Illimité n°270 octobre 2017
Illimité n°270 octobre 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°270 de octobre 2017

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : UGC Ciné Cité

  • Format : (200 x 285) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 134 Mo

  • Dans ce numéro : Dupontel, tout en haut...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Interview Par Romain Thoral Photo Romain Cole – Haneke leu leu ! Avec Happy End, le très sérieux Michael Haneke succombe aux délices de la farce déconnante. Rencontre en VF… Et avec le sourire, s’il vous plaît ! Happy End fonctionne un peu comme un jeu de pistes et je… — Un quoi ? Un « jeu de pistes » ? Qu’est-ce que c’est ? Disons que, de manière assez joueuse, vous nous sommez de chercher la nature du film à mesure que celui-ci avance… — Oui, exact. Et vous ne la révélez qu’aux deux tiers. — C’est plutôt agréable, ça, non ? Ce qui m’amuse, c’est de jouer avec votre intelligence. Quand je vais au cinéma, ça me fait plaisir d’avoir un peu de travail devant le film. Si l’on me donne tout de manière évidente, que ce soit le sujet, les explications, les émotions, alors c’est de la télévision, pas du cinéma. Le film se révèle être une comédie et ça, vraiment, on ne s’y attendait pas… — (Rires.) Oui, on me dit ça aussi, que le film est drôle. Ça me fait très plaisir. Attendez, ce n’était pas fait exprès ? — Si, si, un peu. C’est quand même une farce. Mais pas seulement, j’espère. J’ai l’impression que ce choix de la comédie est une manière de vous adresser à certains de vos héritiers… — En quel sens ? Vous faites un film à la fois compilatoire et assez inédit dans votre œuvre. Comme si vous leur disiez  : « N’essayez pas de me copier, je suis le seul à pouvoir faire du Haneke en étant surprenant. » — (Rires.) C’est drôle, votre idée, mais je ne me suis jamais préoccupé de ça. J’entends parfois les journalistes dire à propos des films de mes jeunes confrères  : « Ça ressemble à du Happy End Sortie le 4 octobre Misanthrope, moi ? Haneke. » C’est parfaitement inintéressant. Tout ça parce qu’ils font des films en plans fixes et qu’ils aiment les plans-séquences. Vous êtes quand même d’accord pour dire que vous avez derrière vous une sacrée horde de suiveurs ? — Oui, peut-être. Mais il faut se détacher de ça. Comme moi j’ai essayé de me détacher de l’influence de Bresson, par exemple. Je donne justement des cours dans une école de cinéma et la première chose que je dis à mes élèves c’est  : ne faites pas un film à la Haneke. Ça ne donne que des choses nulles. Comme quand tout le monde voulait à un moment faire son film à la Cassavetes. Mais une fois de plus, il faut arrêter de dire que les réalisateurs qui aiment les plans fixes font du Haneke. C’est trop simpliste. Attendez, votre style ne se caractérise pas uniquement par l’usage des plans fixes quand même… — Quoi d’autre ? Dites-moi. Déjà, il y a une forme de misanthropie assez cruelle… — Misanthropie ? Ah non. Ça, je refuse. J’aime les gens. Tous mes acteurs vous diront à quel point je les aime. Je fais des drames, je parle de choses noires comme Ibsen ou Strindberg à leur époque. Nous parlons du péché, de la culpabilité  : c’est ça la force du drame. Oui, mais on peut aussi l’amener vers une forme de lyrisme… — Bien sûr, mais aujourd’hui tout est saturé par une grâce complètement artificielle. C’est du mensonge pour calmer les gens. On leur dit que tout va bien  : ça, c’est méprisant. Ça, c’est misanthrope. Si on prend le drame pour ce qu’il est, alors vous n'avez pas le choix  : il faut fâcher les gens.



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