Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
Horizons n°122 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°122 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 266) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : des écoles en mutation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Etudier l’école L’instinct, c’est bien ; les faits, c’est mieux La science a déjà identifié les mesures qui améliorent l’apprentissage et les facteurs qui l’influencent, mais ces conclusions n’atteignent que trop rarement les salles de classe. Petit tour d’horizon de ce que la science sait de l’enseignement – et de ce que les écoles en font. Par Santina Russo se trouve au cœur de nombreuses discussions et de bien des disputes. Enseignants, parents ou L’école politiciens  : tous ont une opinion sur ce qu’elle devrait être et devrait fournir à la société. Des convictions souvent pratiquement impossibles à ébranler, alors que chacun a le même objectif en tête  : offrir le meilleur enseignement possible. L’étude monstre de John Hattie La recherche en éducation a livré de très nombreuses connaissances sur la manière dont il faudrait organiser l’enseignement scolaire pour assurer le meilleur apprentissage. Mais « ces connaissances arrivent encore trop rarement jusqu’aux salles de classe », relève Wolfgang Beywl, chercheur à la Haute école pédagogique de la FHNW à Windisch (AG). Il observe un fossé entre la recherche et la pratique de l’enseignement qui reste difficilement franchissable d’un côté comme de l’autre. Pour lui, les débats dans le monde politique ne sont pas en phase avec les résultats de recherche. CE QUI AIDE ET CE QUI NUIT Le spécialiste de l’éducation John Hattie étudie depuis des décennies les facteurs qui influencent les acquis de l’apprentissage. Il a synthétisé en tout 1600 méta-analyses regroupant un total de 95 000 études individuelles qui ont porté sur 300 millions d’élèves au total. Il a ainsi quantifié les impacts positifs et négatifs de plus de 250 facteurs, dont nous présentons ici une sélection. Ils sont exprimés par la différence normalisée des acquis entre les groupes d’élèves ayant été exposés à un facteur et les groupes de contrôle. Un effet est considéré comme visible à partir de 0,4 point. Mais reprenons dans l’ordre. Pendant plus de vingt ans, le chercheur John Hattie a travaillé pour identifier les facteurs qui influencent la réussite de l’apprentissage chez les enfants et comprendre comment ils y parviennent. Ce Néo-Zélandais, qui enseigne aujourd’hui à l’Université de Melbourne, a évalué dans le cadre d’une étude monstre toutes les publications en anglais résumant les recherches sur la réussite scolaire  : une méta-méta-analyse de 800 méta-analyses portant sur plus de 50 000 études conduites sur 250 millions d’élèves. En 2009, il a présenté ses résultats dans l’ouvrage « Visible Learning ». « Cela a été un déclencheur », commente Wolfgang Beywl, qui a contribué à sa traduction en allemand et dont la recherche s’appuie sur les conclusions de John Hattie. Pour la première fois, la discussion sur la réussite scolaire des enfants et les facteurs qui y contribuent a été portée bien au-delà des écoles. Depuis, la star néo-zélandaise de l’éducation a régulièrement complété ses résultats avec des analyses d’études plus –0,32 REDOUBLEMENT Retention Faire répéter une classe fait clairement baisser les performances en comparaison avec les élèves qui sont passés au niveau suivant malgré des résultats équivalents. L’effet s’accentue avec le temps. Source  : J. Hattie, Visible Learning (Corwing, 2009) ; visiblelearningplus.com (2019) récentes. Entre-temps, plus de 1600 méta-analyses de 95 000 études ont été intégrées à son enquête. John Hattie y a identifié plus de 250 facteurs qui influencent l’apprentissage des élèves, en le stimulant ou en le freinant, et chiffré leur impact. Par exemple, les techniques d’apprentissage, la culture du feedback, les devoirs à domicile ou encore la clarté de l’enseignant. Les profs sont décisifs L’analyse de John Hattie a livré des résultats inattendus, comme dans le cas des devoirs  : ces derniers n’aident en rien les enfants à apprendre, tout au moins pendant les premières années d’école. Ce n’est qu’au degré secondaire post-obligatoire (en Suisse dès 15 ans) qu’ils peuvent éventuellement s’avérer utiles. « Mais là encore, tout dépend de la manière dont ils sont conçus et si les élèves reçoivent un feedback utile », souligne Wolfgang Beywl. Un impact étonnamment faible est également apparent pour d’autres facteurs liés aux structures scolaires et aux ressources, telle la taille de –0,5 –0,4 –0,3 –0,2 –0,1 –0,05 MANQUE DE SOMMEIL Lack of sleep Trop peu dormir n’a qu’une légère influence négative. 0
la classe ou encore à quel point la répartition des enfants en différentes filières se fait de manière stricte. A l’inverse, John Hattie a mis en évidence qu’une centaine de facteurs déterminants pour le succès étaient liés à ce qu’on appelle les pratiques d’enseignement, c’est-à-dire les méthodes et les actions déployées par l’enseignant pendant les cours. « Cela a clairement démontré et de manière empirique que le comportement de l’enseignant en classe est décisif », commente Wolfgang Beywl. Et que la différence que peuvent faire les enseignants est considérable  : environ un tiers de la réussite de l’apprentissage chez les enfants dépend de leur comportement. Evidemment, ces travaux ont également été critiqués. « Il a commis quelques erreurs de calcul », note Wolfgang Beywl, un fait peu étonnant au vu de l’immense volume de données étudiées, à l’instar des valeurs moyennes simplifiées. John Hattie a par la suite corrigé ces erreurs avec Wolfgang Beywl. Généralisations difficiles Les conclusions de cette étude et de bien d’autres travaux n’ont quasiment pas atteint la pratique, à savoir les enseignants dans les salles de classe. Une raison est que les résultats de recherches en éducation n’ont pas la même universalité que ceux des sciences naturelles. « L’expérience montre qu’ils ne peuvent souvent presque pas être généralisés, car ils sont très marqués par un contexte donné », explique Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation à Aarau. Les résultats issus d’un pays ne sont guère transposables dans d’autres, et une mesure concrète qui, selon une étude, fonctionne bien dans certains établissements peut s’avérer complètement inefficace ailleurs. +0,15 PETITES CLASSES Reducing class size Une réduction de la taille de la classe de 25 à 15 élèves améliore très légèrement les résultats. +0,02 VACANCES D’ÉTÉ Summer vacation effect Une longue pause entre deux années scolaires n’a pratiquement aucun effet sur la performance. +0,29 DEVOIRS Homework Les devoirs ont un effet modeste sur les performances scolaires. Plus ils sont longs, plus les effets négatifs sont importants. D’autres problèmes viennent s’y ajouter. « Les chercheurs en éducation ont rarement la possibilité de suivre des protocoles d’études vraiment solides », explique Stefan Wolter. Notamment inclure un nombre significatif de classes réparties au hasard entre groupes d’intervention et de contrôle, la mesure étant testée dans le premier groupe et l’enseignement normal continuant d’être dispensé dans le second. Mais dans la réalité, le fait que des écoles participent aux études sur une base volontaire au lieu d’être sélectionnées de manière aléatoire induit déjà des biais systématiques. « Je vois grandir une réticence vis-à-vis de la collecte de données. » Wolfang Beywl La Suisse a tout de même connu des études conduites avec des groupes de contrôle comparables, dont les élèves avaient des caractéristiques telles que l’âge, le sexe ou encore l’origine sociale similaires à celles des classes d’intervention. Urs Moser, chercheur en éducation à l’Université de Zurich, en a mené quelques-unes auprès de toutes les écoles d’un même canton. Mais les études qui n’ont pu procéder à une sélection faite au hasard produisent des résultats susceptibles d’être entachés de variables perturbatrices. Car les influences dans l’apprentissage sont très nombreuses – rien que le quartier où grandit un enfant a un impact. « Il est impossible de contrôler (compenser,ndlr) complètement de tels facteurs extrascolaires ou de les mettre parfaitement en évidence dans les données », souligne Urs +0,43 ATTENTES DES ENSEIGNANTS Teacher expectations Un élève satisfait en général les attentes individuelles de ses professeurs à son égard, indépendamment de ses capacités – une corrélation clairement visible. Moser. Dans ces conditions, il est difficile d’émettre des conclusions de portée vraiment générale. Analyser sa propre pratique Un élément essentiel ressort des travaux d’Hattie  : chaque enseignant tient entre ses mains de nombreux facteurs importants pour la qualité de ses cours. Mais en tirer profit exigerait de se fier moins à son intuition et de vérifier davantage l’impact de ses leçons, en générant ses propres données. C’est là le gage d’une amélioration systématique. Wolfgang Beywl et son groupe de recherche s’efforcent de familiariser le corps enseignant avec cette idée et ont développé à son intention un ensemble d’outils (« Lehren und Lernen sichtbar machen », une référence aux travaux de John Hattie). Par exemple, une marche à suivre explique comment instaurer la bonne culture du feedback  : les retours (reçus et donnés par les élèves) doivent être fréquents et constructifs, l’un des facteurs clés identifiés par John Hattie. Il ne s’agit pas là d’un questionnaire remis en fin d’année aux élèves pour qu’ils y notent leurs enseignants, un simple feedback rétrospectif, souligne Kathrin Pirani, chercheuse dans le groupe de Wolfgang Beywl et enseignante d’anglais, mais d’évaluer l’environnement d’apprentissage sur le moment et d’obtenir des améliorations. Luuise est un autre instrument pour aider les enseignants à améliorer leurs cours. Il les invite à analyser des problèmes concrets issus de leur propre enseignement, à tester des mesures pour les résoudre et à en évaluer l’efficacité en recueillant des données. (Son adaptation en français porte le nom de EEVE.) Cela permet de faire évoluer l’enseignement sur la base de preuves, explique Kathrin Pirani, qui dirige chaque année cinq ou six 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 +0,43 SMARTPHONES Mobile phones Certaines technologies modernes telles que les smartphones exercent une influence positive visible sur les performances. +0,48 RELATIONS ENTRE L’ENSEIGNANT ET L’ÉLÈVE Teacher-student relationships Les enseignants contribuent au succès de l’apprentissage lorsqu’ils sont attentifs à la personnalité de chaque élève et établissent une relation positive. +0,47 APPRENTISSAGE EN PETITS GROUPES Small group learning Quand des petits groupes d’élèves constitués de manière spontanée accomplissent ensemble une tâche, ils apprennent davantage que par l’enseignement normal. +0,55 ENCOURAGEMENT DE LA COMPRÉHENSION DES TEXTES Comprehension programs Des programmes spéciaux transmettent aux élèves des stratégies pour améliorer leur compréhension des textes. +0,66 FEEDBACK Feedback L’apprentissage devient plus visible lorsque les enseignants demandent aux élèves ce qu’ils ont retenu et compris ainsi que ce dont ils se font une fausse idée. Il s’agit d’un facteur particulièrement important. +0,75 CLARTÉ DES ENSEIGNANTS Teacher clarity Communiquer clairement aux élèves ce qu’on attend d’eux ainsi que les buts de l’apprentissage, évaluer ce dernier et bien organiser l’enseignement le rendent plus efficace.



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