IGN Magazine n°98 avr/mai/jun 2020
IGN Magazine n°98 avr/mai/jun 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°98 de avr/mai/jun 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : IGN

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : la géodata au service de la biodiversité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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L E DOSSIER Le bocage, un paysage à préserver Depuis trois ans, l’IGN et l’OFB construisent ensemble un dispositif national de suivi des bocages. Un paysage particulièrement favorable à la biodiversité. « Le bocage est l’un des paysages ruraux les plus favorables à la biodiversité. Les systèmes de polyculture-élevage et les pratiques agricoles associées concourent à y multiplier les écosystèmes semi-naturels  : haies denses ou claires, sur talus ou non, fourrés, prairies permanentes, champs cultivés, mares, zones humides… Des espèces aux besoins très différents peuvent y cohabiter. Pourtant, il n’en existait aucune carte récente, alors qu’il ne cesse de reculer… » Sophie Morin est ingénieure, cheffe d’équipe du pôle bocage à l’Office français de la biodiversité (OFB). Depuis trois ans, elle travaille avec les équipes de l’IGN à mettre en place le premier dispositif national de suivi des bocages. « Ce projet a pour objectif de servir les politiques publiques de nos ministères de tutelle, rappelle Barbara Freidman, chargée de partenariats et de relations institutionnelles à l’IGN. Il s’inscrit dans le plan biodiversité du ministère de la Transition écologique et solidaire, notamment dans son axe 3, sur la continuité des trames verte et bleue, et aussi dans le plan de développement de l’agroforesterie du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. La France est pionnière en Europe dans ce domaine, essentiel à la gestion durable des ressources agro-écologiques. » Principalement portée par l’IGN, la première phase C H I F F R E C L É 70% des haies présentes au début du XX e siècle auraient disparu. Entre 2006 et 2014, la France aurait perdu 58 482 hectares de surfaces en « haies et alignements d’arbres » toutes catégories confondues, soit 6%. Sources Agreste et Solagro. 12/IGN MAGAZINE/PRINTEMPS 2020 Paysage de bocage en Normandie. de travail porte sur la réalisation d’une couche de référence nationale sur les trames de haies. À la maille très fine d’un kilomètre carré, le dispositif identifiera plusieurs milieux sur une même commune et de nombreux indicateurs  : longueur, densité, connectivité… Dès ce printemps, la couche des haies sera en libre accès sur le site de l’Inventaire national du patrimoine naturel et sur le Géoportail. Un traitement largement automatisé « Deux bases préexistaient  : la BD Topo et le registre parcellaire graphique (RPG), explique Loïc Commagnac, ingénieur d’études et maître d’œuvre du projet pour l’IGN. La BD Topo couvre l’ensemble du territoire français mais ne recense que les haies assez importantes. Le RPG est plus exhaustif et plus récent mais ne prend en compte que les espaces agricoles faisant l’objet de subventions européennes. Enfin, dans les deux cas, les haies sont représentées sous la forme de polygone, forme qui ne se prête pas aux calculs de densité ou de connectivité, nécessaires pour étudier leurs fonctions écologiques. Les deux bases ont donc été fusionnées puis linéarisées grâce à un processus de traitement automatisé. » Comparé à la saisie manuelle réalisée pour le Gers et les Pays de la Loire, le résultat affiche un taux d’adéquation proche de 85%, suffisant pour passer en phase 2  : le recensement des territoires bocagers et de leur « type », en fonction de données complémentaires, comme la taille des exploitations agricoles, la présence de mares ou le type de sol… Puis, vers 2021, la phase 3, avec le suivi qualitatif de ces territoires mobilisant les acteurs de terrain  : scientifiques, forestiers, agriculteurs, associations… « Travailler sur les milieux plutôt que sur telle espèce ou tel usage rapproche les communautés d’intérêt  : au bout du compte, cela augmente notre puissance d’agir », conclut Sophie Morin. Laurent Mignaux/Terra
Il faut parfois s’y reprendre à deux fois pour atteindre son but. En 2011, le ministère chargé de l’Écologie demande, sous son pilotage, à un ensemble d’opérateurs et d’universités de réaliser une carte nationale des habitats naturels. Ce nouvel outil est destiné à éclairer la décision publique dans de nombreux domaines pouvant toucher à la biodiversité  : création d’aires protégées, constitution de la trame verte et bleue, grands projets d’aménagement ou d’urbanisme. Ces données alimenteront l’inventaire national du patrimoine naturel (INPN). Il s’agit d’un immense chantier. Le nombre d’experts à mobiliser – biostatisticiens et modélisateurs, botanistes, spécialistes en télédétection et systèmes d’information géographique (SIG) – est très élevé, et le travail de rapprochement des relevés de terrain avec les images aériennes et satellitaires considérable. Devant les obstacles financiers, scientifiques et opérationnels, le programme est interrompu en 2017. Le MTES le relance car le besoin reste grand, voire grandissant, et une nouvelle méthodologie plus automatisée est alors imaginée, ayant largement recours à la modélisation par apprentissage supervisé. Pour l’essentiel, il s’agit de croiser deux grands types d’informations caractéristiques des habitats  : le biotope, défini par la combinaison de sept paramètres (dont, par exemple, le climat et le type de sol), et la physionomie de la végétation (prairie, forêt, etc.). Le modèle a recours à des images pour prédire la physionomie et à des données L E DOSSIER Cartographier les habitats naturels pour mieux les protéger Pour produire la première carte des habitats naturels et semi-naturels sur l’ensemble du territoire national, l’IGN, l’UMS PatriNat 1 et l’OFB vont mettre en œuvre une méthode prédictive mobilisant les ressources de l’intelligence artificielle. Il s’agit du programme CarHab. Carte des biotopes, surfaces écologiquement homogènes, du Loiret. climatiques, topographiques et géologiques pour prédire le biotope. Le paramétrage initial se base sur les connaissances disponibles, puis est affiné par une phase de terrain menée par les spécialistes des conservatoires botaniques nationaux (CBN). Une première carte nationale en 2025 « Les données d’apprentissage correspondent à des réalités de terrain utilisées pour générer des prédictions à l’échelle des départements, standardisées à l’échelle nationale, explique Yorick Reyjol, chef de l’équipe écosystèmes et réseaux à l’UMS PatriNat. Chaque zone homogène identifiée sur cette cartographie des habitats sera assortie d’un niveau de confiance. Celui-ci guidera les botanistes dans leur travail futur de vérification des prédictions du modèle, et pour améliorer au fil du temps la qualité de la donnée et l’intelligence de la machine. » Parmi les pilotes du projet, l’UMS PatriNat supervise l’identification des biotopes, en étroite interaction avec une unité de recherche de l’université de Saint-Étienne 2. En parallèle, l’IGN produit la carte des physionomies de la végétation, méthodologie mise au point avec de nombreux partenaires 3. La combinaison des informations est assurée sur le plan géométrique par l’IGN, l’UMS PatriNat étant chargée de la prédiction des habitats présents selon les informations physionomiques et de biotope, en lien étroit avec les experts des CBN. Dès l’accord final entre les partenaires, la résultante en sera la carte nationale des habitats, prévue d’être produite d’ici à 2025, au rythme de vingt départements par an. 1. Unité mixte de service Patrimoine naturel, sous tutelle conjointe de l’OFB (Office français de la biodiversité), du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et du MNHN (Muséum national d’histoire naturelle). 2. L’UMR CNRS 5600 EVS-Isthme (Isthme pour Image société territoire homme mémoire environnement). 3. Notamment le Cesbio (Centre d’études spatiales de la biosphère), l’université Rennes II, l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). PRINTEMPS 2020/IGN MAGAZINE/13



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