IGN Magazine n°96 oct/nov/déc 2019
IGN Magazine n°96 oct/nov/déc 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°96 de oct/nov/déc 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : IGN

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : la Géodesie, les pieds sur terre...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 28 - 29  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
28 29
BRGM É C L A I R A G E « Ce qui se passe à Mayotte est un bon exemple d’application géophysique de la géodésie. » Échantillon de prélèvement de roche sur une coulée volcanique identifiée lors de la mission océanographique. S eptembre 2018, dans les bureaux du service de Géodésie et de métrologie (SGM) de l’IGN, les experts détectent des anomalies sur les quatre stations RGP installées à Mayotte  : leurs coordonnées changent, elles se déplacent. « Nous avons vérifié qu’il n’y avait pas de problème de calcul, mais nous n’avons rien trouvé. Dès lors, nous avons su qu’il y avait un problème géophysique qui allait au-delà d’une crise sismique ordinaire », se souvient Pierre Valty, ingénieur au SGM. Depuis le séisme de magnitude 5,9 du 15 mai 2018, l’île est en effet le siège d’une crise sismique qui préoccupe population et autorités avec déjà près de 2 000 tremblements de terre détectés, dont vingt de magnitude supérieure à 5. Dès le début, les géophysiciens ont suivi et 28/IGN MAGAZINE/AUTOMNE 2019 Image multifaisceaux du nouveau volcan, le panache défini par de fortes variations d’impédance acoustique apparaît en rouge sur fond bleu. analysé cette crise qui ressemblait initialement à une crise ordinaire avec son cortège de répliques après l’événement majeur initial. En septembre, la découverte par l’IGN d’anomalies dans les stations du RGP change la donne. Un mois après la première alerte, les anomalies sur les stations du RGP continuent d’augmenter régulièrement. « Les écarts de positionnement augmentaient encore et de manière très importante, atteignant 1,5 cm de déplacement par mois », indique Pierre Valty. Un phénomène exceptionnel en géodésie. « En général, reprend-il, après un très gros séisme, nous observons une rupture très nette des coordonnées qui se déplacent brusquement de quelques centimètres. Là, c’est la vitesse des déplacements qui a changé du jour au lendemain. Il y a également eu des mouvements très forts en vertical. Depuis le début de la crise, Mayotte s’est enfoncée d’une quinzaine de centimètres. Tout cela est très rare en tectonique des plaques. » Pour analyser l’origine de ces déplacements, Pierre Briole, géophysicien au CNRS, travaille avec le SGM. Il étudie en détail les données géodésiques acquises. « Il n’y avait qu’une seule hypothèse plausible  : celle d’un réservoir magmatique profond en train de se vider, ceci en raison d’une part de l’importance de la subsidence de l’île et d’autre part de la convergence des vecteurs de déformation vers un point unique situé environ 50 km au large de l’île », indique le scientifique (voir ci-contre). Six mois plus tard, une mission océanographique pilotée par le CNRS, l’IPGP, le BRGM, l’IFREMER et d’autres organismes confirme qu’il s’agit bien d’une éruption volcanique. Les marins et les scientifiques assistent in situ à la naissance, par près de 3 500 m de fond, d’un nouveau et grand volcan sous-marin  : 850 m de haut et déjà plus de 3 km 3 de volume. « Nous n’avons pas connaissance d’éruption
sous-marine similaire dans l’histoire des sciences et, à terre, seules les éruptions basaltiques de 1730-1736 à Lanzarote (Canaries) et de 1783 au Laki (Islande) dépassent celle-ci en volume », reconnaît le géophysicien. L’IGN au service des scientifiques Sous l’égide principale du CNRS, de l’IPGP et du BRGM, près de cinquante chercheurs, techniciens et ingénieurs de onze laboratoires français sont mobilisés pour observer et analyser cette éruption. Au sein de ce groupe, l’IGN coordonne le volet géodésique du suivi de crise. Quatre nouvelles stations GNSS sont installées à Mayotte et une aux îles Glorieuses à l’est. Ces stations sont intégrées aux infrastructures de calcul de l’IGN. « Nous avons assisté les géophysiciens pour l’installation des stations. Nous surveillons tous les jours les mouvements pour voir s’ils se tassent ou s’ils continuent. Nous communiquons avec les chercheurs pour savoir ce qui les intéresse et leur être le plus utile possible », explique Pierre Valty. L’IGN a mis en place un site internet destiné aux géophysiciens (mayotte.gnss.fr) et ouvert au public. Pour l’IGN, cette crise a été l’occasion de mettre en valeur son rôle d’acteur clé de la géodésie en France, de montrer l’importance du RGP et le rôle que la géodésie peut jouer dans le suivi de crises telluriques. « Avec ce travail de coordination, nous avons mis en place des synergies et des rouages pour que nous soyons immédiatement efficaces le jour où surviendrait une autre crise. » Pour en savoir plus mayotte.gnss.fr MAYOBS - CNRS/IPGP/IFREMER/BRGM Carte des séismes localisés (≥ 3,5 ml) du 10 mai au 14 novembre 2018. Le premier groupe (bleu) est actif du 10 mai au 8 juillet, le deuxième (jaune) du 26 juin au 30 octobre, le troisième (rouge) du 5 juillet au 14 novembre. Les mécanismes focaux G-CMT correspondent à des événements > 5 ml, tous survenant du 14 mai au 27 juin. Les vecteurs oranges sont proportionnels aux anomalies de déplacement. É C L A I R A G E PAR O L E D’E X P E R T - - - Pierre Briole, directeur de recherche au CNRS « Lorsque nous nous sommes rendu compte que les coordonnées changeaient à Mayotte, j’ai analysé les données de près, je les ai manipulées, modélisées. Les tremblements de terre ne pouvaient pas expliquer les déformations et j’en ai déduit qu’il s’agissait d’une éruption. Selon mes calculs, la source de dégonflement se trouvait à 50 km de Mayotte. Et les volumes de l’éruption étaient très importants  : de l’ordre de 100 m 3 par seconde, soit, à titre de comparaison, le tiers du débit moyen de la Seine à Paris. Le GNSS a été un élément essentiel dans cette découverte. Il nous a donné des informations pertinentes sur les mouvements en cours et nous a aidés à trouver une explication à cette crise. » AUTOMNE 2019/IGN MAGAZINE/29



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :