Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°122 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 266) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : des écoles en mutation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Débat La thèse est-elle un emploi normal ? 8 Horizons n o 122, septembre 2019 Photos  : Valérie Chételat Oui, dit le professeur Volker Thiel. Obtenir son doctorat exige de longues années de recherches sur un sujet pointu, subir une pression continue et sacrifier ses soirées. Une thèse devrait-elle, au contraire, se dérouler plutôt comme un travail normal ? Non, dit Philip V’kovski, son ancien doctorant.
Si l’on attendait davantage des doctorants que dans une profession réglementée, cela signifierait implicitement qu’il s’agit d’une profession non réglementée. Et qu’on ne travaille pas aussi dur dans les autres professions. Ce n’est pas exact  : de nombreux métiers liés à des objectifs de carrière ambitieux demandent un engagement tout aussi important. Dans les deux cas, il faut respecter les bases légales, notamment le droit du travail. La particularité des thèses est qu’elles constituent souvent le premier emploi régulier des étudiants. Ceux-ci sont hautement motivés et répondent à des exigences qu’ils se posent eux-mêmes. Ils veulent travailler de manière indépendante, innover et réussir. Une autre caractéristique tient à la nature même de la recherche  : on aborde un territoire inconnu où il n’existe pas de mode d’emploi décrivant comment atteindre le but, contrairement à ce qu’on trouve dans les professions réglementées. Une expérience ratée peut rapidement créer une frustration ; les doctorants y répondent souvent en travaillant encore davantage. En outre, ils se trouvent en concurrence nationale et internationale avec d’autres Participer lors d’une thèse au processus de la recherche et pouvoir faire de sa passion son métier représente un privilège extraordinaire, qui exige des sacrifices extraordinaires. Les jeunes chercheurs sont exposés à une forte concurrence. Ils visent un poste fixe dans une haute école, veulent publier les résultats de leurs recherches dans des revues de renom et se battent pour obtenir des subsides pour leurs projets. Les doctorants, non plus, ne peuvent se soustraire à cette compétition. Car les premiers pas dans la recherche déterminent déjà la suite de la carrière, ce qui contraint les doctorants au succès. Ils doivent pouvoir présenter rapidement des résultats intéressants et de qualité. Qu’ils comparent évidemment avec ceux d’autres groupes de recherche du même domaine. Se mettre régulièrement la pression fait donc partie du boulot. Une thèse n’est pas un travail ordinaire  : par exemple, les échecs appartiennent au quotidien. Il faut donc des nerfs solides. Sur le chemin d’un doctorat, on doit sans cesse sortir de sa zone de confort ; il convient de mener à bien des tâches multidisciplinaires en autodidacte et de étudiants qui débutent avec les mêmes objectifs de carrière et deviendront par la suite des concurrents pour les rares emplois dans la recherche académique ou industrielle. Dans ce mélange de forte motivation, d’inquiétude pour l’avenir et d’exigences personnelles, les doctorants n’ont pas seulement souvent l’impression qu’ils devraient travailler plus durement  : ils le font fréquemment. « Le voyage dans la recherche ne doit pas s’achever déjà avec le diplôme de doctorat. » En tant que conseiller, je pense qu’il est important de réduire cette pression afin de protéger les doctorants contre eux-mêmes. Parce qu’ils fournissent un travail excellent. Ils assurent non seulement que notre recherche reste compétitive à un haut niveau international, mais constituent aussi la prochaine génération de scientifiques. En règle générale, les promotions surviennent plus vite et plus aisément que les doctorants ne l’imaginent. Je me rappelle manière indépendante. Effectuer d’innombrables heures supplémentaires pour compenser le temps perdu sur des expériences ratées, cela fait quasiment partie du cahier des charges de l’emploi. « Les premiers pas dans la recherche déterminent déjà la suite de la carrière. Cela contraint les doctorants au succès. » En définitive, un doctorat est une formation universitaire. Une école doctorale exige non seulement les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à la thèse sur le thème choisi, mais inclut aussi la participation à une série d’examens universitaires, de séminaires scientifiques et de conférences. Les doctorants exercent donc une profession plus exigeante que d’autres parce qu’elle relève de deux mondes antagonistes  : ils ont déjà un pied dans la vie professionnelle et sa compétition, alors qu’ils se trouvent encore dans la vie d’étudiant. avoir eu l’impression à l’époque de mon doctorat de ne pas assez progresser et de devoir compenser cela par mon travail. Mais trouver un bon équilibre de vie s’est avéré plus important. C’est cela qui m’a pris plus de temps que je le souhaitais. J’ai alors réalisé avec étonnement que je n’étais pas moins productif ou que je n’avais pas moins de succès lorsque je laissais assez de place à ma vie privée. Il est préférable de transmettre ce constat aux doctorants plutôt que des connaissances techniques. Il ne faut pas que le voyage dans la recherche s’achève déjà avec le diplôme de doctorat. Volker Thiel a été le maître de thèse de Philip V’kovski. Professeur à l’Université de Berne, il dirige depuis 2014 le secteur virologie de l’Institut de virologie et d’immunologie. Il a fait son doctorat à l’Université de Würzburg (D). Chercheurs indépendants, ils doivent faire leur place dans cet environnement inhabituel, poser les bases de leur carrière, créer leurs propres chances, saisir les opportunités et tisser un réseau de relations utiles pour leur avenir professionnel. Ces efforts valent-ils vraiment la peine ? Oui, dans tous les cas ! Philip V’kovski a fait sa thèse de 2014 à 2018 à l’Institut de virologie et d’immunologie de l’Université de Berne dans le groupe de Volker Thiel, où il est maintenant chercheur postdoc. Il a auparavant étudié la biologie et les sciences biomédicales aux universités de Lausanne et d’Utrecht (NL). Horizons n o 122, septembre 2019 9



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