Horizons n°124 mar/avr/mai 2020
Horizons n°124 mar/avr/mai 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°124 de mar/avr/mai 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 266) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 5,3 Mo

  • Dans ce numéro : en quête de l'explication suprême.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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1990 suite de la p.25 consacrée à la recherche y est également plus faible (voir graphique p.26). Et lorsqu’on dispose de fonds, c’est presque exclusivement pour la recherche orientée vers l’application. « Il est rare de pouvoir soumettre une demande de fonds pour un thème de recherche librement choisi que l’on considère soi-même comme important et motivant », dit Katharina Michaelowa, experte en politique du développement de l’Université de Zurich. Quant à la recherche fondamentale, elle est considérée comme un luxe. Il n’existe pas d’organisation internationale qui soutienne la recherche indépendante sur le plan thématique. Elle est toujours associée à un agenda. L’Université des Nations unies accorde certes régulièrement de petits montants, mais uniquement pour des travaux dans son propre domaine d’activité, note Katharina Michaelowa. Les organisations privées telles que la Billand Melinda Gates Foundation ont également leurs missions propres  : la santé, la formation ou encore l’alimentation, mais pas la mécanique quantique, ni la recherche sur le cerveau ou en histoire de l’art. Katharina Michaelowa voit un grand potentiel dans une collaboration internationale de la recherche. Le programme r4d, financé depuis plusieurs années par la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Fonds national suisse (FNS), en est un bon exemple. Des « Une bonne recherche nécessite d’abord une bonne formation de base de la population. » Katharina Michaelowa chercheurs de Suisse et des pays pauvres mènent ensemble des recherches en accordant une grande importance à un véritable partenariat. Le nouvel instrument d’encouragement Spirit du FNS, lui, présente désormais l’avantage de pouvoir solliciter des fonds pour des projets de recherche communs sans être restreint dans le choix du thème. Une autre possibilité intéressante est celle du soutien à de jeunes chercheurs qui ont fait une partie de leur formation académique en Suisse et souhaitent constituer leur propre groupe de recherche dans leur pays. Un projet pilote en Europe de l’Est a permis de tester ce modèle avec succès, rapporte Katharina Michaelowa. « C’est très utile, parce que les femmes scientifiques peuvent ainsi se dégager de leurs obligations d’enseignement souvent considérables dans leur pays et libérer du temps pour la recherche. » Simultanément, le contact entre ces excellentes chercheuses et leurs partenaires de recherche suisses est soutenu. Une approche qui serait également positive pour la coopération dans la recherche avec les pays en développement, selon Katharina Michaelowa. Structures inopérantes Plus on fait de recherche, plus il y a de développement, dit-on souvent. Ne serait-il dès lors pas logique de consacrer la majeure partie de l’aide au développement à la CHERCHEURS PAR MILLION D’HABITANTS PART DE FEMMES DANS LA RECHERCHE Corée du Sud SüdK Suisse CH Etats-Unis USA Bulgarie BULG Serbie SERb Argentine ARG Vietnam VIET Uruguay URU Afrique du Sud SüdAf Côte d’Ivoire 28 CdI 0 2000 4000 GER BE SWE CH ZUI BNG ZWU CON 0 20 6000 40 60 8000 80 1990 100 1990 (En pourcents) Argentine ARG Serbie SErB Bulgarie BULG Uruguay URU Afrique du Sud SüdAf Vietnam VIET Suisse CH Corée du Sud SüdKo Côte d’Ivoire CdI Etats-Unis USA 0 n/a recherche ? Katharina Michaelowa n’est pas d’accord  : « Le potentiel ne peut souvent pas être exploité parce que les structures ne fonctionnent pas. Au Rwanda par exemple, certaines universités n’ont même pas d’horaires fixes. » De plus, on y manque d’entreprises susceptibles de convertir les résultats en applications pratiques. Chercheurs pas les plus pauvres Quant au Sud global, l’économie privée n’y investit guère dans la recherche (voir graphique p.27). Parfois, l’argent circule même dans le sens contraire, de l’Etat aux entreprises. « Au Brésil par exemple, la recherche et le développement dans les entreprises sont principalement financés par le secteur public », dit Katharina Michaelowa. Les priorités devraient également être fixées correctement  : « Une bonne recherche nécessite d’abord une bonne éducation de base de la population en général », ajoute-t-elle. Les chercheurs là-bas ne font pas partie des plus pauvres. « Une aide au développement efficace ne peut donc pas se concentrer sur un seul domaine telle la recherche  : nous devons agir en réseau. » Florian Fisch est codirecteur de la rédaction d’Horizons. 25 50 75 100 Sources  : UNESCO Institute for Statistics, Office fédéral de la statistique, chiffres pour 2017, 2016 ou 2015 1990
Science et politique « Les études insolites sont courantes » Huit meules d'Emmental ont été « insonifiées » avec de la musique, ce qui a déclenché un battage médiatique en 2019. L'analyse de Mike S. Schäfer, chercheur en communication. Interview  : Judith Hochstrasser L’an dernier, le projet « Insonifier le fromage » avait suscité un véritable battage médiatique. Pendant des mois, huit meules d’Emmental avaient été exposées chacune à un morceau de musique de style différent, de Mozart à Led Zeppelin. Une neuvième meule non sonorisée avait servi de référence. La Haute école des arts de Berne avait participé à la mise en œuvre du projet et Tilo Huehn de la Haute école des sciences appliquées de Zurich avait réalisé une « analyse sensorielle consensuelle » au terme de l’expérience. A la publication des résultats, la presse internationale annonçait que le hip-hop améliorait particulièrement le goût du fromage. Spécialiste en science de la communication, Mike S. Schäfer répond aux questions soulevées par la couverture médiatique de telles études. Le directeur de la Haute école des arts de Berne, Thomas Beck, a réagi à propos du projet « Insonifier le fromage »  : « Nous ne nous attendions pas à un tel écho dans les médias internationaux. » Ce succès vous a-t-il surpris, Mike Schäfer ? La singularité du projet en a fait un thème digne d’être rapporté par les médias. L’histoire est insolite parce qu’on ne s’attend pas à ce que la musique ait une influence sur le fromage – elle n’en a d’ailleurs pas eu. Le fromage est de surcroît un symbole national de la Suisse. Le projet était donc parfaitement adapté à un joyeux accueil par les médias. Néanmoins, de nombreuses études de conception un peu curieuse sont menées à tout moment. Il est difficile de prévoir lesquelles susciteront le buzz dans les médias. Chaque haute école est désormais sa propre entreprise de relations publiques  : le projet fromage incarne-t-il le succès des stratégies des départements de communication ? Le travail médiatique et de relation publique des établissements scientifiques s’est en effet beaucoup développé dans de nombreux pays. On compte plus de personnel, plus de ressources et les découvertes sont mises en valeur de manière plus professionnelle. Mais ce n’est qu’un côté de la médaille. C’est exact. La couverture médiatique des thèmes scientifiques a augmenté ces dernières années. Mais le nombre de journalistes scientifiques a diminué simultanément. Ils ont donc moins de temps et travaillent dans de moins bonnes conditions. A cette situation généralisée s’ajoutent les contributions prêtes à l’emploi fournies par les départements des Mike S. Schäfer travaille actuellement à un projet de recherche consacré à l’évolution de la communication externe des hautes écoles suisses. Photo  : Valérie Chételat relations publiques toujours plus nombreux et professionnels qui n’améliorent naturellement pas la couverture médiatique. De plus, les journalistes sont à la recherche de l’insolite qui suscite de bons taux de clics pour les réseaux sociaux. Le projet fromage ne fournit aucun constat scientifique. Les journalistes, à l’exception de ceux pratiquant la vulgarisation scientifique de haut niveau, se désintéressent-ils de la qualité ? La qualité scientifique n’est pas prioritaire dans les rubriques colorées où le projet fromage a rencontré un grand écho. Mais un principe vaut toujours  : une étude isolée ne marque pour ainsi dire jamais la fin de l’histoire. Il n’est utile de faire état de résultats scientifiques qu’une fois leur véracité éprouvée par une série d’études. Les articles consacrés à des études isolées sont donc trompeurs ? Il faut pour le moins se montrer prudent. On peut le constater dans les études nutritionnelles. Le verre de vin quotidien est-il sain ou non ? Ces sujets attirent l’attention, mais ne constituent souvent pas des reportages sérieux. C’est pourquoi le public non familier des sciences a l’impression qu’elles n’ont rien de fiable à dire. En revanche, les gens intéressés par la science comprennent qu’il est normal que des études particulières se contredisent ou qu’il y ait des dissensions. La science se corrige elle-même. Horizons aussi a des pages d’actualités rapportant des études isolées. Horizons a un public ayant des affinités avec la science et qui sait mieux jauger les études isolées. Mais ce type d’informations est tout sauf optimal pour un public profane. Toutefois, si les médias ne rapportent plus d’études isolées, le nombre de publications d’articles scientifiques va baisser. Pas nécessairement. La majorité des articles traitant de science ne paraissent déjà plus dans les rubriques scientifiques, mais dans les rubriques politiques, économiques, culturelles ou autres. Et on y aborde dès lors plutôt des thèmes de société tels que les conséquences du changement climatique ou de l’immigration, auxquels la science peut apporter son expertise. Revenons au projet fromage  : les hautes écoles auraient-elles dû expliquer plus clairement qu’il s’agissait d’un projet purement artistique ? Les chercheuses des hautes écoles jouissent de la plus grande confiance de la part de la population. Cela doit donc être géré de manière responsable. Et c’est ce que font la plupart des départements de communication des institutions scientifiques. Le projet fromage constitue une exception. Judith Hochstrasser est codirectrice de la rédaction d’Horizons. Horizons n o 124, mars 2020 29



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