Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°122 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 266) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : des écoles en mutation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Biologie et médecine Un mort dans le scanner Les autopsies ont beau être essentielles, leur nombre a chuté en Suisse. Des médecins proposent de remplacer le scalpel par l’imagerie. Par Yvonne Vahlensieck L’autopsie permet d’établir avec certitude la cause d’un décès et constitue l’une des meilleures méthodes pour le contrôle qualité dans les hôpitaux  : elle peut confirmer un diagnostic, indiquer l’efficacité d’un traitement ainsi que ses effets secondaires, ou révéler qu’un problème médical n’avait pas été pris en considération. « Un hôpital qui ne conduit pas d’autopsies ne sait pas de quoi meurent ses patients », résume Alexandar Tzankov, responsable de l’autopsie et de l’histopathologie à l’Hôpital universitaire de Bâle. Pourtant, le nombre d’autopsies a chuté en Suisse ces vingt dernières années  : il est passé de 8000 par an à 2000. Alexandar Tzankov cite plusieurs raisons. Les patients et les proches doivent donner leur accord, et ne le font pas toujours. De plus, les médecins éprouvent souvent de la difficulté à demander aux proches leur consentement lors de l’annonce d’un décès. Et certains cliniciens sont convaincus de déjà tout savoir. Tester la fiabilité A l’avenir, l’imagerie médicale devrait être utilisée comme alternative à l’autopsie. « Nous pensons que les proches auraient plutôt tendance à autoriser une telle investigation non invasive qu’une autopsie lors de laquelle on ouvre le corps », avance Wolf-Dieter Zech de l’Institut de médecine légale de l’Université de Berne. Son objectif, au cours des prochaines années, est de vérifier si l’imagerie postmortem fournit des informations fiables en effectuant avant l’autopsie un scan ou une imagerie par résonance nucléaire (IRM) sur les corps. Des radiologues posent ensuite un diagnostic sur la base des clichés, sans connaissance préalable de l’anamnèse. Wolf-Dieter Zech vérifie ensuite si les résultats correspondent à ceux de l’autopsie classique. Les études menées jusque-là ont montré que les résultats d’examens fréquents, comme l’infarctus du myocarde, les tumeurs et les inflammations, étaient bien visibles avec l’imagerie postmortem. Lors d’une autopsie classique, les pathologistes identifient par exemple un infarctus du myocarde au fait que les tissus du muscle 36 Horizons n o 122, septembre 2019 La partie nécrosée de la paroi du muscle cardiaque due à un infarctus est visible aussi bien à l’IRM (en bas) que lors d’une autopsie classique (en haut). Image  : IRM Bern cardiaque présentent un autre état, notamment une autre couleur. Sur une IRM, la modification du muscle cardiaque endommagé est identifiable par des niveaux de gris différents. « Un hôpital qui ne conduit pas d’autopsies ne sait pas de quoi meurent ses patients. » Alexandar Tzankov Eva Scheurer, directrice de l’Institut de médecine légale de la ville de Bâle, croit elle aussi au potentiel de l’imagerie postmortem  : « Après la mort, bien des choses changent dans l’organisme, et cela a un impact sur ce que l’on voit à l’IRM. Il faut donc procéder à une adaptation spécifique du protocole. » Par exemple, le contraste dans une IRM dépend largement de la température corporelle, évidemment bien plus basse dans le cas d’un cadavre, note la médecin légiste et physicienne, qui mène une étude sur la manière dont le cerveau mort apparaît à l’IRM. Autre avantage  : les images numériques peuvent être évaluées par des radiologues spécialement formés. « Cela permettrait de compenser au moins partiellement la perte d’informations liée à la diminution considérable du nombre d’autopsies », estime Wolf-Dieter Zech. Eva Scheurer partage son point de vue  : « L’autopsie reste l’étalon, mais en fin de compte, une IRM vaut toujours mieux que rien du tout. » Yvonne Vahlensieck travaille comme journaliste scientifique dans la région de Bâle. L’imagerie élucide les crimes En médecine forensique, le scanner fait partie de la routine depuis quelques années. Il permet aux médecins légistes d’obtenir une représentation en 3D de fractures complexes du crâne, ce qui fournit des indices sur le déroulement d’un crime et sur l’arme utilisée. Pour obtenir le même résultat avec une autopsie classique, il faut réunir et réassembler minutieusement des fragments d’os. Le scanner révèle aussi la position exacte de corps étrangers comme les balles et les fragments de métal.
shutterstock/Pavaphon Supanantananon Biologie et médecine Comportement protecteur ou opportuniste ? Ce ne sont pas ses gènes qui en décident. L’hérédité ne détermine pas la sociabilité de ces poissons Al’instar de nombreux mammifères, certaines espèces de cichlidés ont développé un comportement social élaboré. Ces poissons s’occupent de leur progéniture en famille ou se défendent ensemble contre les ennemis. Des biologistes de l’Université de Berne ont établi que ces comportements résultaient moins de la génétique que de l’influence de l’environnement. Les scientifiques ont soumis plus de 380 poissons juvéniles de l’espèce Neolamprologus pulcher à trois expériences. La première portait sur le comportement concurrentiel  : ils devaient défendre leur abri contre un congénère. Dans la deuxième, elles ont examiné comment ils s’intégraient dans un groupe. La troisième a déterminé dans quelle mesure ils s’engageaient activement pour protéger le groupe ou les petits contre un poisson prédateur. Les biologistes ont ensuite relié leurs observations à la généalogie des poissons afin d’évaluer l’influence de la génétique. Résultat  : seul un des comportements s’est avéré partiellement héréditaire, celui de la défense contre le prédateur. Les deux autres – la capacité d’intégration et le comportement concurrentiel – ne le sont pratiquement pas. « Nous avons été surprises qu’un trait du comportement social soit d’origine génétique », dit Claudia Kasper, première auteure. Une étude antérieure avait déjà montré que la coopération autour de la progéniture n’était que très partiellement inscrite dans les gènes. « Nous savons désormais que les comportements complexes ne sont quasiment pas héréditaires mais résultent d’une réaction à l’environnement, dit la chercheuse. Ce n’est qu’ainsi que les êtres vivants peuvent s’adapter de manière flexible. » Santina RussoC. Kasper et al.  : Heritabilities, social environment effects and genetic correlations of social behaviours in a cooperatively breeding vertebrate. Journal of Evolutionary Biology (2019) Fiorella Ruchti et Salomé LeibundGut-LandmannComment les champignons aggravent l’eczéma Les levures, notamment celles du genre Malassezia,ne sont pas visibles à l’œil nu mais colonisent la peau humaine. L’immunologiste Salomé LeibundGut-Landmanna montré que ce champignon déclenchait une réaction immunitaire et pouvait ainsi aggraver les symptômes d’eczéma. Son équipe à la faculté Vetsuisse de l’Université de Zurich a développé un modèle animal qui a permis d’étudier pour la première fois en détail les interactions entre les défenses du corps et les champignons, en plaçant ces derniers sur la peau des oreilles de souris. Ils ont découvert qu’ils déclenchaient une libération accrue d’interleukine 17, une substance messagère du système immunitaire. Chez les rongeurs incapables de produire cette molécule, le champignon a proliféré de façon incontrôlable. L’expérience a confirmé que l’interleukine 17 est cruciale pour l’équilibre entre la levure Malassezia et les défenses de l’organisme chez la souris et sans doute chez l’humain. Les scientifiques ont ensuite étudié ce qui se passe lorsque la peau est endommagée, comme chez les patients atteints de dermatite atopique. Ils ont légèrement blessé la surface de la peau des souris, ce qui n’a d’abord déclenché qu’une légère inflammation. Mais l’ajout de levures a ensuite considérablement renforcé la réponse immunitaire. « Cette réaction – qui normalement protège contre le champignon – aggrave les symptômes de la maladie », explique Salomé LeibundGut-Landmann. Elle dit vouloir étudier plus en détail l’interaction entre le champignon, les substances messagères du système immunitaire et la dermatite atopique afin de développer à long terme des thérapies plus efficaces. Astrid Viciano F. Sparber et al.  : The Skin Commensal Yeast Malassezia Triggers a Type 17 Response that Coordinates Anti-fungal Immunity and Exacerbates Skin Inflammation. Cell Host & Microbe (2019) Des champignons (en rouge foncé, dans un follicule pileux) colonisent la peau d’une souris. Qui choisiriez-vous pour vous traiter à l’hôpital ? La blouse blanche rassure « Autant de blanc que possible », résume Hugo Sax. Son équipe a demandé à plus de 800 patients ambulatoires de l’Hôpital universitaire de Zurich quels vêtements ils préféraient voir porter leurs médecins. Les participants ont évalué différentes photos de tenues et rempli un questionnaire. Plus d’un tiers d’entre eux ont indiqué accorder de l’importance à l’apparence de leur médecin. Les habits combinant pantalon, blouse et linge de corps de couleur blanche ont obtenu les meilleurs résultats, avec des notes supérieures à 7 sur 10. Les patients y voient une manifestation de compétence, de fiabilité et de sollicitude. Les médecins en tenue d’affaires ou au contraire de style décontracté ont reçu des moyennes entre 5 et 6. La plupart des patients semblent accorder aujourd’hui encore beaucoup de valeur aux habits traditionnels, alors même qu’ils expriment le souhait que leur médecin les traite d’égal à égal. « La blouse blanche symbolise ici probablement le côté professionnel de la personne qu’est le médecin en opposition à son identité privée », explique Sabina Hunziker, professeure de communication médicale à l’Hôpital universitaire de Bâle. « Elle dénote une personne compétente en qui le patient qui cherche de l’aide peut avoir confiance. » Pour Hugo Sax, le résultat de son étude confirme qu’un hôpital doit se préoccuper de l’apparence de ses médecins  : « Elle crée une bonne base pour établir dès les premières secondes un rapport de confiance important pour le succès d’un traitement. » Yvonne Vahlensieck M. Zollinger et al.  : Understanding patient preference for physician attire in ambulatory clinics  : a cross-sectional observational study. BMJ Open (2019) Horizons n o 122, septembre 2019 37 M. Zollinger et al.  : BMJ Open (2019)



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