IGN Magazine n°98 avr/mai/jun 2020
IGN Magazine n°98 avr/mai/jun 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°98 de avr/mai/jun 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : IGN

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : la géodata au service de la biodiversité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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L E DOSSIER Reviens, la nuit L’IGN réalise des prises de vue aériennes nocturnes pour les collectivités. L’enjeu  : créer des trames noires pour assurer aux espèces nocturnes un maillage de corridors peu éclairés, jusqu’en zone urbaine. Orthophotographie nocturne de la ville de Genève. Les autorités ont engagé la réflexion sur la réduction des émissions lumineuses nocturnes pour restaurer des continuums non éclairés en réponse au déclin alarmant des populations de chauve-souris. Romain Sordello Expert trame verte et bleue et pollution lumineuse à l’UMS PatriNat (OFB-CNRS-MNHN) Quelles sont les conséquences de la pollution lumineuse sur la biodiversité nocturne ? Au même titre que des barrières physiques, la lumière se dresse en obstacle pour un grand nombre d’espèces animales terrestres. La pollution lumineuse qu’elle génère conjugue notamment la fragmentation des habitats, la baisse de la pollinisation, de nombreux dérèglements biologiques mais aussi démographiques. 14/IGN MAGAZINE/PRINTEMPS 2020 3 Q U E S T I O N S À Pour aider les collectivités à appréhender l’impact de l’éclairage artificiel, l’IGN réalise des cartes à partir d’orthophotographies nocturnes. « Nous avons lancé les premières expérimentations en 2008 pour les gestionnaires d’éclairage public soucieux d’optimiser leur consommation, explique Sylvain Airault, chef du service d’imagerie et de l’aéronautique à l’IGN. Nous avons été rattrapés par l’irruption dans le débat public du concept de trame noire. » Vers une science de l’éclairage ? Pour conjurer le risque d’images floues lié à un temps d’exposition plus long que de jour, l’IGN a mis au point des caméras capables de corriger automatiquement le mouvement de l’avion. Les photos sont assemblées à partir des données de localisation. Les premières cartes ont été produites pour l’Île-de-France, Metz, Genève et Nantes. Pour cette dernière, un retraitement a été proposé par le Cerema 1. Il distingue en noir sur une carte jaune les secteurs où la luminosité est inférieure à 3 sur une échelle de 10. Une carte très facile à superposer aux inventaires des espèces naturelles et aux plans d’urbanisme. « La trame noire est au centre des débats sur l’élaboration de notre schéma de cohérence d’aménagement lumière, reconnaît Dany Joly, responsable de l’éclairage public à Nantes Métropole. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre sécurité et environnement. Dix-neuf de nos 24 communes pratiquent déjà les coupures partielles en cœur de nuit avec un effet visible sur les photos aériennes. Le déploiement progressif des sources à luminosité modulable va élargir le champ des possibles. » Restera ensuite aux biologistes à vérifier l’efficacité d’une « science » de l’éclairage qui n’en est encore qu’à ses premiers pas… 1. Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement. Il s’agit d’un organisme public. En quoi consiste la trame noire ? À l’image de la trame verte et bleue, la trame noire a pour but de mettre le milieu naturel en réseau pour que les animaux puissent se déplacer sans contrainte. Mais dans ce cas précis, ces nouvelles continuités écologiques intègrent, dès le départ, la dimension nocturne du milieu. Quelles mesures ou solutions peuvent être mises en place par les collectivités ? La limitation de l’éclairage dans de nouvelles zones urbanisées, de sa durée ou de son intensité à certaines heures de la nuit sont des solutions parmi d’autres en cours d’expérimentation. Les mesures à prendre sont alors fonction de chaque contexte spécifique et des différents enjeux.
R. Emeyriat « Les forêts patrimoniales ont un formidable potentiel de naturalité » Fabienne Benest, cheffe du département écosystèmes forestiers à la direction territoriale Sud-Ouest de l’IGN. Depuis 2017, elle est aussi vice-présidente de la commission « espaces protégés » du Conseil national de protection de la nature (CNPN). Qu’est-ce que le Conseil national de protection de la nature, ou CNPN ? Fabienne Benest  : C’est l’une des deux instances nationales pour la gouvernance de la biodiversité. Elle rend des avis scientifiques au ministre de la Transition écologique et solidaire en amont de toutes ses décisions concernant la protection de la nature. Ce conseil comporte trente membres titulaires qui travaillent dans deux commissions, concernant les espèces et les espaces. Je suis membre de la commission « espaces protégés » qui instruit les projets de création ou de modifications de réserves et de parcs nationaux ou régionaux. Nous participons actuellement à la réflexion sur leur extension sur 30% du territoire, avec 10% en protection forte, alors que celle-ci n’en représente actuellement que 1,5%. Comment en devient-on membre ? F. B.  : C’est toujours le résultat d’un parcours, qui met en position d’apporter un éclairage technique ou scientifique objectif, indépendant et complémentaire à celui des autres membres. Dans mon cas, c’est la connaissance de l’écologie forestière et de la conservation de la nature en France. J’anime, au niveau national, une petite équipe d’ingénieurs chargés par l’IGN de faire émerger les sujets d’avenir dans le domaine de la caractérisation et du suivi des milieux forestiers du point de vue de leur biodiversité. Pouvez-vous donner un exemple concret de votre contribution ? F. B.  : Notre projet de cartographie des forêts anciennes et vieilles forêts, formidable potentiel de naturalité, en partenariat avec L’E X P E R T D A T E S C L É S 1991-1996 Cheffe de division à l’ONF. 1997-2000 Chargée de la tutelle des conservatoires botaniques nationaux au ministère de l’Environnement. 2001-2004 Cellule Écosystèmes terrestres à La Réunion ; création de la réserve naturelle de l’Étang de Saint-Paul. 2005-2008 Responsable connaissance et espèces à la Diren Aquitaine, animation du plan vison d’Europe. Fin 2008 Entrée à l’inventaire forestier national et création d’un pôle écologie. Actuellement cheffe du département écosystèmes forestiers à l’IGN. le conservatoire botanique national Sud Atlantique, soutenu par la Région et la Dreal Nouvelle-Aquitaine. Il suscite un grand intérêt et ses résultats seront largement utilisés. Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ? F. B.  : Je suis heureuse de voir la forêt faire l’objet d’une attention sociétale croissante, dans la perspective de mieux la connaître, de mieux la cultiver, tout en préservant la biodiversité. Cela dit, l’environnement forestier se ressent avant de se cartographier ou de se mesurer. Je vis à côté d’une grande hêtraie domaniale qui défie déjà tous les modèles de répartition et qui abrite la plus grande réserve intégrale de France, en libre évolution depuis dix ans. Je m’y rends le plus souvent possible. Pour comprendre la forêt, il faut la vivre. PRINTEMPS 2020/IGN MAGAZINE/15



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