Horizons n°103 déc 14/jan-fév 2015
Horizons n°103 déc 14/jan-fév 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°103 de déc 14/jan-fév 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Fonds national suisse de la recherche scientifique

  • Format : (220 x 285) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6,8 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... les limites de la science.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Biologie Im Gespräch et médecine « Les femmes qui ont eu recours à la masectomie sont satisfaites, malgré les difficultés physiques et psychologiques qu’engendre cette opération. » 46 Fonds national suisse – Académies suisses : Horizons n o 103 et ne pas la regretter ensuite. Il faut donc élaborer des arguments autour de ce choix, le rendre sensé à ses propres yeux et à ceux d’autrui. Ce travail, la femme ne peut pas le réaliser toute seule. Elle a besoin de soutiens adéquats. L’expertise médicale est indispensable pour qu’elle prenne la mesure des risques encourus et des possibilités qui lui sont offertes. La relation au conjoint et aux proches entre également en jeu. Actuellement, il manque à ces patientes la possibilité de partager leur expérience avec des femmes se trouvant dans des situations similaires. La création de groupes de paroles et de communautés virtuelles paraît importante pour réduire le sentiment d’isolement. Elles sont en demande de ce type de soutien. A quels dilemmes ces femmes doivent-elles trouver une réponse ? Les personnes entre 35 et 45 ans font face aux décisions les plus difficiles parce que leur projet de maternité n’est parfois pas encore accompli ou qu’elles ne vivent pas une relation stable. Je pense à une femme de 40 ans, divorcée avec deux enfants. Elle souhaitait effectuer une mastectomie, mais cette décision se heurtait à son désir d’accueillir un nouvel homme dans sa vie. Pour elle, il était impossible de se lancer dans une nouvelle relation après avoir subi ce qu’elle vivait comme une mutilation. Ce type de conflit intérieur peut pousser certaines femmes à se distancier des recommandations médicales. Environ la moitié de celles que j’ai interrogées les suivaient. Mais certaines laissent passer les délais prescrits tandis que d’autres les devancent. Deux femmes de 33 ans qui avaient déjà des enfants ont insisté auprès du corps médical pour se faire retirer les ovaires. Elles vivaient très mal leur situation et préféraient subir les conséquences d’une ménopause précoce. Certaines en viennent-elles à considérer leurs organes comme des ennemis ? Tout à fait. Mon échantillon n’est pas représentatif de la population générale, mais j’ai tout de même été surprise de constater que plus de la moitié des femmes avaient procédé à une mastectomie ou l’envisageait à court terme. Celles qui y ont eu recours en sont satisfaites, malgré les difficultés physiques et psychologiques qu’engendre cette opération. L’une d’elles disait avoir « mis son corps en chantier pendant plusieurs mois ». Souvent, elles n’envisagent pas la chirurgie dès le départ, mais changent d’avis au cours du temps. Quand elles passent une mammographie, le radiologue peut voir quelque chose d’étrange sans pouvoir l’identifier avec certitude. Elles subissent alors une biopsie et l’attente des résultats est anxiogène. Leurs seins deviennent de plus en plus menaçants. Petit à petit, elles se séparent symboliquement de cette partie de leur corps jusqu’à exiger l’opération et dire « enlevez-moi ça ! » Comment vit-on ce statut de personne non malade mais à risque ? C’est un statut complexe. Il présente l’avantage d’offrir une prise en charge mais peut se révéler inconfortable. Là encore, le milieu médical n’a pas toujours une réponse appropriée. Par exemple, une femme avait interrompu les mammographies durant sa grossesse et son allaitement. Elle n’a donc pas fait l’objet de surveillance pendant deux ans. Quand elle a souhaité obtenir un rendez-vous chez le radiologue, la secrétaire de ce dernier lui a opposé un délai de six mois, arguant qu’elle était jeune et qu’elle n’avait pas de cancer. Ces patientes passent souvent après les malades. En même temps, le monde médical et leurs proches leur demandent de tout faire pour ne pas développer de maladie. D’où l’inconfort de leur situation. Qu’envisagez-vous pour la suite de vos recherches ? Je serais intéressée à recueillir l’expérience des médecins, dont la position n’est pas aisée. Leurs patientes les confrontent à de nombreux questionnements qui ont trait à la mort, à la sexualité, à l’identité féminine et maternelle. Des sujets complexes qui dépassent le champ du corps. J’aimerais aussi écouter la parole des conjoints. Comment accompagnent-ils leur partenaire face à l’incertitude ? Fleur Daugey est journaliste scientifique libre. Maria Caiata Zufferey Maria Caiata Zufferey est née et a grandi à Lugano, au Tessin. Elle a étudié les sciences sociales à l’Université de Fribourg où elle a décroché en 2004 sa thèse sur le thème des sorties de la toxicomanie. Après quelques séjours au CNRS à Paris et à l’Imperial College de Londres, elle a intégré la Faculté des sciences de la communication de Lugano de 2005 à 2011. Depuis trois ans, elle poursuit ses recherches au Département de sociologie de l’Université de Genève, grâce à un subside Ambizione du FNS.
Le VIH est un virus aux multiples visages. Il en existe plusieurs soustypes, chacun avec sa propre séquence génétique. Ces sous-types sont souvent, mais pas systématiquement, associés à des zones géographiques, notamment en Asie et en Amérique du Sud, ou à des groupes à risque, par exemple les consommateurs de drogues injectables ou les professionnels du sexe. Pour compliquer le tout, deux sous-types différents sont capables d’en engendrer un nouveau jamais observé jusqu’alors, comme le fait le virus de la grippe. On parle de recombinaison, un phénomène constaté pour la première fois pour le VIH en 1996. Depuis, les virologues détectent plusieurs nouveaux recombinants chaque année. Aujourd’hui, on ne sait pas exactement dans quelle mesure la recombinaison affecte l’évolution globale du virus. Est-ce qu’elle contribue à diversifier le génome du VIH ou bien, au contraire, à l’homogénéiser ? Difficile à dire sans une analyse à grande échelle. Le groupe de recherche de Séverine Vuilleumier, de l’Université de Lausanne et du CHUV, a développé un outil mathématique « destiné à mieux décrire l’histoire démographique des sous-types de virus pour dégager des tendances sur son évolution future ». Consommateurs de drogue Dans un premier temps, les chercheurs ont analysé les séquences génétiques des soustypes de virus VIH détectés en Chine. Grâce à leur méthode, ils ont retracé l’historique des vagues successives d’infections virales dans ce pays. Ainsi, les auteurs ont mis en évidence qu’en Chine, les sous-types B puis C (respectivement d’origine thaïlandaise et indienne) ont initialement généré une épidémie parmi les consommateurs de drogue dans les années 1980, « ce qui est concomitant avec l’explosion du trafic dans cette partie du globe à cette époque », note Séverine Vuilleumier. Comment évolue le virus du sida Capable de se recombiner, le VIH demeure un casse-tête pour la recherche thérapeutique. De précieux renseignements sur ce phénomène viennent d’être découverts grâce à l’analyse de génomes viraux détectés dans de larges populations. Par Fabien Goubet Agée de 7 ans, la petite Chinoise Ma Ru est née avec le virus du sida. Photo : Keystone/EPA/Michael Reynolds A mesure que l’épidémie s’est étendue, un nombre croissant de recombinants sont apparus. Puis, dans les années 1990, une seconde épidémie due au sous-type CRF01-AE s’est répandue au sein de la population homosexuelle masculine. Ce dernier a par la suite été responsable de la plus forte augmentation des infections en Chine. Actuellement, l’épidémie demeure composée de ces trois sous-types, ainsi que d’un grand nombre de recombinants. « En Chine, les sous-types dominants semblent donc liés aux groupes à risques et à leurs interactions, estime-t-elle. Mais ce n’est pas une règle d’or. En Amérique du Sud, ce sont les vagues de migration successives, comme nous l’avons ensuite démontré. » Poursuivant l’analyse, les chercheurs ont étudié les génomes viraux au niveau mondial. Résultat, « le génome du VIH tend vers une homogénéisation des recombinants », relève Séverine Vuilleumier. Avant d’avertir : « Il ne faut pas pour autant en déduire qu’il n’y aura plus qu’un seul type de VIH. Un nouveau recombinant peut surgir n’importe quand et bouleverser la donne. » Son équipe collabore actuellement avec le virologue du CHUV Amalio Telenti et avec Jeffrey Jensen, généticien des populations à l’EPFL. « La plupart des recherches ne se font pas sur les recombinants. Grâce à nos travaux, nous sommes parvenus à créer des passerelles avec ces scientifiques. Peut-être que nos résultats seront de nature à contribuer à mieux cibler les soustypes et recombinants les plus importants et adapter les thérapies en conséquence », conclut-elle. Fabien Goubet est rédacteur scientifique au quotidien Le Temps. Fonds national suisse – Académies suisses : Horizons n o 103 47



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