Horizons n°110 sep/oct/nov 2016
Horizons n°110 sep/oct/nov 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°110 de sep/oct/nov 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 285) mm

  • Nombre de pages : 50

  • Taille du fichier PDF : 9,3 Mo

  • Dans ce numéro : l'université généraliste est-elle encore nécessaire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 32 - 33  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
32 33
Culture et société Les droits fondamentaux de l’humour à protéger Raphaela Cueni se penche sur les aspects légaux de la satire. Pour elle, le faible nombre de procès en Suisse indique une saine culture du débat. Par Isabel Zürcher La satire n’obéit pas toujours aux règles du bon goût. Lorsque divergences politiques ou religieuses entrent en jeu, la liberté d’expression peut être remise en question. Dans sa thèse de doctorat en droit constitutionnel, Raphaela Cueni aborde ce sujet sensible. Le droit définit-il formellement la satire? Une définition légale et facilement applicable n’existe pas. Des tribunaux dans différents systèmes juridiques – dont le Tribunal fédéral – ont élaboré des définitions plus ou moins appropriées. Un élément constitutif de la satire est l’irritation qu’elle provoque, qui peut se muer en colère ou en agression. La satire s’en prend aux normes convenues socialement et utilise pour cela les possibilités esthétiques de l’expression verbale et gestuelle. Pourquoi la Suisse ne connaît que peu de jurisprudences dans ce domaine? Les tribunaux tout comme le Conseil suisse de la presse ont régulièrement à statuer sur ce type d’affaires. La jurisprudence en matière de satire est toutefois bien moins étoffée chez nous que, par exemple, en Allemagne. Cela pourrait indiquer que la culture du débat est plutôt saine en Suisse: on sait quand il est inutile d’entamer une procédure judiciaire. C’est aussi le cas en Grande-Bretagne. Bien que la satire y soit particulièrement agressive et malveillante, on n’y enregistre pas de poursuites judiciaires à grande échelle. Les éventuels plaignants savent que dans les affaires de calomnie, les remous liés à une telle procédure sont contreproductifs, indépendamment de l’issue du procès. Les réactions suite aux caricatures de Mahomet au Danemark, l’attentat contre Charlie Hebdo à Paris ou encore le poème du comique Jörg Böhmermann insultant le président Erdogan montrent bien le caractère explosif de la satire. Ces événements ultra-médiatisés font apparaître la pertinence et l’actualité d’une réflexion sur la satire et sur notre perception de la liberté d’expression. La situation française est particulièrement intéressante. Le 34 Fonds national suisse – Académies suisses: Horizons n o 110 Même exposé dans une galerie, l’humour britannique reste mordant. Le Royaume-Uni connaît toutefois peu de procès visant à le limiter. Photo: Keystone/Camera Press/James Veysey président François Hollande ne voit apparemment aucune contradiction à insister sur le caractère inconditionnel de la liberté d’expression tout en prônant sa limitation lorsqu’il s’agit des propos antisémites de l’humoriste Dieudonné. «Le droit n’a pas la prétention de répondre de manière définitive aux questions éthiques.» Ne retenir que les affaires médiatisées serait trop limité. Les questions juridiques les plus controversées liées à l’ampleur et aux limites de la protection des droits fondamentaux se posent souvent dans des cas peu spectaculaires. La comparaison effectuée dans le journal «Le Confédéré» entre l’ancien conseiller national UDC Oskar Freysinger et Adolf Hitler soulève des interrogations, notamment en ce qui concerne le rapport entre satire et vérité. Peu de gens se souviennent de ce cas remontant à 2007. Le droit n’est toutefois pas en mesure de répondre de manière définitive aux questions morales et éthiques. Il n’en a d’ailleurs pas la prétention La satire se heurte à des perceptions hétérogènes dans notre pays plurilingue et multiconfessionnel. Que signifient ces différences culturelles du point de vue juridique? La question est de savoir dans quel cadre légal la satire bénéficie d’un espace de liberté approprié. Les différences dans les manifestations de l’humour et dans ses perceptions sont étroitement liées au rapport entre droit et culture. Le droit n’est rien d’autre que l’expression d’une culture donnée. En même temps, il crée le cadre dans lequel celle-ci peut se développer. La doctorante Raphaela Cueni est assistante à la Faculté de droit de l’Université de Bâle. Elle vient d’effectuer un séjour de recherche à la Columbia Law School. Isabel Zürcher travaille comme historienne de l’art et journaliste à Bâle.
Ingo Bartussek/Fotolia.com Culture et société La face cachée de la justice La charge croissante de travail dont souffrent les tribunaux suisses pousse à l'engagement d'un nombre accru de greffiers. «Le public n’est pas conscient de leur énorme importance», relève Peter Bieri de l’Institut de droit public de l’Université de Berne. Ce juriste spécialiste de la gestion de la justice a récemment déposé sa thèse dans le cadre du projet de recherche «Fondements d’un bon management de la justice en Suisse». La large palette des tâches des greffiers, fortement impliqués dans l’instruction et les décisions de justice, constitue une particularité helvétique. Dans beaucoup de tribunaux, ils sont plus nombreux que les juges. Renforcer leur présence représente certes une solution simple, mais elle soulève des questions de droit constitutionnel, note Peter Bieri. A ses yeux, il importe d’éclaircir les fonctions judiciaires qui sont déléguées aux greffiers afin que le droit à disposer d’un juge légal soit préservé. Pour lui, l’indépendance de la justice est menacée quand un juge collabore avec trop de greffiers: «Une analyse sérieuse des différentes affaires n’est alors plus possible et peut conduire à une trop grande dépendance des magistrats judiciaires envers les greffiers.» Il serait important de trouver d’autres moyens pour mieux gérer le volume de travail des tribunaux. Le chercheur propose par exemple de nommer des juges supplémentaires, de gérer les affaires de façon plus efficace ou d’avoir davantage recours à l’informatique. Livia Willi P. Bieri: Law Clerks In Switzerland – A Solution To Cope With The Caseload? International Journal for Court Administration, 2016 Un nombre important de greffiers par juge menace l’indépendance de la justice. rotoGraphics/Fotolia.com Un quotidien banal peut devenir une justification pour l’abus d’alcool. Mère alcoolique: regarder en face sa dépendance Pour les personnes alcooliques, le risque de rechute après une thérapie est souvent plus élevé chez les mères que chez les pères. Des chercheurs de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) se sont penchés sur cette différence. Ils ont voulu connaître les défis que ces femmes se fixaient au quotidien. «Ne plus vouloir boire et espérer que tout ira obligatoirement mieux ne suffit souvent pas», souligne Silvia Gavez, directrice du projet. Avec son équipe, elle a interviewé 14 femmes ayant suivi une cure de désintoxication. Les chercheurs ont fait des découvertes intéressantes. Le retour des mères dans leur environnement social se passe mieux si elles sont capables de dire dans quels domaines elles ont besoin d’aide et si elles sont en mesure de se confronter à leur biographie et à leur dépendance. Pour les sondées, la communication avec leurs proches est considérée comme un exercice d’équilibre entre ouverture et tabou. «Les mères ne savent souvent pas comment aborder le thème de la dépendance avec leurs enfants», note Silvia Gavez. Or, elles ont intérêt à les informer de façon appropriée plutôt que d’éviter leurs questions par honte. Celles qui accordent de la valeur à leur rôle de femme au foyer et de mère réussissent mieux à se réinsérer dans la vie de tous les jours que celles qui trouvent leur existence ennuyeuse et banale. Ces dernières sont en effet susceptibles de justifier ainsi leur consommation d’alcool. Des changements tels une séparation ou un nouvel emploi peuvent se révéler positifs après la cure. Les résultats complets de la recherche font l’objet d’un livré publié cet automne. Kathrin Zehnder S. Gavez et al.: Zurück in den Alltag – Mütter nach Behandlung ihrer Alkohlabhängigkeit. Budrich (2016) Chalet suisse: un mythe s’effrite Il a beau constituer pour beaucoup l’essence même de l’architecture helvétique, mais le chalet serait en fait une importation. Elle serait venue d’Allemagne, nourrie par l’enthousiasme alpestre des voyageurs étrangers et par la création de l’Etat fédéral au XIXe siècle. C’est la conclusion de la thèse de Daniel Stockhammer effectuée à l’ETH Zurich. Le chercheur met à mal le mythe de l’ancienne maison en bois comme symbole – avec les vaches, le fromage et les montres – de la parfaite suissitude: «Le chalet n’est pas une invention helvétique. Il y a certes eu une tradition de la construction en bois dans le pays, qui existe encore. Les projets et bâtiments dans le ‹style suisse› sont toutefois pour la plupart des créations d’architectes étrangers.» Il s’agit là, selon lui, d’un idéal de ruralité, de tradition et d’artisanat transposé dans le domaine architectural pour les élites européennes des XVIIIe et XIXe siècles. «Le style suisse existait à l’étranger avant d’être connu chez nous», souligne le chercheur. C’est le tourisme qui a redonné vie au chalet dans notre pays. Avec un succès manifeste: les constructeurs de chalets et les architectes autochtones ont commencé à reproduire le style suisse à partir d’œuvres de référence. Les modèles pour ces constructions avaient pour la plupart été imaginés par des concepteurs étrangers. Pourquoi? «La sélection et la réduction de la diversité des traditions régionales en matière de construction en bois ne pouvait se faire qu’à l’extérieur du pays», explique Daniel Stockhammer. Un regard sur le passé montre que l’image de l’architecture traditionnelle et la formation de l’identité helvétique ont connu une bien plus grande influence extérieure venant d’autres pays européens que ce que beaucoup veulent le croire aujourd’hui. Astrid Tomczak-Plekawa D. Stockhammer: Schweizer Holzbautradition. Ernst Gladbachs Konstruktion eines ländlichen Nationalstils. Thèse ETH Zurich (2015); doi:10.3929/ethz-a-010657828 Schweizerisches Nationalmuseum, Foto-Nr. GBE-20892 Esquisse de la «Grutlihaus» à Seelisberg (UR) effectuée par Ernst Gladbach en 1860. Fonds national suisse – Académies suisses: Horizons n o 110 35



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :