Illimité n°270 octobre 2017
Illimité n°270 octobre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°270 de octobre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 134 Mo

  • Dans ce numéro : Dupontel, tout en haut...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 – Rencontre Texte et photo Romain Cole & DR – Deux hommes et un coup fin Un mariage, des petites mains qui s’affairent, des invités qui s’impatientent, un DJ à l’ego hypertrophié et, au milieu de tout ça, l’astre (noir) Bacri dans le rôle de l’organisateur en chef. Conçu comme une fable douce-amère qui tourbillonne pour mieux nous enivrer, Le Sens de la fête, le nouveau film du duo Nakache-Toledano, ne ressemble à rien de connu dans le paysage de la comédie française – même pas à leurs films précédents. Rencontre avec deux rigolos qui ont fini par se trouver une âme de styliste. Le Sens de la fête ressemble à un film où vous décidez de mettre à jour votre logiciel interne. Il y a, d’une part, beaucoup plus de gags et de punchlines que dans vos films précédents, mais surtout cette volonté affichée de franchir une étape esthétique. C’était conscient tout ça ? — Olivier Nakache  : Pour les punchlines, comme tu dis, c’est lié au fait qu’on travaillait pour la première fois dans le registre du film choral. C’était un symptôme qu’on avait remarqué en étudiant de près de nombreux « films de troupe »  : tout le monde y causait de la même façon. Nous, on voulait bien séparer les personnages les uns des autres. On n’avait pas le choix  : il fallait que les protagonistes, nombreux, aient des personnalités très affirmées pour ne pas qu’on les confonde. Ça passait donc par des dialogues très affirmés, très cisaillés, plus que d’habitude, ouais, pour que les spectateurs saisissent vite leur nature et leur caractère. — Éric Toledano  : Après, pour ce qui est de la forme, c’est lié aux « risques du métier », si je puis dire. Quand Intouchables se met à « déraisonner » et à faire 20 millions de spectateurs, c’est à nous de nous imposer de vraies ambitions. Sinon, on rentre dans un système où la liberté artistique, qui est rare à acquérir, devient finalement moins féconde que les contraintes. Ce qui serait absurde. On s’est donc fixé un cap  : plein de personnages, une soirée, un décor unique. Comment faire marrer les gens ainsi ? Et comment faire en sorte que tout ça ait de l’allure ? La facture justement ça vous a toujours un peu obsédés. Vous embauchez systématiquement des chefs ops qui sont des pointures, et vous en changez très fréquemment, comme si chaque film devait se définir avant tout par son look. Là, par exemple, vous avez pris David Chizallet qui avait éclairé Mustang notamment… — E.T.  : Déjà, merci de l’avoir remarqué. (Rires.) Ce sont des choix effectivement très calculés. Généralement, la comédie est très peu considérée sur son versant esthétique, mais nous, on part du principe que TOUS nos films pourraient aussi être des drames. Donc on ne veut pas se laisser intoxiquer par l’idée qu’une comédie ne doit être que des gags filmés comme à la télé. De fait, on a très envie de bosser avec des chefs ops qui ont bossé avec des gens comme Honoré, Audiard ou Deniz Gamze Ergüven, parce qu’on ne veut pas croire au distinguo qui opposerait la comédie aux « vrais » films de cinéma. — O.N.  : Après, on ne va pas se mentir non plus, c’est vraiment Intouchables qui nous a
Le Sens de la fête Sortie le 4 octobre. poussés dans l’affirmation d’une esthétique. Avant, on y faisait moins gaffe… — E.T.  : Woody Allen a expliqué ça un jour. Ça m’a vraiment marqué, la manière dont sa rencontre avec le chef op Gordon Willis, qui a notamment éclairé Le Parrain, Ndlr, l’a poussé à affirmer son désir de cinéma. Avant, à l’époque de Bananas et autres, ça l’intéressait peu, il faisait ses gammes en fait. Et, une fois qu’il bosse avec Willis, il décide très consciemment de passer un cap et enchaîne dans la foulée Annie Hall et Manhattan. À notre tout petit niveau, on essaie de suivre ce chemin-là. De toute façon, on n’a pas le choix  : à quoi ça sert de faire des films si on n’évolue pas ? C’est pas de l’épicerie ce métier… Oui, enfin ça, c’est pas ce que pense la doxa industrielle. À ce sujet-là, d’ailleurs, là où 95% des comédies françaises sont financées sur des concepts comiques qui tiennent en six mots, vous continuez, vous, à refuser la dictature du film à pitch. — E.T.  : C’est un leurre, cette idée de la comédie à pitch. Le film parvient rarement à dépasser les six mots de son concept. Ça devrait juste faire de bons courts-métrages. « Et si Johnny Hallyday n’avait jamais existé ? » ou « C’est l’histoire d’un mec qui ne sait pas dire non ». Super concepts mais va tenir 1h40 là-dessus… C’est oublier qu’on juge surtout un film, et toute œuvre d’art, à sa nécessité d’exister. Chacun de nos films était nécessaire pour nous, au sens de vital. Tu passes trois ans au minimum sur chaque film, t’as intérêt à être impliqué émotionnellement. Pour Le Sens de la fête, on voulait causer de la manière dont, dans un univers super anxiogène, un groupe a besoin de s’unir pour ne pas imploser. On avait besoin de ça, maintenant, en 2017. Vraiment. C’est le même genre de principes qui vous poussent à ne pas donner de suite à vos films ? Par exemple, j’ai l’impression que la France entière attend une suite à Nos jours heureux… Mais que ça n’arrivera jamais. — O.N.  : Ah oui, l’histoire est bouclée. On ne veut surtout pas retourner là-dedans. Rien à ajouter. Il peut y avoir un certain plaisir quand même dans l’idée d’une suite. Outre celui de s’acheter une villa en Corse… — O.N.  : … En Corse du Sud, surtout ! (Rires.) On peut aussi retrouver, en tant qu’auteur, des personnages qu’on a aimés, établir un lien mélancolique avec eux, faire aussi plaisir à un public qui est demandeur… — E.T.  : C’est juste, ce que tu dis, mais… Je sais pas mais je crois qu’on aurait trop peur de décevoir et d’abîmer le premier film. Ça doit être une sensation trop douloureuse et qui peut te couler pour de bon. — O.N.  : Et puis, on peut toujours aller à l’hôtel en Corse du Sud, c’est sympa aussi. (Rires.) Après c’est vrai qu’il doit y avoir un certain plaisir à retrouver des personnages que tu as créés quelques années plus tard. C’est tentant de ce point de vue-là. Mais nous, ce rapport au temps qui passe, on l’établit en tournant souvent avec les mêmes acteurs. Que ce soit Jean-Paul Rouve ou Omar Sy, on les a filmés à différents f âges de leur vie, et le lien émotionnel lors de l’écriture s’établit plus avec l’acteur qu’avec le personnage. À ce sujet, après Samba, Le Sens de la fête est le deuxième film d’affilée qui semble conçu comme un véritable véhicule pour sa vedette. Le premier ne pouvait pas exister sans Omar Sy, celui-là est inimaginable sans Jean-Pierre Bacri. — E.T.  : Disons que c’est très visible dans les deux derniers, oui, mais on écrit toujours avec des acteurs très précis en tête. Ça nous joue des tours parfois d’ailleurs… Celui-là, si Bacri disait non, on était très mal. On remettait le script dans un tiroir, quoi. Avec Omar, c’est 17 un peu différent f  : on le connaît depuis nos premiers courts, il y a vingt ans. Donc quand tu dis « véhicule » … — O.N.  : Ouais, à l’époque le véhicule c’était plutôt une mobylette quoi. (Rires.) Le temps a fait qu’écrire pour Omar est presque devenu une seconde nature, un muscle qu’on a beaucoup exercé… Maintenant, Le Sens de la fête est certes pensé autour de Bacri, mais c’est quand même très choral, non ? Ah oui oui complètement… D’ailleurs dans le choix super éclectique des seconds rôles, on sent une envie de réunir plusieurs familles de cinéma, de ne pas rester, comme vous disiez, dans l’opposition comédies/« vrais » films de cinéma. Ça brasse… — O.N.  : C’est une grosse partie du jus créatif, le désir que tu peux avoir vis-à-vis des acteurs. C’est pour ça aussi que les suites ne nous tentent pas trop. On a trop besoin d’aller « croiser le fer » avec des mecs qu’on ne connaît pas et qui nous fascinent un peu. Une fois de plus, l’idée c’est de ne pas rester trop sur ses acquis, de ne pas usiner ce qu’on attend de toi. — E.T.  : On a senti que Samba avait pu déstabiliser une partie du public, mais je crois que c’était un choix payant sur le long terme. On n’a pas voulu refourguer un ersatz d’Intouchables et peut-être que le public a compris qu’on chercherait toujours à le surprendre un peu. J’espère que cela a installé un rapport de confiance. C’est Le Sens de la fête qui validera, ou non, cette hypothèse…



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