qui a une liberté dans sa façon d’aborder les rencontres sexuelles, digne de celle d’un homme. »
France Boutique (2003) Attributs de la working-girl  : télé, CB, shopping. « Je ne suis pas documentariste mais, dans mon travail d’écriture, je pars d’éléments du réel précis sur lesquels je construis la fiction et la dramaturgie. Ici, c’est le Téléshopping de TF1 présenté par Pierre Bellemare. J’adorais ! C’était extraordinairement drôle et poétique, cette manière de parler d’une planche à décongeler. Là aussi, le milieu professionnel a primé et dessiné le canevas du film  : les plateaux TV, les enregistrements, etc. Je raconte, par-dessus, un couple qui se défait. Moi, je filme des femmes actives. Si je filmais une chômeuse, elle transcenderait activement sa condition ; une ouvrière, ça serait une syndicaliste à la Norma Rae (Martin Ritt, 1979). Je veux sauver mes personnages, pas en faire des victimes, les martyriser. Délabrer l’être humain, non. » Tu veux ou tu veux pas (2014) Attributs de la working-girl  : b…, nichons, c… « Sophie Marceau en conseillère conjugale nymphomane ! Initialement, je voulais faire une série sur des conseillers conjugaux obligés de travailler ensemble sur le principe de la série Clair de lune  : deux personnages qui ne peuvent pas coucher ensemble mais passent leurs journées à guider les autres dans leur sexualité ! On avait écrit des 26 minutes drolatiques, mais ça n’a pas pu se faire. J’ai récupéré l’idée, on a rétréci, condensé et voilà. Ici, comme dans Vénus Beauté, où la professionnelle qui refuse de se remettre en question devient l’éponge des interrogations des autres, le mental « intime » entre en opposition avec le mental « professionnel ». C’est toujours payant, cette confrontation dans un récit. Mon héroïne est écrite avec l’idée d’une très grande indépendance. J’aime que mes personnages soient insubordonnés à ce qu’on peut penser d’eux et du chemin qu’ils vont prendre. » Numéro Une (2017) Attributs de la working-girl  : N+1, MEDEF, PDG. « Plus que tous mes films, on est ici clairement focalisé sur le métier, son application, ses conséquences sur la vie de l’héroïne, Emmanuelle (Devos), une ingénieure portée par un réseau féminin influent qui veut la placer à la présidence d’une entreprise du CAC 40. Numéro Une est aussi le suc d’un projet initial de série sur un club féministe d’entreprise avec huit personnages principaux. Pour chaque épisode  : un dîner, un invité, une thématique, un milieu professionnel (politique, industrie, médias, édition). Je voulais interroger l’ambition et les difficultés, pour les femmes, d’arriver à des « decisionmaking positions ». Leur choc contre le fameux plafond de verre. On m’a dit  : « Qui ça va intéresser ? C’est une audience de niche. » Niche ? On est quand même 52% de la population. Bref. J’ai fait une enquête dans les réseaux, rencontré des femmes à de très hauts postes. Elles m’ont raconté tout ce qui est dans le film et encore, je suis en dessous de la vérité. Elles me disaient  : « N’hésitez pas à les faire parler violent et cru. » On a essayé avec Marion Doussot, ma coscénariste, ça ne fonctionnait pas. On s’est dit  : « On va avoir l’air de viragos. » Ça se retournait contre nous. Ceci dit, dans mon milieu, je n’ai jamais entendu qu’un film ne se faisait pas parce qu’il était réalisé par une femme. En revanche, il n’y a sans doute pas assez de productrices, de distributrices, sans parler de financières. Je réfute l’appellation « film de femme ». En 2000, j’étais invitée à un festival à Seattle pour Vénus Beauté. Sur le programme il était écrit  : film documentaire, film animalier, film de femme. Gloups. »



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