Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°122 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 266) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : des écoles en mutation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Et vous êtes... Le symbole ayant le plus de points révèle votre type parmi les huit profils suivants. La carriériste Le seul poste stable à l’université, c’est professeur. Il faut donc publier. Car cela génère des citations. Et plus de citations, c’est plus de subventions ; plus d’argent, plus de postdocs, et plus de postdocs, plus de publications... C’est ainsi que le système marche, c’est le Grand cercle de la science. Alors, arrêtez de rêvasser et commencez à rédiger votre article ! Et d’ailleurs, pourquoi ne pas le saucissonner en deux publications plus courtes ? La communicatrice Si un arbre tombe dans une forêt et que personne n’est là pour l’entendre, est-ce qu’il fait du bruit ? Non, et c’est encore plus vrai dans le monde académique. Plus de deux millions d’articles scientifiques sont publiés chaque année. A quoi bon en écrire si personne ne les lit ? Il faut donc se faire entendre  : sur Twitter, dans les médias, dans les conférences. Même si cela pousse à faire des raccourcis, à simplifier et à promettre beaucoup – et parfois, un peu trop. 28 Horizons n o 122, septembre 2019 ◦ L’innovateur Les découvertes scientifiques favorisent la croissance économique et le progrès social, certes. Mais ce qui vous motive, c’est former une équipe qui travaille dur et transformer des résultats abstraits en produits – et en profits. Les experts en marketing et en propriété intellectuelle ne vous font pas peur. Ils ne comprennent rien à vos travaux et ne les remettent jamais en question… Quel plaisir d’en discuter avec eux ! Le politicien Rien ne vous exaspère plus que d’entendre les gens au pouvoir asséner leur opinion mal informée et complètement ignorer les faits scientifiques. Ils refusent de s’informer ? Alors vous allez leur parler. Vous avez donc rejoint le parti, l’ONG, la commission, le groupe d’experts. Parce que la science est objective ! Surtout lorsque ses conclusions correspondent à vos opinions. s La partageuse Les résultats de la recherche appartiennent à la société et leur circulation maximise leur impact. Votre mot favori ? « Transparence ». Vos publications sont en libre accès et disponibles sous la forme de preprints. Vos codes sont sur Github, vos données sur Figshare, vos évaluations sur le web. La seule chose que vous ne publiez pas, ce sont vos hypothèses de recherche. Car des collègues pourraient vous les voler… Partager, oui. Mais pas trop tôt ! q L’éducateur L’avenir appartient à la nouvelle génération. Vous prenez le temps d’enseigner aux étudiants et de discuter avec les doctorantes. Vous voulez transmettre vos connaissances et votre expérience. Et cela paie  : chaque année, vous recevez le prix du meilleur enseignant. Certes, la concurrence n’est pas trop rude, car vos collègues préfèrent envoyer à leur place leurs postdoctorants sous-payés et stressés. Une victoire facile pour vous ! Le puriste Transdisciplinarité et productivité, controlling et objectifs  : c’est le vocabulaire d’une science de plus en plus gérée, évaluée, dirigée. Il faut préserver l’essence de la science – indépendance, liberté de pensée, esprit critique – du diktat des bureaucrates de la recherche. En tant que scientifique, la remise en question est votre mantra. Sauf quand il s’agit de vous poser la question  : au fait, quel est l’impact réel de mes travaux ? La bâtisseuse Les nouvelles infrastructures de recherche, le prochain centre d’excellence, le projet d’un campus trinational ne se réaliseront pas tout seuls. Il faut s’impliquer, et vous répondez présent. Non pas que vous aimiez rapports, réunions et protocoles. Mais vous savez ce qui est en jeu  : assurer que la recherche suisse reste à la pointe au niveau international. Et cela ne peut pas nuire à votre carrière, n’est-ce pas ?
Science et politique Changement de culture dans les labos Un pilier central de la science consiste à reproduire les résultats déjà publiés. Mais rares sont les scientifiques à y investir du temps – et lorsqu’ils le font, les vérifications se soldent souvent par un échec. Les institutions suisses veulent changer la situation. Par David Adam Notre époque a beau être friande de fake news et de théories du complot, les sondages indiquent que le public fait toujours confiance à la science. Mais les scientifiques doutent d’elle probablement davantage qu’avant, notamment à cause du problème de la reproductibilité  : un nombre croissant de découvertes publiées mais qui ne se vérifient pas lorsque les expériences sont répétées. Cette situation résulte de nombreux facteurs  : des statistiques douteuses, la pression à produire des découvertes spectaculaires, et le biais de publication, qui se nourrit de la réticence des scientifiques à soumettre des résultats négatifs ajoutée à celle des revues à les publier. Des données solides et ouvertes Les institutions suisses ont décidé de s’attaquer à la question. L’Université de Zurich a lancé en 2018 son Centre pour la science reproductible, dirigé par Leonhard Held. Après seulement un an, encore peu de résultats tangibles, mais beaucoup de choses qui se passent à l’arrière-plan, selon le professeur de biostatistique  : « Nos efforts ont déjà rendu le problème de la reproductibilité plus visible et mieux connu dans l’ensemble de l’institution, notamment grâce à une journée dédiée à ce thème. » Le centre a déposé plusieurs demandes de subsides afin d’investir dans la formation avec des cours sur les bonnes pratiques scientifiques et sur l’importance des résultats confirmatoires. « Pour l’instant, les scientifiques estiment encore trop souvent qu’avoir montré quelque chose implique que cela est vrai. Il faut développer une culture de la répétition des études. » Le mouvement de la science ouverte promeut le partage des données et des méthodes, une stratégie clé pour la reproductibilité. Des institutions telles que l’EPFL et l’ETH Zurich organisent des séminaires sur ces thèmes, notamment sur la gestion des données de la recherche. Anna Krystalli, informaticienne à l’Université de Sheffield, était l’an dernier invitée à une école d’été commune aux deux institutions. Elle Les propriétés du matériau vivant – telles ces cellules cancéreuses – sont souvent trop variables, même en laboratoire, pour permettre la vérification d’expériences précédentes. Image  : Keystone/Science Photo Library/SteveGschmeissner dit avoir été frappée par deux choses  : l’événement était organisé par les doctorants et non par des responsables de l’institution, et un des présidents y a participé par Skype. « Je crois que cela témoigne du soutien des hauts responsables, remarque-t-elle. Il semble constituer un élément fort de la culture suisse de la recherche. Difficile d’affirmer qu’il est meilleur qu’ailleurs, mais j’ai été impressionnée. » Ces rencontres ne font pas que sensibiliser les jeunes scientifiques, elles leur suggèrent qu’ils peuvent apporter des améliorations concrètes, en particulier en développant des logiciels plus efficaces pour partager des données et des codes informatiques. Le bon côté de la paperasserie « Les résultats qui ne résistent pas à l’examen représentent un défi pour toutes les institutions scientifiques », souligne Hanno Würbel de l’Université de Berne qui a examiné la reproductibilité des expérimentations précliniques. Selon lui, la recherche avec des animaux est bien placée pour aborder cette question parce que les protocoles expérimentaux s’accompagnent déjà de beaucoup de paperasse et de contrôles. On pourrait les adapter afin de garantir la reproductibilité des expériences avant même qu’elles ne commencent, notamment en s’assurant que la taille des échantillons soit garante de résultats statistiques significatifs. Ce domaine a l’habitude de ces procédures et serait donc moins susceptible de considérer de nouvelles mesures comme de la bureaucratie inutile à rejeter. De nombreuses universités parlent de la nécessité de s’attaquer au problème mais les progrès dépendent souvent des individus. « L’éducation et la formation jouent un grand rôle. Pour que les choses changent, il faudra peut-être attendre que les scientifiques seniors partent à la retraite. » Leonhard Held, lui, ne veut pas attendre et souhaite voir à Zurich des recherches en métascience, la science de la science. Une inspiration est le centre Metrics de l’Université Stanford  : lancé en 2014 et dirigé par l’épidémiologiste John Ioannidis, il promeut la reproductibilité et s’intéresse à l’ensemble du cycle de la recherche, depuis la planification des expériences jusqu’à la diffusion des résultats en passant par les dispositifs d’encouragement et de récompense des scientifiques par les universités et les bailleurs de fonds. Une grosse difficulté  : le système universitaire favorise avant tout les scientifiques ayant de longues listes de publications dans des revues possédant un facteur d’impact élevé, alors même que ces dernières sont très rarement disposées à publier des études de vérification. Une chose à changer pour une recherche reproductible, en Suisse ou ailleurs. Basé à Londres, David Adam a travaillé pendant vingt ans pour Nature et The Guardian. Horizons n o 122, septembre 2019 29



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