Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°122 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 266) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : des écoles en mutation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Lieu de recherche Sur la trace du sang des Bourguignons Toutes les deux semaines, Jakob Pernthaler et son équipe prélèvent des échantillons d’eau au point le plus profond du lac de Zurich. Leur objet d’étude  : une cyanobactérie rouge surnommée le sang des Bourguignons. « L’importance du lac de Zurich réside dans les services écosystémiques offerts à plus d’un million de personnes  : entre autres, une bonne qualité d’eau potable et d’eau non potable. Le lac constitue également une zone de loisirs pour la baignade et la navigation, 90% des rives étant aménagées de manière artificielle, et son niveau est régulé par le barrage du Platzspitz, situé en plein cœur de Zurich. Les affluents du lac de Sihl et du canal de la Linth renouvellent presque complètement son eau en un an. Nous autres, de la station limnologique de l’Université de Zurich, partons toutes les deux semaines sur le lac pour prélever des échantillons à différentes profondeurs, de 20 à 120 mètres. Mais nous n’avons pas le droit d’ancrer une plateforme de recherche fixe avec des instruments de mesure au point le plus profond, à 136 mètres. L’intensité de la navigation ne le permet pas. La flotte du lac de Zurich est comme un bus des transports publics, et on doit se mettre de côté. Avec notre petit bateau, nous sommes flexibles. Par ailleurs, nous avons une conduite d’eau du lac qui arrive directement dans le laboratoire de la station à Kilchberg. Depuis les années 1990, la couche supérieure de l’eau s’est réchauffée de presque un demi-degré. A cause de cela, on observe à la fin de l’automne, et en de rares occasions au printemps également, un film rougeâtre à la surface, près des rives. Il s’agit de l’apparition de masses d’un type d’algues bleues, des cyanobactéries. Elles vivent dans une zone de faible 32 Horizons n o 122, septembre 2019 luminosité, à une profondeur de 10 à 15 mètres. Et uniquement là. Au printemps et en automne toutefois, leurs filaments rouges remontent à la surface. Mais avec l’amélioration de la propreté et de la clarté de l’eau, la quantité de ces cyanobactéries a augmenté dans le lac de Zurich au cours des vingt dernières années. On les appelle « sang des Bourguignons », un nom dû à la bataille de Morat  : lorsque les Confédérés ont battu les Bourguignons en 1476, l’eau du lac de Morat s’est teintée de rouge, prétendument en raison du sang des victimes. Comme des sous-marins Nous étudions aussi de quelle manière le réchauffement climatique et la modification des processus saisonniers de brassage de l’eau qui l’accompagnent favorisent la croissance du sang des Bourguignons. Comme des sous-marins, les vésicules gazeuses dans leurs cellules leur permettent de rester à la profondeur idéale pour leur croissance – passé 80 mètres, la pression de l’eau les fait imploser. L’algue est éliminée uniquement de cette manière. Aujourd’hui, en raison du réchauffement global, le brassage des eaux ne se produit plus que jusqu’à 60 mètres de profondeur. De fait, la majeure partie des cyanobactéries survivent à l’hiver. Par ailleurs, elles se défendent contre les prédateurs avec une toxine puissante qui est aussi dangereuse pour l’être humain. Absorbée en grandes quantités, elle peut provoquer des diarrhées, des vomissements, voire des dégâts au foie. L’ozonation permet de détruire la D’Innsbruck à Zurich Jakob Pernthaler dirige depuis 2011 la station limnologique de l’Université de Zurich à Kilchberg. Il est professeur de microbiologie aquatique. Ses domaines d’expertise sont les bactéries, la limnologie, la microbiologie et la microbiologie de l’environnement. Jakob Pernthaler a obtenu son doctorat à l’Institut de zoologie de l’Université d’Innsbruck. Il a ensuite été chercheur à l’Institut Max Planck de microbiologie marine à Brême, avant d’être nommé professeur assistant à l’Université de Zurich en 2005. toxine lors du traitement de l’eau potable. Actuellement, la masse du sang des Bourguignons monopolise le lac. Malheureusement, ni les petits crustacés ni les poissons juvéniles n’ingèrent ces algues. De fait, le lac de Zurich n’est plus un eldorado pour les poissons. Il serait faux d’affirmer que le lac est trop propre et qu’un apport de nutriments, comme du lisier issu de l’agriculture lui serait bénéfique. Voilà mon opinion  : la biologie de l’eau s’est modifiée en défaveur des poissons, c’est vrai, mais la principale mission des services écosystémiques du lac est la génération d’eau potable. Et là, la bonne qualité de l’eau représente une situation idéale. La recherche fondamentale en biologie s’intéresse à certains micro-organismes qui se nourrissent de la toxine de ces algues. A la station limnologique, nous étudions donc certains unicellulaires qui se nourrissent du sang des Bourguignons sans que cela les affecte de manière négative. Mais sur le principe, avec l’équipe de recherche, je ne suis pas en quête de solutions pour éliminer le sang des Bourguignons du lac. L’apparition de masses de cyanobactéries est un processus naturel que nous accompagnons d’un suivi scientifique. Il suffira d’un hiver vraiment froid pour en détruire une grande partie. Et mettre un terme à leur monopole – au moins jusqu’à l’année suivante. » Propos recueillis par Franca Siegfried
Les cyanobactéries appelées sang des Bourguignons forment des filaments (ci-dessus) et colorent parfois le lac de Zurich en rouge (à gauche) lorsqu’elles remontent à la surface. Jakob Pernthaler (p. 32) et son équipe de la station limnologique de Kilchberg (en haut) étudient le lien entre ce phénomène et le réchauffement climatique. Photos  : Limnologische Station der Universität Zürich Horizons n o 122, septembre 2019 33



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